Arachide : un prix maintenu à 305 F CFA mais une annonce qui inquiète les acteurs de la filière

L’annonce du prix du kilogramme d’arachide pour la nouvelle campagne continue d’alimenter les débats au sein des organisations paysannes et des acteurs de la commercialisation. Fixé à 305 francs CFA, soit le même niveau que l’année précédente, ce prix ne suscite pas de contestations majeures sur le fond. En revanche, la méthode utilisée pour le rendre public fait naître de nombreuses inquiétudes, tant chez les producteurs que chez les opérateurs économiques.

Aly Diaw, président de la coopérative agricole de Kahi et membre du Comité national interprofessionnel de l’arachide (CENIA), figure parmi ceux qui dénoncent la démarche adoptée par les autorités. Selon lui, l’annonce a été faite de manière unilatérale et en dehors du cadre institutionnel habituel. Il estime qu’un tel prix devrait être officialisé en Conseil des ministres, en présence de l’ensemble des parties prenantes, et sur la base des conclusions des différentes rencontres tenues ces dernières semaines. Pour le responsable paysan, cette façon de procéder crée une zone d’ombre sur la transparence du processus.

Bien qu’il juge le prix « acceptable » dans un contexte de baisse des cours mondiaux de l’arachide, Aly Diaw dit s’inquiéter davantage de la disponibilité des financements, un élément clé pour assurer le bon déroulement de la campagne. Il souligne également l’absence de clarifications sur la mise en place des taraars, un mécanisme de régulation souvent évoqué mais dont l’application reste incertaine. À cela s’ajoute le problème non résolu des dettes des opérateurs économiques, un préalable indispensable selon lui pour éviter toute perturbation lors du démarrage des opérations d’achat. Dans ces conditions, il se dit « un peu inquiet pour la commercialisation » et espère que les fonds nécessaires seront mis à disposition dans les délais.

Les réserves sont tout aussi fortes du côté des organisations de défense des producteurs. Bassirou Ba, président du mouvement Aar Sunu Momel, évoque une série d’incohérences institutionnelles et une communication qu’il juge précipitée. Il rappelle que la fixation du prix plancher ne signifie en aucun cas l’ouverture officielle de la campagne, laquelle doit passer par un conseil interministériel chargé de définir les modalités opérationnelles. Selon lui, aucune trace de cette décision ne figure dans les comptes rendus du Conseil des ministres, ce qui rend l’annonce encore plus problématique.

Bassirou Ba conteste également l’affirmation du ministre selon laquelle les discussions avec le CENIA auraient permis d’aboutir à un consensus sur le prix. Il affirme qu’une rencontre s’est bien tenue une vingtaine de jours plus tôt, mais qu’aucune organisation paysanne ni aucun membre du CENIA ne s’était prononcé officiellement sur le montant. Pour lui, l’absence de mesures d’accompagnement concrètes montre que la campagne est loin d’être opérationnelle : les tonnages réservés aux industries et aux opérateurs ne sont pas connus, les modalités d’ouverture des frontières n’ont pas été précisées, et aucun dispositif clair n’a encore été présenté concernant les taraars ou les points de collecte.

Ces incertitudes sont renforcées par la situation financière préoccupante de la SONACOS et par les dettes accumulées par les opérateurs, estimées à 184 milliards de francs CFA. À cela s’ajoute un contexte international défavorable, marqué notamment par une production record en Chine, évaluée à 227 millions de tonnes, qui pourrait réduire la compétitivité des exportations sénégalaises.

Face à ces défis multiples, Bassirou Ba met en garde contre les dérives déjà observables sur le terrain. En l’absence de mesures officielles garantissant le respect du prix plancher, il estime que certains opérateurs peuvent se permettre d’acheter l’arachide à des prix très bas, parfois autour de 150 francs, sans risque de sanction. Selon lui, cette campagne pourrait se révéler plus difficile que les précédentes si les autorités ne clarifient pas rapidement le dispositif d’encadrement.


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