Le Sénégal veut franchir une nouvelle étape dans sa marche vers l’accès universel à l’électricité. À l’ouverture de la Table ronde des partenaires consacrée au financement de cet objectif, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a appelé les partenaires techniques et financiers à revoir leurs modalités d’intervention, en privilégiant des ressources davantage concessionnelles et compatibles avec les impératifs de soutenabilité de la dette. Le gouvernement mise également sur une implication accrue du secteur privé pour accélérer l’électrification des zones encore dépourvues d’électricité.
Coprésidée par Cheikh Diba et le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf, la rencontre s’est tenue autour du thème : « Accélérer l’accès universel à l’électricité au Sénégal : des engagements aux résultats ». Elle intervient dans un contexte où l’État souhaite transformer les engagements financiers déjà pris en réalisations concrètes sur le terrain, notamment dans les zones rurales et les localités les plus difficiles à desservir.
En dressant le bilan des efforts engagés ces dernières années, Cheikh Diba a rappelé que la précédente Table ronde, organisée en 2021, avait permis de mobiliser près de 237 milliards de francs CFA. Ces financements ont contribué à l’amélioration progressive de la couverture électrique du pays, dont le taux d’accès a atteint 86,2 % en 2024.
Depuis 2018, l’État du Sénégal a également signé dix-huit conventions de financement dans le secteur de l’énergie, pour un montant global dépassant 670 milliards de francs CFA. Le ministre a salué, à cette occasion, l’appui de plusieurs partenaires, parmi lesquels la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Agence française de développement, l’Union européenne, l’Allemagne, la Banque ouest-africaine de développement, la Banque européenne d’investissement et la Banque islamique de développement.
Malgré ces avancées, le gouvernement estime que la partie la plus complexe du chantier reste encore à accomplir. La Stratégie d’achèvement de l’accès universel à l’électricité chiffre désormais à environ 400 milliards de francs CFA les besoins nécessaires pour raccorder plus de 6 400 localités encore privées d’électricité.
Il s’agit principalement de villages et de localités isolés, souvent faiblement peuplés et éloignés des réseaux existants. Dans ces territoires, les coûts de raccordement sont particulièrement élevés en raison des distances, de la dispersion de l’habitat et des infrastructures à mettre en place. L’ambition affichée par les autorités est de parvenir à couvrir l’ensemble des localités restantes d’ici 2029.
Mais cette ambition devra tenir compte des contraintes financières auxquelles le Sénégal est actuellement confronté. Cheikh Diba a ainsi replacé la question de l’électrification dans le contexte plus large de la situation budgétaire du pays. Le déficit public, qui s’élevait à 13,4 % du PIB en 2024, a été ramené à 6,4 % en 2025, selon les données présentées par le ministre.
Dans le même temps, le Sénégal a conclu, le 1er septembre, un accord technique avec les services du Fonds monétaire international pour un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit. Le programme, d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, soit plus de 1 244 milliards de francs CFA, reste toutefois soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI.
Ce cadre prévoit notamment une mobilisation accrue des recettes intérieures, une rationalisation des dépenses publiques ainsi qu’une réforme progressive des subventions énergétiques, avec un meilleur ciblage en direction des ménages vulnérables. Le gouvernement a parallèlement engagé un Plan de Traitement de la Dette.
À cela s’ajoute la volonté de mobiliser 300 milliards de francs CFA avant la fin de l’année afin de régler les sommes dues aux entreprises. Dans ce contexte, le ministre de l’Économie a insisté sur la nécessité de veiller à ce que les nouveaux engagements pris à l’occasion de la Table ronde soient à la fois « soutenables, exécutables et cohérents » avec les différents cadres budgétaires et financiers du pays.
Pour atteindre l’objectif fixé à 2029, le gouvernement entend s’appuyer sur quatre grandes orientations. La première consiste à achever les projets déjà engagés. Il s’agit notamment de mobiliser les reliquats des financements existants, d’accélérer les décaissements et de lever les obstacles qui ralentissent la mise en œuvre des projets.
La deuxième priorité concerne la nature même des financements mobilisés. Selon Cheikh Diba, plus de la moitié des montants signés depuis 2018 provient de banques commerciales. Une situation que le gouvernement souhaite progressivement inverser en donnant davantage de place aux dons, aux prêts hautement concessionnels et aux mécanismes de financement mixte.
L’objectif est de réduire la pression exercée par les nouveaux financements sur l’endettement public. Le gouvernement entend ainsi privilégier les projets présentant une forte rentabilité économique et sociale et ayant un impact limité sur la dette.
Le troisième axe porte sur une plus grande implication du secteur privé, notamment des entreprises sénégalaises. Le gouvernement souhaite voir ces acteurs investir davantage dans les concessions d’électrification rurale, les mini-réseaux ainsi que les systèmes solaires individuels.
Pour Cheikh Diba, cette évolution nécessite de changer de modèle. Le Code de l’électricité de 2021 offre déjà, selon lui, plusieurs possibilités à travers les concessions, les délégations de service public et les offres d’initiative privée. L’État pourrait également s’appuyer sur les mécanismes de garantie et de partage des risques proposés par les partenaires au développement afin de rendre les projets suffisamment attractifs et bancables pour les investisseurs.
Le nouveau Code des investissements adopté en 2025 constitue, dans cette perspective, un autre levier. Il prévoit notamment la suspension de la TVA et l’exonération des droits de douane sur certains équipements durant la phase d’investissement, ainsi qu’un crédit d’impôt pendant la phase d’exploitation. Les avantages peuvent être accordés pendant cinq ans pour les investissements réalisés en dehors de Dakar et de Thiès.
Le dispositif est également accessible aux petites et moyennes entreprises à partir d’un investissement de 15 millions de francs CFA. Il prévoit un guichet unique dématérialisé ainsi qu’une procédure d’agrément annoncée dans un délai maximal de dix jours ouvrables.
En contrepartie, les investisseurs sont appelés à prendre des engagements en matière d’emploi local, de recours aux PME sénégalaises pour la sous-traitance et de transfert de technologie. Pour le gouvernement, l’enjeu est donc de faire de l’électrification un moteur de développement économique au-delà de la seule fourniture d’électricité.
La quatrième orientation mise en avant par le ministre repose sur un meilleur suivi des engagements pris par les différents partenaires. Chaque contribution devra être intégrée dans une feuille de route unique précisant notamment l’instrument financier retenu, le montant mobilisé, la date de signature ainsi que la date prévue pour le premier décaissement.
Le gouvernement souhaite également simplifier les procédures de passation des marchés grâce à une reconnaissance mutuelle des règles applicables. L’objectif est de réduire les délais et d’éviter que des projets disposant déjà de financements restent bloqués pendant de longues périodes pour des raisons administratives.
À travers cette nouvelle dynamique, les autorités sénégalaises veulent faire de l’accès universel à l’électricité l’un des marqueurs de la mise en œuvre de la Vision Sénégal 2050. L’enjeu ne se limite plus à augmenter le taux national d’accès, mais consiste désormais à atteindre les populations vivant dans les zones les plus éloignées et les moins rentables pour les opérateurs privés.
« Nous tiendrons notre part des engagements. J’ai confiance que nos partenaires tiendront la leur », a déclaré Cheikh Diba, appelant ainsi à une mobilisation collective pour transformer les annonces de financement en réalisations concrètes.






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