L’affaire Pape Abdoulaye Touré, du nom de ce militant du mouvement citoyen « Sénégal Notre Priorité (SNP) » qui affirme avoir été victime de torture, connaît un nouveau tournant judiciaire. Après plusieurs mois de revendications, de témoignages et d’attente, les enquêteurs de la Section de recherches ont procédé à une reconstitution complète des faits, en présence de l’intéressé. Une étape capitale dans l’établissement de la vérité sur l’un des dossiers emblématiques des violences politiques survenues entre 2021 et 2024.
Selon les informations rapportées par le journal Les Échos, les enquêteurs ont minutieusement repris avec Pape Abdoulaye Touré le fil des événements, depuis son interpellation jusqu’au lieu où il dit avoir été torturé. La reconstitution s’est déroulée sans interruption, la victime présumée relatant chaque détail, chaque étape, chaque geste. Une source citée par le quotidien confirme : « Pape Touré n’a rien omis, il leur a tout expliqué. »
Pour le militant, cette reconstitution constitue un véritable soulagement. Depuis plus de trois ans, il déclare vivre dans l’attente d’une justice qu’il « n’a jamais cessé de réclamer ». Touré avait publiquement accusé l’ancien ministre de la Jeunesse, Pape Malick Ndour, d’être impliqué dans sa prétendue séquestration et dans les violences physiques qu’il aurait subies au plus fort des tensions politiques. Ces accusations avaient conduit la Section de recherches à auditionner Pape Malick Ndour le lundi 6 octobre, dans le cadre de la reprise des investigations.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large : celui des manifestations qui ont secoué le Sénégal entre février 2021 et mars 2024. Ces épisodes tumultueux ont fait plusieurs morts, des blessés par dizaines et d’importants dégâts matériels. À l’époque, de nombreuses familles, organisations citoyennes et ONG de défense des droits humains avaient dénoncé les violences, pointant du doigt une répression disproportionnée et des violations graves contre des manifestants, opposants politiques ou simples citoyens.
Si des procédures judiciaires avaient été ouvertes dès 2021 pour faire la lumière sur les bavures présumées, l’adoption de la loi d’amnistie couvrant la période des faits avait entraîné l’abandon de tous les dossiers. Une décision largement critiquée dans l’opinion, jugée comme une manière d’enterrer la vérité au détriment des victimes et de leurs familles.
La demande de réouverture des dossiers n’a cessé de croître, portée par les familles endeuillées, la société civile et plusieurs organisations internationales. C’est dans ce climat d’exigence de transparence et de réparation que les nouvelles autorités ont ordonné la reprise des enquêtes. L’affaire Pape Abdoulaye Touré apparaît ainsi comme l’un des premiers cas où cette volonté politique se matérialise concrètement.
La reconstitution réalisée ces derniers jours est d’autant plus significative qu’elle pourrait ouvrir la voie à d’autres avancées judiciaires dans des dossiers similaires. Elle symbolise également l’amorce d’un processus de reconnaissance des souffrances vécues par de nombreux Sénégalais durant ces années de crises.
La suite des investigations déterminera si des responsabilités pénales pourront être établies, ou si le dossier se limitera à une confirmation factuelle sans déboucher sur des poursuites. Dans tous les cas, pour Pape Abdoulaye Touré et pour beaucoup d’autres victimes présumées, il s’agit avant tout d’une quête de vérité, d’un besoin de réparation et d’un espoir de justice longtemps différée.
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