La pression policière au Sénégal et en Mauritanie entraîne un recul des départs, mais pousse les migrants à emprunter des trajets plus longs et plus périlleux.
Dakar, 27 juin 2025 – Les autorités espagnoles ont constaté une baisse de 41 % des arrivées de migrants irréguliers aux îles Canaries au cours du premier semestre 2025, comparé à la même période en 2024. Ce recul, révélé par le quotidien La Provincia, est en grande partie le fruit du renforcement des contrôles aux frontières au Sénégal et en Mauritanie. Toutefois, loin d’être un simple succès sécuritaire, cette évolution dessine une réalité plus sombre : celle d’un déplacement des routes migratoires vers des zones plus éloignées et bien plus dangereuses.
Selon Anselmo Pestana, délégué du gouvernement espagnol aux Canaries, le nombre d’arrivées est passé de 19 100 personnes au premier semestre 2024 à 11 300 au cours des six premiers mois de 2025. Cette diminution s’explique par une coopération policière accrue entre l’Espagne, le Sénégal et la Mauritanie, qui a permis de freiner les départs depuis les côtes ouest-africaines. La Garde civile espagnole et la Police nationale ont notamment renforcé leur présence et leur assistance technique sur le terrain.
Cependant, cette stratégie a eu un effet collatéral préoccupant : les migrants, pour éviter les zones sous haute surveillance, optent désormais pour des départs à partir de côtes plus lointaines comme celles de Guinée-Conakry. Une tendance qui allonge considérablement la durée des traversées – parfois jusqu’à dix jours en haute mer – et augmente mécaniquement le risque de naufrage, d’épuisement ou de disparition.
« Le risque est bien plus élevé pour la vie des personnes qui tentent de se rapprocher des Canaries », a averti M. Pestana. « Elles s’éloignent trop des côtes, avec le risque de se perdre dans l’océan Atlantique et de dériver jusqu’aux Caraïbes ou au Brésil. »
Les embarcations, souvent mal équipées et surchargées, sont à la merci des vents, des vagues et du manque de carburant. Certaines pirogues, contraintes par le mauvais temps ou des avaries, sont interceptées en pleine mer ou ramenées à leur point de départ. Un phénomène de plus en plus observé, notamment au large de la Mauritanie.
Dans ce contexte, les autorités des pays concernés poursuivent leurs efforts pour endiguer le phénomène à la source. Des réseaux de passeurs ont été démantelés, des lieux de rétention illégale identifiés, et des trafiquants arrêtés. Le 21 juin, les garde-côtes mauritaniens ont ainsi intercepté une pirogue transportant 124 personnes – dont 14 femmes et un enfant – à 60 km de Nouakchott. Les migrants, originaires du Sénégal et de Guinée, tentaient de rallier clandestinement les Canaries.
Cette coopération policière et judiciaire internationale est saluée par les autorités espagnoles, qui espèrent un renforcement durable de ces actions conjointes dans les mois à venir.
Malgré les efforts de dissuasion, les réseaux criminels s’adaptent rapidement. Leurs nouvelles stratégies incluent l’ouverture de routes vers le nord de l’Algérie, la Libye ou même des itinéraires transatlantiques. Dernier drame en date : l’arrivée de pirogues aux Baléares en provenance d’Algérie, à bord desquelles ont été retrouvés des corps de migrants subsahariens, ligotés, témoins d’une violence extrême exercée par les trafiquants.
Ces tragédies rappellent que tant que les causes profondes de l’émigration – pauvreté, insécurité, manque d’opportunités – ne seront pas adressées, les flux migratoires continueront, au prix de vies humaines sacrifiées dans l’Atlantique.
Chiffres clés (janv-juin 2025) :
11 300 migrants arrivés aux Canaries (contre 19 100 en 2024) 124 personnes interceptées par la Mauritanie le 21 juin 41 % de baisse globale des arrivées Durée moyenne des traversées : jusqu’à 10 jours
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