Libération de l'espace public, économie informelle, mendicité organisée : sur ces sujets sensibles, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a défendu sur la RTS une ligne alliant application rigoureuse de la loi, concertation et respect de la dignité humaine.
Une responsabilité partagée
Pour le ministre, l'occupation anarchique de l'espace public dépasse Dakar et ne peut être réglée par le seul ministère de l'Intérieur. « Moi, je suis ministre de la Sécurité publique, je ne suis pas ministre de la Salubrité publique », a-t-il rappelé, soulignant que les maires disposent de prérogatives en matière de police municipale et d'organisation de l'espace communal. La force publique peut être mise à leur disposition sur demande.
Il reconnaît l'ampleur du phénomène, avec des trottoirs occupés et des voies rétrécies qui pénalisent automobilistes et piétons, et dit poursuivre les actions engagées par ses prédécesseurs.
« Faire des opérations coup de poing, ça ne réglera pas le problème »
Les espaces dégagés risquent d'être réoccupés sans mesures d'accompagnement, prévient le ministre. Il plaide pour l'aménagement des lieux libérés et pour des sites adaptés aux marchands ambulants et artisans. « Vous ne pouvez pas les enlever comme ça de la rue », a-t-il insisté, rappelant le poids de l'économie informelle dans les revenus des familles. « Dans la démarche, dans la méthode, il faut beaucoup de douceur, beaucoup d'humanité », a-t-il ajouté. À plus long terme, la solution passe selon lui par la création de richesses et d'emplois formels.
Il a également pointé des limites logistiques : manque de moyens pour enlever les épaves et véhicules mal garés, fourrières trop éloignées, impossibilité de maintenir des policiers en permanence sur les sites. Il a évoqué la piste d'une police municipale, proposée par la mairie du Plateau, sans visibilité définitive.
Mendicité : précarité ou réseaux ?
Sur la mendicité, le ministre appelle à distinguer les personnes en situation de précarité des réseaux organisés, parfois liés à la traite. La police a effectué plus de 7 000 contrôles depuis janvier 2026, un chiffre qui reflète l'activité des services mais ne constitue pas un décompte d'infractions établies. « La police n'a pas le pouvoir de venir saisir les gens et de les expulser », a-t-il souligné, rappelant que les reconduites relèvent de décisions de justice.
Se réclamant de la tradition panafricaine du Sénégal, il a mis en garde contre toute stigmatisation des ressortissants étrangers : « Il faut appliquer la loi compte tenu des nationalités, compte tenu de l'activité. » Enfin, après une tournée dans les postes frontaliers, il a plaidé pour des contrôles renforcés qui n'entravent pas les échanges commerciaux avec les pays voisins, notamment les exportations de ciment, de fruits et de légumes.






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