Diomaye Faye face à l’équation institutionnelle : référendum, dissolution et bras de fer avec l’Assemblée

La crise entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale franchit un nouveau cap. Alors que les rapports politiques entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et la majorité parlementaire issue de Pastef se sont fortement dégradés, le pouvoir se retrouve désormais face à un dilemme stratégique dont chacune des issues comporte des risques importants. Selon L’Observateur, plusieurs scénarios seraient actuellement étudiés au sommet de l’État, allant d’une révision constitutionnelle soumise au référendum à une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale.

Cette nouvelle configuration politique réduit considérablement la marge de manœuvre du chef de l’État dans la conduite de certaines réformes. La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien camp politique, désormais dominant au Parlement, a progressivement transformé les rapports entre l’Exécutif et le pouvoir législatif en un véritable bras de fer institutionnel.

Dans ce contexte, le référendum constitutionnel apparaît comme l’une des pistes envisagées par le pouvoir. L’idée serait de contourner le blocage parlementaire en sollicitant directement l’arbitrage des électeurs sur une révision constitutionnelle plus globale. Une telle option permettrait au président de reprendre l’initiative politique et de rechercher une légitimité populaire face à une Assemblée nationale qui ne lui serait plus favorable.

Mais cette stratégie comporte également un risque considérable. Une victoire dans les urnes renforcerait incontestablement l’autorité politique du chef de l’État et affaiblirait ses adversaires. À l’inverse, un rejet du projet constitutionnel pourrait être interprété comme un désaveu personnel du président de la République et ouvrir une nouvelle séquence de crise politique.

C’est précisément ce risque que met en avant l’ancien député Alioune Souaré, cité par L’Observateur. À ses yeux, le référendum présenterait un danger politique supérieur à celui d’une dissolution de l’Assemblée nationale. Une défaite lors d’une consultation populaire placerait directement le chef de l’État en difficulté, puisqu’elle pourrait être perçue comme un rejet de son orientation politique. L’option consistant à patienter jusqu’à ce que les conditions juridiques d’une dissolution soient réunies permettrait, selon cette analyse, de limiter davantage l’exposition politique du président.

La dissolution de l’Assemblée nationale constitue ainsi l’autre grande hypothèse sur la table. Elle permettrait au chef de l’État de retourner devant les électeurs afin de tenter de provoquer une recomposition de la majorité parlementaire. L’objectif serait alors de reconquérir une majorité susceptible de soutenir l’action gouvernementale et de mettre fin au blocage institutionnel actuel.

Pour l’heure, toutefois, l’Exécutif ne semble pas vouloir précipiter cette confrontation. D’après L’Observateur, le pouvoir privilégierait plutôt une approche fondée sur une révision constitutionnelle globale, tout en tenant compte des contraintes juridiques liées à une éventuelle dissolution de la 15e législature.

Pendant que ces scénarios sont étudiés, la bataille institutionnelle se joue déjà sur le terrain juridique. Le 17 août 2026, l’Assemblée nationale a adopté, à une majorité supérieure aux trois cinquièmes, la proposition de loi n°33/2026 portant modification de l’article 37 de la Constitution. Le texte prévoit notamment d’élargir les obligations relatives à la déclaration et à la publication du patrimoine à plusieurs hauts responsables de l’État, dont le président de la République, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale.

L’adoption de cette proposition a immédiatement provoqué une réaction de l’Exécutif. Le Gouvernement a saisi le Conseil constitutionnel pour contester le texte. Selon les éléments rapportés par L’Observateur, le pouvoir estime que certaines dispositions de la proposition de loi relèveraient du domaine réglementaire et ne pourraient donc pas être intégrées dans une loi. L’Exécutif s’appuie notamment sur les dispositions de l’article 83 de la Constitution ainsi que sur le règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Cette saisine donne une nouvelle dimension au conflit entre les deux institutions. Le Conseil constitutionnel se retrouve désormais au cœur du bras de fer, appelé à arbitrer une question qui dépasse largement le seul contenu technique de la proposition de loi. Derrière le débat juridique se joue en effet un rapport de force politique entre un Exécutif qui cherche à préserver sa capacité d’action et une Assemblée nationale qui entend exercer pleinement ses prérogatives.

La tension s’est d’ailleurs manifestée directement dans le fonctionnement du Parlement. L’Assemblée nationale a décidé de suspendre la séance plénière consacrée à l’examen de la proposition de loi, dans l’attente des suites réservées à la saisine du Conseil constitutionnel. Cette suspension ne concerne toutefois pas l’ensemble de l’agenda parlementaire. Plusieurs autres travaux doivent se poursuivre, notamment ceux liés à certaines commissions d’enquête ainsi que l’examen du projet de loi n°25/2026 relatif à la protection des infrastructures d’information critiques et à la sécurité numérique.

Pour l’analyste politique Djibril Diop, le président de la République conserve néanmoins des leviers d’action malgré l’absence d’une majorité parlementaire qui lui serait acquise. Il estime que Bassirou Diomaye Faye peut encore prendre des initiatives politiques importantes et, en cas de recours au référendum, chercher directement l’adhésion de la population. Une victoire dans les urnes lui permettrait de reprendre l’initiative et de renforcer considérablement sa position face à ses adversaires.

Mais l’hypothèse inverse serait lourde de conséquences. Un échec référendaire fragiliserait davantage le pouvoir et pourrait prolonger la crise institutionnelle. Il pourrait également accentuer les incertitudes politiques dans un contexte où les questions économiques et financières exigent, elles aussi, de la stabilité et de la visibilité.

Le véritable enjeu pour Bassirou Diomaye Faye consiste donc désormais à choisir le calendrier et le terrain les plus favorables pour reprendre la main. Aller rapidement au référendum reviendrait à prendre le risque d’une confrontation directe avec l’opinion publique. Attendre l’ouverture de la possibilité d’une dissolution permettrait de renvoyer la bataille devant les électeurs dans le cadre d’élections législatives anticipées, avec l’espoir de modifier le rapport de forces au Parlement.

Entre ces deux options, le Conseil constitutionnel occupe une position stratégique. Les décisions de la juridiction pourraient en effet influencer directement la suite du bras de fer entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale. Alors que les tensions politiques s’intensifient, chaque initiative institutionnelle est désormais scrutée comme un possible tournant dans la recomposition du pouvoir.


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