L’Association pour la protection des droits humains (A.P.D.H) a officiellement saisi le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, afin de solliciter son intervention dans le contentieux qui oppose l’homme d’affaires sénégalais Bocar Samba Dièye à la Banque CBAO, filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank. Selon les informations rapportées par le journal Source A, cette démarche s’inscrit dans un contexte de litige financier particulièrement complexe et ancien, opposant un opérateur économique sénégalais à une institution bancaire de premier plan.
Au cœur du conflit se trouve une créance de plusieurs milliards de francs CFA que la CBAO réclame à M. Dièye. Ce dernier conteste catégoriquement cette dette, affirmant être victime de fraude et de pratiques bancaires abusives. Les procédures judiciaires engagées au fil des années semblent lui donner raison : un rapport d’expertise a établi que Bocar Samba Dièye est en réalité créancier de plus de 879 millions de francs CFA auprès de la banque. De plus, plusieurs décisions de justice ont été rendues en sa faveur, dont une condamnant la CBAO à lui verser 11 milliards de francs CFA à titre de dommages et intérêts.
Malgré ces jugements, la banque aurait poursuivi ses actions à l’encontre du vieil homme d’affaires, maintenant ainsi la pression sur lui. En 2022 et 2024, les tribunaux ont pourtant déclaré nuls et de nul effet deux protocoles de reconnaissance de dette d’un montant global de 7 milliards de francs CFA produits par la CBAO, renforçant la position juridique de M. Dièye.
Pour l’A.P.D.H, cette situation illustre un déséquilibre flagrant entre un citoyen sénégalais âgé et une puissante institution financière étrangère. Par la voix de son président, le Dr Mbaye Cissé, l’association estime que l’État du Sénégal ne peut rester indifférent face à ce qu’elle qualifie d’« injustice manifeste ». Dans sa correspondance adressée au chef de l’État, l’organisation rappelle que la protection des droits fondamentaux des citoyens, en particulier face à des entités dotées d’un fort pouvoir économique, relève de la responsabilité morale et régalienne des autorités publiques.
L’A.P.D.H appelle ainsi le président Diomaye Faye à user de ses prérogatives pour garantir que M. Dièye bénéficie d’une justice équitable et que ses droits soient pleinement respectés. Le Dr Mbaye Cissé invite également le gouvernement à engager une réflexion approfondie sur le cadre juridique régissant les relations entre l’État du Sénégal et les filiales de banques étrangères opérant sur son territoire. Il recommande notamment d’y introduire des clauses spécifiques de protection des intérêts nationaux afin d’éviter la répétition de tels conflits.
Agé et affaibli après une longue carrière entamée en 1957 dans le commerce, Bocar Samba Dièye reste, selon ses soutiens, l’un des symboles de la résilience du secteur privé sénégalais. Pour ses défenseurs, son combat dépasse le simple cadre personnel : il met en lumière la nécessité de rééquilibrer les rapports entre les acteurs économiques locaux et les grandes institutions financières internationales présentes au Sénégal.