PLUS DE 60% DES AGRICULTEURS / ÉLEVEURS ET PRÈS DE 40% DES PÊCHEURS TOUCHÉS : Les changements climatiques menacent la sécurité alimentaire

Le Sénégal subit de plein fouet les effets du changement climatique et les populations rurales en ressentent les conséquences les plus directes. Selon la première Enquête nationale sur les risques environnementaux et la vulnérabilité de la population selon le genre (ENREVG), réalisée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) en partenariat avec l’Organisation des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes), plus de 60% des agriculteurs et éleveurs ont enregistré une baisse de rendement en raison des aléas climatiques.
Les femmes sont particulièrement touchées : 62,2% d’entre elles déclarent une diminution de leur production contre 59,5% chez les hommes.
En milieu rural, la situation est encore plus préoccupante puisque 68,2% des producteurs ont vu leurs rendements chuter contre 42,4% en milieu urbain. Les régions de Kolda (81,3%), Sédhiou (79,8%), Kaffrine (74,7%) et Fatick (74,6%) figurent parmi les plus affectées.
Les écarts de genre persistent à travers tout le territoire. À Dakar, par exemple, 40,5% des femmes rapportent une baisse de rendement contre seulement 14% des hommes. Des disparités similaires s’observent dans des zones agricoles clés comme Diourbel (52,3% contre 36%), Kaolack (69,8% contre 57,9%), Kaffrine (74,7% contre 74,6%) et Fatick (74,7% contre
74,6%). En effet, l’accès limité des femmes à la terre, aux intrants et aux équipements agricoles accentue leur vulnérabilité.
D’après les agriculteurs et éleveurs, cette situation est principalement due aux vagues de chaleur récurrentes (81,7%), l’augmentation des températures (66,9%), la diminution des précipitations (59,4%), la dégradation des terres (44%) et la désertification (35,8%).
Parallèlement, la pêche n’est pas épargnée. Près de 40% des pêcheurs ont dû augmenter leur temps de travail pour faire face à la raréfaction des ressources halieutiques et à la dégradation de l’environnement marin. Les pêcheurs des zones urbaines sont davantage affectés (57%) que ceux des zones rurales (12,9%). Cependant dans ce secteur, les hommes restent les plus nombreux à prolonger leurs heures de pêche (47,1% contre 1,6% de femmes).
Cette intensification du travail en mer est surtout liée aux vagues de chaleur récurrentes (88,8%), à la perte de biodiversité aquatique (84%), à l’augmentation des températures (67,6%) et aux épisodes de froid extrême (64,8%).
Les résultats de l’étude mettent également en évidence que sur les dix premiers évènements/phéno-mènes climatiques, les femmes enregistrent des proportions plus élevées que celles des hommes en cas de perte de biodiversité aquatique / raréfaction des espèces (100% contre 83,9%), d’épisodes de froid extrême récurrents (100,0% contre 64,5) et de perte de la biodiversité terrestre et aérienne / raréfaction des espèces (81,6% contre 61,6%).
Entre sécheresses, inondations, érosion côtière et perte de biodiversité, le Sénégal est confronté à une série de crises climatiques qui fragilisent les moyens de subsistance et aggravent les inégalités. Ces bouleversements menacent la sécurité alimentaire et accentuent la précarité, notamment chez les femmes.
Face à ces défis, les résultats de l’enquête de l’ANSD et d’ONU Femmes rappellent l’urgence d’une adaptation inclusive, qui devrait tenir compte du rôle et des besoins spécifiques des femmes dans la résilience climatique. Qu’elles cultivent la terre ou jettent leurs filets en mer, ce sont elles qui, souvent, subissent le plus durement les caprices d’une nature en perpétuelle mutation.


Penda THIAM


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