Lors des débats à l’Assemblée nationale consacrés à la modification de l’article 319 du Code pénal, le ministre de l’Intérieur Bamba Cissé a apporté plusieurs précisions sur la portée juridique du texte, notamment sur la question sensible de la rétroactivité de la loi. Face aux interrogations de certains députés et aux nombreuses réactions dans l’opinion publique, le ministre a tenu à rappeler un principe fondamental du droit pénal : une loi ne peut s’appliquer à des faits commis avant son adoption.
Devant les parlementaires, Bamba Cissé a ainsi expliqué que la réforme ne concernera que les actes commis après le vote et la promulgation de la loi. Pour illustrer concrètement cette règle, il a cité l’animateur Pape Cheikh Diallo, dont le nom circule largement dans les discussions publiques autour de cette question. « Cette loi ne s’appliquera pas à Pape Cheikh Diallo et cie. La loi pénale ne rétroagit pas. Ceux qui seront concernés sont ceux qui commettent ces actes après le vote et la promulgation de la loi », a-t-il déclaré, mettant fin aux spéculations sur une éventuelle application rétroactive du texte.
Le ministre a ensuite abordé la question de la qualification juridique de l’infraction, un point qui, selon lui, alimente de nombreuses incompréhensions dans le débat public. Certains observateurs estiment que l’infraction d’« acte contre nature » devrait être érigée en crime plutôt qu’en délit. Mais pour Bamba Cissé, cette perception repose sur une lecture simplifiée du droit pénal.
Selon lui, la distinction entre délit et crime ne repose pas uniquement sur la sévérité de la peine. Il a expliqué que dans certains cas, un délit peut être sanctionné plus lourdement qu’un crime. Pour illustrer cette réalité, il a évoqué l’exemple de certaines affaires judiciaires où une personne reconnue coupable de meurtre peut être condamnée à une peine relativement faible. « Quelqu’un peut commettre un meurtre et être condamné à cinq ans de prison », a-t-il souligné.
Dans le cas spécifique de l’« acte contre nature », le ministre a rappelé que la législation actuelle prévoit déjà des sanctions particulièrement sévères. L’infraction est qualifiée de délit, mais elle est assortie d’une peine allant de cinq à dix ans de prison. Selon lui, cette fourchette crée un verrou juridique important. « Aujourd’hui, l’acte contre nature est un délit, mais la peine est criminelle. On parle de cinq à dix ans. C’est verrouillé : on ne peut pas descendre en dessous de cinq ans, et le juge peut aller jusqu’à dix ans », a-t-il expliqué.
Pour le ministre de l’Intérieur, ce choix n’est pas le fruit du hasard mais relève d’une stratégie juridique réfléchie. Maintenir l’infraction dans la catégorie des délits tout en conservant des peines lourdes permettrait, selon lui, d’assurer une plus grande efficacité dans le traitement des dossiers. Il estime que la criminalisation pure et simple pourrait produire des effets inverses, notamment en ralentissant la justice. « Le débat sur la criminalisation est souvent une incompréhension. C’est une stratégie très intelligente », a-t-il affirmé devant les députés.
Bamba Cissé a également attiré l’attention des parlementaires sur les conséquences pratiques qu’aurait une généralisation des procédures criminelles. Il a rappelé que ces procédures sont plus longues et plus complexes, ce qui contribue déjà à l’engorgement du système judiciaire et au surpeuplement des prisons. Selon lui, la matière criminelle représente aujourd’hui une part importante des dossiers en attente devant les juridictions.
Pour étayer son analyse, le ministre a présenté plusieurs chiffres concernant les infractions sexuelles au Sénégal. Il a indiqué que 506 cas de viol et d’attentat à la pudeur ont été enregistrés en 2021. Deux ans plus tard, en 2023, ce chiffre est passé à 623 cas, montrant une progression malgré la criminalisation de ces infractions. Ces statistiques, selon lui, illustrent les limites d’une réponse exclusivement fondée sur le durcissement de la qualification pénale.
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