Le secteur de la pêche traverse une crise profonde au Sénégal. Au deuxième trimestre 2026, sa valeur ajoutée a reculé de 32,9 %, tandis que la pêche artisanale a baissé de 6,4 %. Les débarquements de la pêche industrielle sont eux aussi en repli, signe, selon les acteurs de la filière, d'une dégradation durable de la ressource plutôt que d'un simple accident conjoncturel.
Une ressource sous pression
Plusieurs facteurs sont mis en cause : la surpêche, la capture de juvéniles, le non-respect des périodes de reproduction et la surcapacité de la flotte. S'y ajoute la « pêche fantôme », causée par des filets monofilaments abandonnés en mer qui continuent de capturer du poisson.
Les armateurs industriels doivent en outre faire face à des coûts d'exploitation élevés, notamment le gasoil, alors que la pêche artisanale bénéficie d'un carburant subventionné. Certaines sociétés sont contraintes de chercher des licences dans les pays voisins. La filière pointe aussi des statistiques peu fiables, un manque de coordination entre administrations et l'insuffisance d'évaluations scientifiques du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT).
Le spectre du carton rouge
Le Sénégal a reçu en 2024 un carton jaune de l'Union européenne pour insuffisance de lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Un carton rouge fermerait l'accès au marché européen, estimé à environ 100 milliards de FCFA par an.
Pour Dr Matar Thiam, de telles sanctions frapperaient d'abord sur le plan social : des espèces à forte valeur comme la dorade et le calmar font vivre de nombreux pêcheurs, et certaines entreprises de pêche au large pourraient ne plus être rentables, avec des conséquences sur les mareyeurs et la chaîne du froid. Le syndicaliste Oumar Dramé juge pour sa part qu'un durcissement des sanctions européennes serait une injustice, rappelant le poids du changement climatique et des anciens accords de pêche avec l'UE.
Parmi les pistes avancées figurent le renforcement de la lutte contre la pêche INN, la limitation des captures de juvéniles, un meilleur encadrement des engins de pêche et davantage de moyens pour la recherche.






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