Le ton monte entre députés à l’Assemblée nationale. À peine six mois après l’installation de la nouvelle législature, un échange virulent oppose deux membres de la majorité parlementaire, Guy Marius Sagna, député du groupe PASTEF, et Ismaïla Diallo, premier vice-président de l’institution. À l’origine du clash : un bilan percutant publié par Sagna sur sa page Facebook, où il dénonce des pratiques opaques au sein du Parlement et revendique un activisme assumé au service du peuple.
Dans une déclaration fleuve, Guy Marius Sagna dresse un tableau sans concession de son mandat depuis le 2 décembre 2024. Il y affirme avoir pris 267 initiatives parlementaires en six mois. Mais au-delà des chiffres, c’est le ton résolument critique envers l’institution et certains de ses collègues qui retient l’attention. Selon lui, l’Assemblée nationale continue de perpétuer des « pratiques d’un autre âge » telles que la distribution de privilèges déguisés : billets pour le pèlerinage à la Mecque, dons de sucre pour le ramadan, enveloppes sans justificatifs, et véhicules de luxe achetés sur fonds publics.
Il accuse certains parlementaires de céder à la tentation du confort personnel, trahissant ainsi l’esprit de rupture prôné par la nouvelle majorité. « Ce mandat, je le dédie au confort du peuple, pas au confort personnel ou aux commodités politiques », a-t-il martelé. Guy Marius Sagna va plus loin en interpellant le gouvernement sur la nécessité d’interdire ou d’encadrer les acquisitions somptuaires dans un contexte de précarité nationale.
Pour appuyer son engagement, le député évoque plusieurs actions concrètes : obtention d’une ambulance pour la commune de Gassane, interventions sur des salaires impayés, alertes sur des détournements présumés, ou encore des dénonciations d’irrégularités à la Chambre de commerce de Ziguinchor. Ce bilan, présenté comme une preuve de reddition des comptes, semble également avoir pour objectif de mettre en lumière les failles internes du Parlement.
Mais la réaction de ses collègues ne s’est pas fait attendre. Ismaïla Diallo, premier vice-président de l’Assemblée nationale, a répondu sèchement sur Facebook. Il accuse Guy Marius Sagna de rouler pour sa propre chapelle politique : « Il a son propre agenda et ce n’est pas un secret. Et rien ne me surprend de lui. Nous avons vécu ensemble la 14e législature », a-t-il lancé, laissant entendre que le député de PASTEF privilégierait la posture médiatique à l’efficacité législative.
Cette sortie, bien que brève, traduit un malaise profond au sein même de la majorité. Elle suggère que les lignes de fracture entre les tenants d’un activisme de rupture et les défenseurs d’un fonctionnement plus institutionnel commencent à se creuser, six mois à peine après le début de la nouvelle législature.
Si les désaccords internes sont souvent relégués à l’arrière-plan dans les majorités parlementaires, cette joute publique entre deux figures du camp présidentiel révèle une tension sur la manière d’exercer le pouvoir législatif dans un contexte de renouveau politique. Guy Marius Sagna entend continuer son combat « pour le peuple », tandis qu’Ismaïla Diallo semble vouloir préserver une certaine forme de discipline institutionnelle. Un duel politique qui ne fait peut-être que commencer.