L’examen de la proposition de loi relative à la santé en milieu carcéral a donné lieu à une intervention particulièrement politique du député Abdou Mbow. À la tribune de l’Assemblée nationale, le parlementaire a invoqué l’article 83 du règlement intérieur pour demander à ses collègues de ne pas délibérer sur le texte. S’il a reconnu la nécessité d’améliorer la prise en charge sanitaire des personnes détenues, il a surtout contesté le contexte politique dans lequel intervient l’examen de cette proposition de loi.
Dès le début de son intervention, Abdou Mbow a annoncé son recours à la procédure de la question préalable. « J’utilise l’article 83 pour poser une question préalable tendant à ne pas délibérer », a-t-il déclaré devant le président de séance et le ministre présent dans l’hémicycle.
Le député a néanmoins pris soin de distinguer son opposition au contexte politique de toute remise en cause de la nécessité de garantir l’accès aux soins des détenus. « Nous tous, nous savons que la santé est importante pour les détenus », a-t-il reconnu. Poursuivant une partie de son intervention en wolof, il a également évoqué les conditions de détention et la nécessité, selon lui, de faire évoluer le cadre législatif afin de mieux répondre aux réalités auxquelles sont confrontées les personnes privées de liberté.
Mais pour Abdou Mbow, la question centrale réside dans les circonstances politiques entourant l’examen du texte. Le député estime qu’une réforme portant sur les droits et les conditions de vie des détenus ne devrait pas être examinée dans un climat marqué par les tensions entre les institutions. « Monsieur le Ministre, je considère qu’on ne légifère pas dans la colère », a-t-il lancé.
Dans la foulée, il a vivement critiqué la convocation de la session extraordinaire et les textes inscrits à son ordre du jour. Abdou Mbow a notamment estimé que cette session avait été convoquée « pour absolument rien », tout en mettant en cause la manière dont la majorité parlementaire conduit ses travaux.
Le parlementaire a également fait référence aux saisines du Conseil constitutionnel, qu’il a présentées comme révélatrices, selon lui, des difficultés rencontrées dans le processus législatif. Son intervention s’est ainsi progressivement éloignée du seul sujet de la santé en milieu carcéral pour s’inscrire dans une critique plus large du fonctionnement de la majorité et de ses rapports avec l’exécutif.
Abdou Mbow a ensuite élargi son propos aux préoccupations économiques et sociales du pays. Il a évoqué les difficultés rencontrées par les populations, les attentes en matière d’emploi des jeunes ainsi que les problèmes auxquels reste confronté le monde rural. Il a notamment ciblé le ministre de l’Agriculture, critiquant ses déplacements à travers le territoire national et estimant que ces tournées ne se traduisaient pas, selon lui, par des réponses suffisamment concrètes aux difficultés soulevées.
Pour le député, les responsables de la majorité consacreraient ainsi une part importante de leur énergie aux affrontements politiques et aux questions de positionnement, au détriment des préoccupations quotidiennes des Sénégalais. Il a estimé que cette situation ne favorisait pas la sérénité nécessaire aux travaux parlementaires.
La situation politique au sommet de l’État a également occupé une place importante dans son intervention. Abdou Mbow a directement évoqué les relations entre la majorité parlementaire, le gouvernement et le président de la République, présentant leurs différends comme les manifestations d’une « crise de régime ».
C’est sur cette base qu’il a réaffirmé son opposition à la poursuite de l’examen de la proposition de loi dans les circonstances actuelles. « C’est pourquoi je considère qu’il n’y a pas lieu de délibérer, parce qu’on ne légifère pas dans l’imbroglio, on ne légifère pas dans le tâtonnement, on ne légifère pas dans la colère, encore moins quand il y a une crise de régime qui est là », a-t-il déclaré.






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