Le programme 3F-EA, porté par le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, constitue selon ses promoteurs la « colonne vertébrale de la transformation agricole nationale ». Il repose sur trois piliers : former les agriculteurs aux techniques modernes, formaliser les exploitations à travers des coopératives agricoles communautaires, et financer les projets grâce à des modèles économiques viables. Le volet « Eau & Agriculture » insiste sur la maîtrise de l’eau, avec la réalisation de milliers de forages agricoles, de canaux d’irrigation et de barrages structurants.
Dans sa lettre, l’AFSAD salue cette vision mais souligne que les femmes rurales, qui représentent une part majoritaire de la main-d’œuvre agricole, demeurent confrontées à des obstacles structurels majeurs. L’association pointe en premier lieu la corvée d’eau, qui continue de mobiliser plusieurs heures par jour pour les femmes et les jeunes filles, limitant leur disponibilité pour les activités productives et les formations. Elle insiste également sur les difficultés de formalisation : les femmes rurales sont souvent exclues des circuits formels en raison de normes sociales, de la méconnaissance des procédures administratives ou de leur complexité. Or, le programme 3F-EA conditionne le financement à la formalisation préalable, ce qui risque, selon l’AFSAD, d’exclure davantage les femmes si des mesures d’accompagnement spécifiques ne sont pas prévues.
Le troisième obstacle identifié est l’accès au financement. Les femmes rurales manquent souvent de garanties foncières ou d’historique bancaire, ce qui les rend inéligibles aux crédits agricoles classiques. L’AFSAD propose donc que les mécanismes de financement du 3F-EA soient adaptés à leurs réalités, notamment par le micro-crédit, les fonds de garantie mutuels ou l’épargne communautaire.
Pour répondre à ces défis, l’association formule plusieurs propositions concrètes. Elle suggère la création d’un guichet genre dédié au sein du 3F-EA, avec des critères de formalisation allégés, un accompagnement administratif renforcé et des quotas de financement réservés. Elle propose également de capitaliser sur son propre programme « Femme Eau – Femme Arbres Fruitiers », lancé depuis son siège de Baba Garage, qui se concentre sur l’accès à l’eau potable, la plantation d’arbres fruitiers et la formation technique des femmes. L’AFSAD se positionne comme un relais opérationnel capable de déployer les formations du 3F-EA dans les zones rurales, en s’appuyant sur son réseau de femmes leaders.
L’association demande en outre que les financements du 3F-EA soient conditionnés à des indicateurs d’égalité, avec un pourcentage minimum de femmes dans les instances de gouvernance et parmi les bénéficiaires directs. Elle plaide aussi pour le renforcement de la formation des femmes aux métiers de l’eau et de l’agroécologie, en partenariat avec le 3FPT, et pour la mise en place d’un suivi-évaluation sensible au genre, avec publication annuelle de données désagrégées par sexe.
Dans sa lettre, l’AFSAD rappelle que le président Faye a lui-même affirmé que la souveraineté alimentaire se construira par la science, l’innovation et l’action. L’organisation estime que cette souveraineté ne pourra devenir une réalité que si les femmes rurales, « qui nourrissent nos villages et nos villes », sont placées au cœur de la stratégie 3F-EA. Elle sollicite une audience auprès du chef de l’État pour présenter en détail ses propositions et discuter des modalités d’une collaboration.






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