Par Papa Ibrahima Senghor
Après 26 mois à la Primature, Ousmane Sonko réclame désormais le dialogue avec le président Bassirou Diomaye Faye. Ce changement de posture intervient dans un contexte de tensions persistantes au sommet de l’État et de divergences sur la conduite des affaires publiques. Pour Papa Ibrahima Senghor, cette nouvelle démarche soulève des interrogations sur les motivations de l’ancien Premier ministre et sur l’évolution du rapport de force politique au sein du pouvoir.
Il y a des appels au dialogue qui traduisent une volonté sincère de dépasser les divergences et de trouver des solutions aux problèmes du pays. Mais il en existe aussi qui surviennent lorsque les marges de manœuvre se réduisent, que les équilibres politiques évoluent et que les portes se ferment progressivement.
C’est sous cet angle que mérite d’être analysée la nouvelle posture d’Ousmane Sonko à l’égard du président Bassirou Diomaye Faye. Après plusieurs mois de tensions entre les deux figures centrales du pouvoir issu de la présidentielle de mars 2024, l’ancien chef du gouvernement appelle désormais au dialogue avec celui qui fut, hier encore, son principal compagnon de lutte politique.
Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette volonté de renouer les échanges à un moment où les divergences au sommet de l’État apparaissent de plus en plus difficiles à dissimuler ?
Pour Papa Ibrahima Senghor, cette évolution interroge. Lorsque les rapports de force changent et que l’influence politique semble rencontrer des limites, le dialogue peut cesser d’être une simple option stratégique pour devenir une nécessité.
Un bilan de 26 mois à assumer
Au-delà de la question du dialogue, Ousmane Sonko doit également accepter de répondre de son passage à la Primature. Après environ 26 mois à la tête du gouvernement, quel bilan concret peut-il présenter aux Sénégalais ? Quels changements suffisamment perceptibles ont été enregistrés dans leur quotidien ?
Le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes et les difficultés économiques des ménages demeurent au cœur des préoccupations populaires. Les contraintes héritées des précédentes gestions, tout comme les difficultés structurelles de l’économie sénégalaise, ne peuvent être ignorées. Elles ne sauraient toutefois dispenser les responsables ayant exercé le pouvoir de rendre compte de leurs choix et de leurs résultats.
On ne peut pas avoir dirigé le gouvernement pendant plus de deux ans et se présenter ensuite comme un simple observateur des difficultés que traverse le pays. La responsabilité politique implique d’assumer les décisions prises, les orientations défendues et les résultats obtenus.
Pour l’auteur de cette tribune, la question n’est donc pas seulement de savoir si Ousmane Sonko doit dialoguer avec Bassirou Diomaye Faye. Elle consiste aussi à déterminer si cette démarche s’inscrit dans une volonté de dépasser les divergences au service de l’intérêt général ou si elle répond à la nécessité de reprendre la main dans un contexte politique devenu moins favorable.
Bassirou Diomaye Faye n’est pas un figurant de la République
Dans cette confrontation politique, Papa Ibrahima Senghor rappelle que le président Bassirou Diomaye Faye n’est pas un acteur secondaire des institutions. En sa qualité de chef de l’État, il exerce les prérogatives que lui confère la Constitution et doit assumer les conséquences de ses décisions.
La République ne saurait être organisée autour des ambitions, des exigences ou des intérêts d’un seul responsable politique. Le fonctionnement de l’État repose sur des institutions dont les compétences doivent être respectées, indépendamment des relations personnelles ou des alliances partisanes entre ceux qui les dirigent.
À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, le Sénégal a besoin de stabilité, de mobilisation et de cohésion nationale. Les rivalités au sommet de l’État ne doivent pas reléguer au second plan les priorités économiques, sociales et organisationnelles du pays.
Dans cette perspective, le dialogue ne saurait être conçu comme une injonction adressée au chef de l’État pour obtenir un arbitrage favorable à l’ancien Premier ministre. Il doit plutôt constituer un cadre d’échange permettant de dépasser les désaccords, de préserver la stabilité institutionnelle et de rechercher des solutions conformes à l’intérêt national.
