Les chiffres sont nets. Les dépenses budgétaires tombent à 7 363,7 milliards FCFA, contre 7 583,9 milliards dans la loi de finances 2026 ajustée, soit 220,1 milliards de moins. Les recettes, elles, montent de 2,8 %, à 6 012,1 milliards. Résultat : le déficit passe de 1 735,2 à 1 351,7 milliards, soit 4,7 % d’un PIB estimé à 28 772 milliards.
Concrètement, l’État prévoit de dépenser 220 milliards de moins qu’en 2026 tout en encaissant 163 milliards de plus. C’est cet écart qui permet de faire fondre le déficit, c’est-à-dire la somme que l’État doit emprunter faute de recettes suffisantes.
Ce virage ne doit rien au hasard. Le 1er septembre 2026, Dakar a conclu avec le FMI un accord technique pour un programme de 2,2 milliards de dollars (1 243 milliards FCFA) sur 2027-2029, au titre de la Facilité élargie de crédit. Le texte affiche trois objectifs : préparer la relance, assainir les finances publiques et redynamiser les secteurs vitaux.
Le contexte pèse lourd. Le conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février 2026, et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz ont fait flamber l’énergie. Pour un pays importateur de pétrole et très endetté, la double peine est réelle : facture d’importation et subventions en hausse, refinancement plus cher. Le Sénégal a par ailleurs perdu l’accès aux marchés internationaux de capitaux.
L’économie ralentit fortement. Après 6,5 % de croissance en 2025, portée par le pétrole de Sangomar et le gaz de GTA, le gouvernement n’attend plus que 2,7 % en 2026 et 2,4 % en 2027. Hors hydrocarbures, la croissance n’était déjà que de 2,2 % en 2025.
L’ajustement porte d’abord sur les dépenses. Les recettes intérieures hors hydrocarbures ne progressent que de 0,2 %, contre une tendance historique supérieure à 8 %. Le gouvernement assume cette prudence : le plan de redressement « Jubbanti Koom » n’a rapporté que 56,9 % de ses objectifs à fin août 2026.
Le déficit primaire, qui exclut les intérêts de la dette, devient presque nul : 47,7 milliards, soit 0,2 % du PIB, contre 450 milliards en 2026. Autrement dit, hors charge de la dette, l’État couvrirait quasiment ses dépenses par ses recettes.
Source : projet de loi de finances initiale 2027, document de 113 pages daté du 13 octobre 2026.
Qu’est-ce qu’une loi de finances initiale ?
La loi de finances initiale fixe, pour une année civile, l’ensemble des recettes que l’État prévoit d’encaisser et des dépenses qu’il est autorisé à engager. Le gouvernement la prépare, puis la soumet à l’Assemblée nationale, qui l’examine et la vote avant son entrée en vigueur au 1er janvier. Le document transmis aux députés porte le nom de projet de loi de finances initiale (PLFI). En cours d’année, une loi de finances rectificative peut modifier les montants, comme ce fut le cas en 2026.
Déficit global, déficit primaire : de quoi parle-t-on ?
Le déficit global est la différence entre toutes les dépenses et toutes les recettes de l’année. Il atteint 1 351,7 milliards en 2027. Le déficit primaire retire de ce calcul les intérêts de la dette. Il mesure donc ce que coûte la gestion courante de l’État, indépendamment des emprunts passés.
Avec un déficit primaire de 47,7 milliards seulement, le message est clair : l’essentiel du trou budgétaire de 2027 vient du poids de la dette accumulée, et non des dépenses nouvelles. Les intérêts, à eux seuls, représentent 1 303,9 milliards.
Pourquoi le FMI est-il au centre du jeu ?
La Facilité élargie de crédit (FEC) est un instrument du FMI destiné aux pays confrontés à des difficultés financières durables. Elle prévoit des décaissements étalés sur plusieurs années, en échange d’engagements de réformes et d’objectifs chiffrés, revus régulièrement. Un tel programme sert aussi de signal aux autres bailleurs, comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement, qui conditionnent souvent leurs appuis budgétaires à son existence.
Le projet de budget 2027 est construit sur cette base. Il en reprend les objectifs : réduire le déficit, réformer les subventions énergétiques, renforcer la mobilisation des recettes et mieux gérer la dette.
Quel repère pour le déficit ?
Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont le Sénégal est membre, le critère de convergence fixe le déficit budgétaire à 3 % du PIB au plus. Avec 4,7 % prévus en 2027, le Sénégal s’en rapproche nettement, mais reste au-dessus.
Ce que cela change pour les Sénégalais
Ce budget de rigueur se traduira par moins d’investissements publics nouveaux, une hausse progressive des prix de l’énergie pour les ménages non protégés, et un renforcement des transferts aux familles les plus pauvres. L’école et la santé restent annoncées comme prioritaires. Les articles de ce dossier détaillent chacun de ces volets.






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