Ports régionaux : bras de fer entre les Chambres de commerce de Kaolack et Ziguinchor et le Port autonome de Dakar

La tension s’intensifie entre les Chambres de commerce et d’industrie de Kaolack et de Ziguinchor et le Port autonome de Dakar, sur fond de désaccord autour de la gestion des infrastructures portuaires régionales. Les deux institutions consulaires dénoncent une tentative de reprise de gestion qu’elles jugent soudaine et unilatérale de la part de la direction du port dakarois. Face à ce qu’elles considèrent comme une menace pour leurs prérogatives et pour l’équilibre du fonctionnement des services portuaires locaux, elles appellent l’État à intervenir rapidement afin d’arbitrer le différend.

Dans une déclaration ferme, les représentants des chambres consulaires expriment leur vive inquiétude face à ce qu’ils perçoivent comme une mise à l’écart injustifiée dans la gouvernance portuaire. Selon eux, les infrastructures portuaires de Kaolack et de Ziguinchor ne peuvent être administrées de manière centralisée sans tenir compte des réalités économiques locales. Ils rappellent que ces ports ont été développés et animés depuis plusieurs décennies grâce à l’implication directe des acteurs économiques régionaux, sous la coordination des chambres de commerce qui en assurent une grande partie de l’exploitation.

Au cœur de la polémique se trouve l’application d’un décret signé sous la présidence de Macky Sall. D’après plusieurs opérateurs économiques, ce texte serait aujourd’hui interprété de manière divergente par les différentes parties. Certains y voient la base juridique permettant au Port autonome de Dakar de reprendre la gestion de ces infrastructures portuaires régionales, tandis que les chambres consulaires estiment que ce décret ne saurait justifier une telle centralisation.

Intervenant sur les ondes d’iRadio, l’opérateur économique basé à Ziguinchor, Aboubacar Camara, a vivement critiqué la démarche attribuée à la direction du port de Dakar. Pour lui, cette volonté de reprise de gestion ne tient pas compte de l’histoire ni des efforts consentis par les structures locales pour développer ces installations portuaires.

Il a notamment évoqué l’ancienneté des infrastructures pour illustrer son propos. Selon lui, certaines installations portent encore l’inscription de l’année 1940 sur leurs bâtiments, ce qui témoigne de leur existence bien avant certaines décisions administratives récentes. À ses yeux, cela démontre que ces ports font partie du patrimoine économique local et ne peuvent être traités comme de simples extensions administratives dépendant exclusivement de Dakar.

Aboubacar Camara affirme également que le décret signé sous Macky Sall avait suscité des interrogations dès sa publication en raison de sa complexité et de sa difficulté d’application. Il soutient que ce texte aurait pu être contesté ou réexaminé si les circonstances politiques de l’époque avaient évolué différemment. Selon lui, les autorités consulaires de Kaolack auraient pu entreprendre des démarches pour obtenir sa révision.

Au-delà de l’aspect juridique, les acteurs économiques des deux régions considèrent que la question touche également à un enjeu de justice et de reconnaissance du travail accompli par les structures consulaires locales. Ils estiment que ces chambres de commerce ont joué un rôle déterminant dans l’animation économique, l’organisation des activités portuaires et l’accompagnement des opérateurs qui utilisent ces infrastructures.

Aboubacar Camara a également rappelé les engagements du nouveau pouvoir en matière de gouvernance équitable. Il s’est référé au slogan du président de la République, qui prône les principes de Jub, Jubeul et Jubeunti, pour souligner ce qu’il considère comme une contradiction entre ces valeurs et la situation actuelle. Selon lui, l’injustice commence lorsque l’on retire à des structures locales ce qu’elles ont contribué à construire et à développer.

Pour les opérateurs économiques, la priorité devrait plutôt être d’identifier les insuffisances des infrastructures portuaires et de renforcer leur développement à travers des investissements et des partenariats. Ils plaident pour une approche collaborative qui associerait les autorités portuaires nationales, les chambres consulaires et les acteurs économiques régionaux afin d’améliorer la performance de ces ports stratégiques.

Face à cette situation, les Chambres de commerce et d’industrie de Kaolack et de Ziguinchor affichent leur détermination à défendre leurs prérogatives. Elles appellent à l’ouverture rapide d’un dialogue constructif avec la direction du Port autonome de Dakar afin de trouver une solution concertée à ce différend.


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