À peine arrivé au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye se heurte à une série de déconvenues diplomatiques qui fragilisent son ambition de repositionner le Sénégal au centre du jeu régional et international. Selon une longue enquête publiée par Africa Intelligence, ces revers soulignent la difficulté du nouveau pouvoir à trouver sa place dans un environnement où les équilibres de pouvoir sont anciens et les solidarités fluctuantes.
L’un des épisodes les plus révélateurs s’est produit le 22 juin 2025 à Abuja. Ce jour-là, le sommet des chefs d’État de la CEDEAO devait désigner le nouveau président en exercice de l’organisation. Confiant, Bassirou Diomaye Faye anticipait son élection, arguant d’un “droit” fondé à la fois sur la rotation alphabétique et le principe non écrit de l’alternance entre pays francophones et anglophones.
Mais la réunion a tourné court. Contre toute attente, le Nigérian Bola Ahmed Tinubu, président sortant, a annoncé un “consensus” en faveur du Sierra-Léonais Julius Maada Bio. Devant un huis clos tendu, le président sénégalais a contesté la décision, y voyant un contournement des textes et un arrangement politique. Ses arguments n’ont pas trouvé d’écho. Même le président béninois Patrice Talon, seul autre francophone présent, s’est rallié au choix de Bio, invoquant la “continuité” et la nécessité de consolider le consensus.
L’isolement du président Faye a été accentué par l’absence remarquée de deux poids lourds du camp francophone, Alassane Ouattara et Faure Gnassingbé. Ces derniers avaient pourtant donné des assurances de soutien via des échanges préalables. Leurs ministres des Affaires étrangères, présents à Abuja, se sont abstenus de toute prise de parole en faveur du Sénégal.
Pour apaiser les tensions, un compromis avait été proposé : inscrire dans le communiqué final que la prochaine présidence reviendrait au Sénégal. Le chef de l’État sénégalais a sèchement décliné l’offre, la qualifiant de “marchandage inacceptable”.
Cette défaite symbolique intervient après d’autres échecs diplomatiques. En mai, le Sénégal a vu son candidat à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), Amadou Hott, échouer face au Mauritanien Sidi Ould Tah. La presse spécialisée a pointé un manque de coordination et un engagement insuffisant du tandem exécutif sénégalais, au moment même où le lobbying des concurrents se déployait avec intensité.
Sur un autre front, Bassirou Diomaye Faye avait fait de la réintégration des États de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger) au sein de la CEDEAO une priorité. Pourtant, ses visites à Bamako et Ouagadougou se sont soldées par des refus polis. La rupture reste donc entière entre ces régimes militaires et l’organisation sous-régionale.
L’échec de la candidature sénégalaise au Conseil des droits de l’homme en octobre 2024 a également nourri des critiques au sein du corps diplomatique. Selon Africa Intelligence, Dakar n’a pas même pris la peine de déposer une candidature formelle pour conserver le siège qu’il occupait, laissant le terrain libre à d’autres pays africains.
Ces déconvenues s’ajoutent au malaise provoqué par l’activisme international d’Ousmane Sonko. Le Premier ministre, omniprésent sur la scène africaine, multiplie les voyages officiels, brouillant la ligne diplomatique et la hiérarchie protocolaire. Certains diplomates jugent cette dynamique contreproductive, soulignant que la politique étrangère sénégalaise a toujours été structurée autour du chef de l’État.
Au final, la trajectoire chaotique des premiers mois du mandat Diomaye Faye illustre les limites d’une diplomatie qui peine encore à trouver ses repères. Entre un isolement régional inattendu, une influence continentale fragilisée et une image brouillée par les rivalités internes, la jeune présidence se voit rappelée à la réalité : les réseaux informels, les équilibres anciens et les calculs d’influence pèsent toujours lourd dans le concert ouest-africain.
Si le nouveau pouvoir veut transformer l’élan populaire de son élection en puissance diplomatique, il devra convaincre, tisser de nouvelles alliances et surtout dépasser la méfiance que suscite un changement de régime perçu comme trop abrupt par certains partenaires.
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