Affaire AEE Power : la réponse de Jean-Michel Sène à Thierno Alassane Sall

Le directeur général de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), Jean-Michel Sène, a vivement répondu au député Thierno Alassane Sall, suite à la question écrite que ce dernier a adressée au ministre des Finances concernant la validité des garanties fournies dans le cadre du contrat controversé avec AEE Power.

Dans une sortie musclée publiée ce week-end, M. Sène accuse le parlementaire d’instrumentaliser le dossier à des fins purement politiciennes, et de faire preuve d’une « méconnaissance inquiétante » des mécanismes de garanties dans les marchés publics, en dépit de son passé d’ancien ministre.

« Vous confondez vacarme médiatique et action publique. Le temps est venu de mettre fin au spectacle. Rideau. », lance-t-il en ouverture.

Jean-Michel Sène précise que les garanties en question ont été émises le 20 mars 2024, avant l’élection présidentielle et avant sa propre nomination à la tête de l’ASER en juillet 2024. Selon lui, l’ancien directeur général de l’agence a initié le processus de paiement des avances deux jours seulement avant l’élection, le 22 mars 2024. Une chronologie que M. Sène considère comme décisive pour démonter « la fable » portée par Thierno Alassane Sall.

Il dément également l’accusation selon laquelle la SONAC, chargée d’émettre les garanties, n’aurait pas répondu aux interpellations de l’ARCOP (Autorité de régulation de la commande publique), affirmant que deux réponses écrites ont bien été transmises à l’autorité de régulation.

Au-delà de la défense du dossier AEE Power, Jean-Michel Sène met en avant les résultats de l’ASER sous sa direction :

« À mi-année 2025, plus de 320 localités rurales ont été électrifiées, là où vous peiniez à dépasser la centaine sur une année », déclare-t-il à l’endroit du député.

Il assure que 42 localités ont déjà été électrifiées dans le cadre du projet AEE Power, dépassant l’objectif initial de 40 localités fixé pour fin juin, et promet 360 localités électrifiées d’ici fin décembre 2025.

Dans un ton direct, il lance une invitation à un débat public à Thierno Alassane Sall, en lui promettant la mise à disposition de l’intégralité de la documentation liée au contrat :

« Vous souhaitez connaître la vérité ? Honnêtement ? Je vous ouvre grand les portes. Venez débattre. »

En guise de contre-attaque, le DG de l’ASER exhume l’affaire OS Myna, un contrat de 60 milliards FCFA censé électrifier 1 144 localités en 12 mois, dont seulement 368 auraient été électrifiées en dix ans, avec 45 milliards déjà décaissés.

Jean-Michel Sène pointe la responsabilité directe de Thierno Alassane Sall, à l’époque ministre de tutelle de l’ASER, dans la gestion de ce projet, qualifiant cette affaire de « véritable scandale » aux antipodes du dossier AEE Power.

« Cette responsabilité, vous ne pouvez pas vous en débarrasser. Elle vous suivra comme une ombre. »

Cette passe d’armes marque une nouvelle intensification de la tension entre le gouvernement et une partie de l’opposition sur la gestion des projets d’électrification. Si les accusations de surfacturation, de manipulation politique ou d’opacité demeurent au cœur du débat, le bras de fer entre Jean-Michel Sène et Thierno Alassane Sall illustre surtout le climat électrique — c’est le cas de le dire — autour de la transparence dans les marchés publics.

Affaire AEE Power / Garanties SONAC : TAS remue le couteau dans la plaie

Un nouvel épisode vient secouer la gouvernance des marchés publics au Sénégal. Dans une question écrite adressée au ministre des Finances et du Budget, l’honorable député Thierno Alassane SALL, président du groupe parlementaire Taxawu Senegaal (TAS), soulève de graves irrégularités dans l’émission de garanties d’assurance par la SONAC au profit de l’entreprise espagnole AEE POWER EPC.

Selon le député, la SONAC aurait délivré des garanties d’un montant total de 56 millions d’euros (environ 36,5 milliards FCFA) à AEE POWER EPC dans le cadre du marché de l’électrification rurale, sans que les primes exigées n’aient été payées à la date d’émission des garanties. Une pratique qui, si elle est avérée, viole frontalement les règles du Code des assurances de la CIMA, notamment l’article 13 qui subordonne la validité du contrat à la perception préalable de la prime.

AEE POWER EPC s’était vu attribuer un marché portant sur l’électrification de localités dans plusieurs régions (Kaffrine, Kédougou, Louga, Saint-Louis, Tambacounda). Comme le veut la procédure, les avances de démarrage et de dépenses engagées, ainsi que la garantie de bonne exécution, ont été conditionnées à la présentation de garanties dûment émises. Mais les documents comptables consultés par le député montrent que les primes n’étaient pas encore virées sur le compte de la SONAC à la date de délivrance des garanties, ce qui jette un sérieux doute sur la légalité de la procédure.

Pire encore, la société AEE POWER Sénégal – filiale locale du groupe espagnol – a saisi à plusieurs reprises l’Autorité de régulation des marchés publics (ARCOP) pour dénoncer la situation, dès août 2024. À son tour, l’ARCOP a saisi officiellement la SONAC en juillet 2024 pour exiger des preuves de paiement des primes dans un délai de 72 heures. À ce jour, selon Thierno Alassane SALL, aucune réponse n’a été fournie par la société d’assurance étatique.

Dans sa correspondance datée du 12 juin 2025, le député demande expressément au ministre des Finances de fournir la chronologie exacte de la délivrance des garanties et du paiement effectif des primes. En tant qu’autorité de tutelle de la SONAC, le ministre est interpellé pour éclairer les députés, mais aussi l’opinion publique, sur les conditions opaques entourant cette opération.

Cette affaire soulève une fois de plus la problématique de la transparence dans les garanties financières d’État, notamment dans les projets stratégiques financés par des partenaires internationaux. Elle met également en lumière les risques systémiques liés à une gestion laxiste des obligations contractuelles dans les marchés publics.

Alors que le gouvernement Diomaye Faye s’est engagé à renforcer la reddition des comptes, cette affaire pourrait devenir un test de crédibilité pour les autorités. Les députés, les organismes de régulation et l’opinion attendent désormais des clarifications urgentes sur cette situation, qui pourrait avoir des implications juridiques, financières et diplomatiques.

Quitter la version mobile