Le communiqué du Conseil des ministres du mercredi 22 octobre 2025 a intrigué plus d’un observateur : aucune communication du Premier ministre Ousmane Sonko n’y est mentionnée. Ce détail, qui pourrait passer inaperçu dans un autre contexte, a cette fois-ci attiré l’attention, tant les relations entre le Chef de l’État Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre semblent, selon plusieurs sources, traverser une période de crispation.
Selon des informations relayées par PressAfrik, une source gouvernementale a confirmé que le Premier ministre n’a pas pris part au Conseil des ministres tenu ce mercredi au Palais de la République. Cette absence, dans une instance considérée comme le cœur du fonctionnement gouvernemental, soulève des interrogations sur la nature des rapports actuels entre les deux hommes, jadis alliés indissociables du projet politique issu de Pastef.
L’absence d’Ousmane Sonko intervient dans un contexte déjà chargé en signes de tension. Ces dernières semaines, plusieurs observateurs ont noté un froid apparent entre le président et son chef de gouvernement. Si certains y voient un simple désaccord stratégique ou un incident passager, d’autres évoquent une divergence plus profonde dans la gestion du pouvoir et l’interprétation du projet politique qu’ils portent ensemble.
Le silence officiel des deux parties entretient d’ailleurs le mystère. Aucun communiqué de la Primature ni du Palais n’est venu expliquer l’absence du Premier ministre à cette réunion hebdomadaire, où sont discutées les grandes orientations de la politique nationale.
Un autre fait, survenu quelques jours plus tôt, semble conforter la thèse d’un malaise latent. Le vendredi 17 octobre, lors d’un déplacement officiel du président Diomaye Faye, ce dernier était accompagné de son Directeur de cabinet, Mary Teuw Niane, et non du Premier ministre. Une situation inhabituelle, relevée par le journaliste Adama Gaye, qui y a vu une entorse au protocole habituel : « Le Premier ministre est souvent celui qui accompagne le Chef de l’État ou, à défaut, lui souhaite bon voyage au pied de l’avion », a-t-il rappelé dans une publication sur Facebook.
Cette scène, anodine en apparence, a été perçue par certains comme le symbole d’une mise à l’écart progressive du Premier ministre dans certaines activités présidentielles.
Malgré ces signes de distanciation, plusieurs analystes estiment que le duo Diomaye–Sonko reste encore fonctionnel sur l’essentiel. Leur projet commun de refondation de l’État, basé sur la rupture, la transparence et la souveraineté, continue d’être décliné à travers les politiques publiques, notamment dans les secteurs de la justice, de la fiscalité et de la gouvernance économique.
Cependant, il n’est un secret pour personne que la cohabitation au sommet de l’exécutif n’est pas exempte de frictions. Ousmane Sonko, chef de parti et figure politique charismatique, conserve une forte base militante et une liberté de ton parfois dérangeante pour les équilibres institutionnels. De son côté, Bassirou Diomaye Faye, en sa qualité de président, entend affirmer son autorité et garantir la cohérence de l’action gouvernementale.
Si l’absence du Premier ministre à un Conseil des ministres peut s’expliquer par un empêchement personnel ou une divergence ponctuelle, elle prend une dimension politique symbolique dans le contexte actuel. Certains observateurs redoutent qu’elle ne traduise un réajustement silencieux des équilibres au sein du pouvoir exécutif.