L’Assemblée nationale a été le théâtre d’un échange particulièrement tendu ce mercredi, lorsque le député Abdou Mbow a interpellé le ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, sur ce qu’il considère comme des dérives inquiétantes au sein de la police. Au cœur de son intervention : l’affaire du commissaire de l’aéroport international Blaise Diagne, dont le limogeage annoncé par le ministère semble avoir été remis en question.
Dès le début de sa prise de parole, Abdou Mbow a rappelé au ministre l’importance de sa mission et les exigences éthiques qui doivent l’accompagner. Revenant sur la double identité professionnelle de Bamba Cissé, à la fois juriste et avocat, le député a insisté sur les valeurs de dignité, de probité, d’indépendance et de loyauté auxquelles un avocat est normalement tenu, estimant que ces principes devraient impérativement guider l’action d’un ministre de l’Intérieur. Pour Abdou Mbow, cette combinaison de doctrines – celle du ministère chargé de la sécurité et celle du métier d’avocat – devrait faire de Bamba Cissé « un homme juste, drapé de valeurs républicaines ».
Poursuivant son intervention, le parlementaire de l’opposition a tenu à rappeler au ministre que sa responsabilité dépasse désormais les logiques partisanes. Selon lui, Bamba Cissé ne peut plus agir comme le simple avocat d’un camp politique, mais doit servir l’ensemble des citoyens. « Vous n’êtes plus l’avocat du Premier ministre. Vous avez 18 millions de clients, c’est-à-dire les Sénégalais », a-t-il affirmé, avant de mettre en garde contre la tentation d’instrumentaliser la police à des fins politiques. Il a averti qu’aucune dérive de ce type ne serait tolérée, estimant que le rôle des forces de sécurité doit rester strictement républicain.
Mais c’est surtout la situation du commissaire de l’AIBD qui a cristallisé les échanges. Abdou Mbow a demandé des éclaircissements sur l’incohérence apparente entre l’annonce du limogeage du commissaire et les informations selon lesquelles l’intéressé serait toujours en fonction. Il a ainsi interpellé directement le ministre, l’invitant à préciser si le commissaire est bel et bien resté en poste et, le cas échéant, à expliquer les raisons de ce revirement. Pour le député, une telle contradiction mérite une transparence totale, surtout dans un contexte où la gestion de la police est scrutée par l’opinion publique.
À travers cette interpellation, Abdou Mbow entend mettre en lumière ce qu’il perçoit comme un manque de clarté dans la gestion des affaires sensibles au sein du ministère de l’Intérieur. Son intervention souligne également les tensions persistantes entre l’opposition et les autorités, particulièrement sur les questions liées à la sécurité et à l’usage du pouvoir exécutif.
Le ministre Bamba Cissé, quant à lui, est désormais attendu sur une réponse publique et précise. L’affaire du commissaire de l’AIBD, loin d’être un simple incident administratif, soulève des interrogations sur les pratiques internes et sur la cohérence de la communication gouvernementale. Elle relance aussi le débat sur la nécessité de préserver l’indépendance et la neutralité des forces de sécurité dans un contexte politique chargé.