Le besoin de financement s’élève à 6 608,7 milliards. L’amortissement du capital en absorbe 4 552 milliards, soit 68,9 %. Le reste couvre le déficit (1 351,7 milliards), l’apurement d’arriérés intérieurs (480 milliards), des emprunts rétrocédés (175 milliards) et le déficit des opérations extérieures, dites OPEX (50 milliards).
Autrement dit, l’État emprunte d’abord pour faire face à ses échéances passées. Seule une petite partie des sommes levées en 2027 financera des dépenses nouvelles.
Les intérêts pèsent à eux seuls 1 303,9 milliards, en hausse de 18,7 milliards. C’est plus que tout l’investissement financé sur ressources internes (956,8 milliards) et près d’un quart des recettes internes.
Le marché régional en première ligne
La dette intérieure représente 3 520,4 milliards du service total, soit 60 %. Les seuls bons du Trésor par adjudication, des titres de court terme, exigent 1 265,9 milliards de remboursement. À l’extérieur, la dette commerciale est la plus lourde : 805 milliards, dont 267,7 milliards d’intérêts. Le rachat de droits de tirage spéciaux (DTS) au FMI coûte 162,2 milliards.
CréancierPrincipalIntérêtsTotal| Dette intérieure | 2 842,2 | 678,2 | 3 520,4 |
| dont bons du Trésor par adjudication | 1 265,9 | 0,0 | 1 265,9 |
| dont obligations du Trésor par adjudication | 653,1 | 203,1 | 856,2 |
| dont emprunts par appel public à l’épargne | 319,1 | 173,4 | 492,5 |
| Dette extérieure | 1 709,8 | 625,7 | 2 335,4 |
| dont commerciale | 537,3 | 267,7 | 805,0 |
| dont multilatérale | 563,7 | 127,5 | 691,3 |
| dont bilatérale | 316,8 | 72,6 | 389,3 |
| Total | 4 552,0 | 1 303,9 | 5 855,8 |
En milliards FCFA. Source : annexe V du PLFI 2027.
Comment boucler ?
L’État compte lever 4 733,7 milliards sur les marchés financiers et en emprunts programmes, 900 milliards en emprunts projets, 800 milliards en tirages programmes et 175 milliards en emprunts rétrocédés. Le texte mise sur « le retour du financement concessionnel », avec plus de 800 milliards d’appuis budgétaires attendus.
L’encours de la dette progressera encore de 2 056,7 milliards. Le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) doit lisser le profil de remboursement, mais le projet de loi n’en chiffre pas l’effet sur 2027.
Le plan de trésorerie mensuel montre une tension constante. Le déficit de trésorerie dépasse 600 milliards en janvier, février, mars, juin et octobre. Mars est le mois le plus lourd, avec 498,2 milliards de dette extérieure à servir.
Service de la dette, amortissement : les mots pour comprendre
Le service de la dette désigne ce que l’État doit verser dans l’année à ses créanciers. Il comprend deux parties. L’amortissement, ou principal, est le remboursement du capital emprunté : 4 552 milliards en 2027. Les intérêts et commissions sont le prix de l’emprunt : 1 303,9 milliards. Seuls les intérêts sont comptés comme une dépense du budget ; le remboursement du capital se finance par de nouveaux emprunts.
Quand un pays rembourse ses anciennes dettes en empruntant à nouveau, on parle de refinancement. Le mécanisme fonctionne tant que les prêteurs restent disponibles. Il devient risqué lorsque les taux montent ou que les marchés se ferment, comme cela s’est produit pour le Sénégal sur les marchés internationaux.
Bons, obligations, appel public à l’épargne : qui prête à l’État ?
Sur le marché régional de l’UEMOA, l’État émet des bons du Trésor, des titres de court terme (moins de deux ans), et des obligations du Trésor, à plus long terme. Ils sont achetés surtout par les banques de la région lors d’adjudications. Les emprunts par appel public à l’épargne sont, eux, ouverts aux épargnants et aux institutions, qui souscrivent directement.
À l’extérieur, la dette multilatérale vient d’institutions comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement. La dette bilatérale est due à d’autres États. La dette commerciale regroupe les emprunts auprès de banques et d’investisseurs privés, généralement plus chers. Les droits de tirage spéciaux (DTS) sont l’unité de compte du FMI : leur « rachat » correspond au remboursement de financements reçus du Fonds.
Pourquoi la dette concessionnelle compte
Un prêt concessionnel est accordé à des conditions plus douces que celles du marché : taux faible, longue durée de remboursement, période de grâce. En misant sur plus de 800 milliards d’appuis de ce type, le gouvernement cherche à remplacer une partie de la dette chère par une dette moins coûteuse.
Arriérés intérieurs : ce que l’État doit aux entreprises
Les arriérés intérieurs sont des sommes que l’État doit déjà à des fournisseurs, des entreprises de travaux ou d’autres créanciers locaux, et qu’il n’a pas payées à temps. Leur apurement, prévu à hauteur de 480 milliards en 2027, peut redonner de la trésorerie aux entreprises concernées, notamment les PME.
Le Plan de traitement de la dette
Le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) vise, selon le projet de loi, à lisser le profil de remboursement, c’est-à-dire à mieux étaler les échéances dans le temps. L’objectif est d’éviter des pics de remboursement trop lourds une année donnée et de réduire la pression de la dette sur l’activité économique.






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