Le dialogue est nécessaire, mais il ne peut devenir un instrument destiné à restaurer une position politique que l’un des protagonistes estime avoir perdue.
LFR 2026 et LFI 2027 : le devoir de responsabilité parlementaire
Les déclarations d’Ousmane Sonko concernant le vote de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 et de la loi de finances initiale (LFI) 2027 ouvrent un autre front dans les tensions politiques actuelles.
Le leader de Pastef a affirmé que les députés de son parti ne voteraient pas ces textes budgétaires sans l’adoption de dispositions légales encadrant l’utilisation des fonds spéciaux. Cette position place le débat sur le terrain de la transparence dans la gestion des finances publiques, mais aussi sur celui de la responsabilité des représentants du peuple.
Pour Papa Ibrahima Senghor, Ousmane Sonko doit privilégier les mécanismes institutionnels à sa disposition en tant que député. Le Parlement est précisément le lieu où les choix budgétaires doivent être examinés, discutés et, le cas échéant, contestés.
Un député dispose de moyens pour défendre ses positions : interventions en commission, propositions d’amendements, arguments techniques, débats en séance plénière et contrôle de l’action gouvernementale. Si Ousmane Sonko conteste les orientations budgétaires, il lui appartient de faire valoir ses arguments dans ce cadre et de chercher à convaincre ses collègues.
Le droit de voter contre un budget est incontestable. Une majorité parlementaire peut également conditionner son soutien à des engagements ou à des garanties qu’elle juge nécessaires. Mais, selon l’auteur de cette tribune, la menace d’un rejet utilisée comme moyen de pression politique, si telle est bien la finalité des déclarations concernées, risquerait de transformer un débat institutionnel en bras de fer préjudiciable au fonctionnement de l’État.
Le budget de la nation ne peut être réduit à un instrument de revanche ou devenir l’otage des rivalités entre responsables politiques. Il engage les finances publiques, le fonctionnement des services de l’État et la mise en œuvre des politiques publiques.
La majorité parlementaire dispose d’un pouvoir de contrôle et de proposition. Elle a aussi le devoir de l’exercer dans le respect des institutions et des exigences de responsabilité qui accompagnent le mandat représentatif.
La question des fonds spéciaux mérite un débat sérieux, fondé sur la transparence, la redevabilité et des règles claires. Mais ce débat gagnerait à être conduit à travers des mécanismes législatifs et parlementaires, plutôt que de se confondre avec les rivalités politiques au sommet de l’État.
Le temps des responsabilités
Au fond, l’appel au dialogue d’Ousmane Sonko intervient dans une séquence politique où les relations entre le président de la République et son ancien Premier ministre occupent une place centrale. Mais les Sénégalais attendent davantage que des échanges de positions et des rapports de force entre les principales figures du pouvoir.
Ils attendent des résultats tangibles, une gouvernance efficace et des institutions capables de fonctionner sans être constamment exposées aux tensions partisanes.
Bassirou Diomaye Faye doit pouvoir exercer ses prérogatives constitutionnelles et assumer ses choix. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô doit démontrer l’efficacité de la méthode gouvernementale et les résultats de son action. Ousmane Sonko, de son côté, doit assumer son bilan à la Primature et exercer son mandat parlementaire dans le cadre des institutions. Quant à Pastef, le parti doit concilier ses engagements politiques avec les responsabilités qui découlent de sa position au sein de l’Assemblée nationale.
Le dialogue reste une voie possible pour apaiser les tensions. Encore faut-il qu’il repose sur une volonté réciproque de compromis et sur une priorité clairement établie : l’intérêt supérieur du Sénégal.
Hier, Ousmane Sonko semblait vouloir imposer le tempo politique. Aujourd’hui, il réclame le dialogue avec Bassirou Diomaye Faye. Demain, il devra, comme tous les responsables publics, répondre de ses choix devant les Sénégalais.
Le pays n’a pas besoin d’un bras de fer permanent ni d’une menace récurrente de blocage. Il a besoin de dirigeants capables de proposer, de convaincre, de négocier lorsque cela est nécessaire et d’assumer pleinement leurs décisions.
Papa Ibrahima Senghor
Directeur général de la SNR






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