La société Intech Group SAS, spécialisée dans les services de paiement et de collecte numérique, est actuellement au cœur d’un scandale financier de grande ampleur. Deux des plus importantes entreprises du Sénégal, Air Sénégal SA et les Grands Moulins de Dakar (GMD), ont engagé des poursuites judiciaires distinctes contre la fintech pour des non-reversements de fonds collectés dans le cadre de contrats commerciaux.
L’affaire la plus avancée est celle opposant Air Sénégal SA à Intech Group, en instance devant le tribunal de commerce de Dakar. Selon des documents judiciaires consultés, la compagnie aérienne nationale réclame à Intech Group un montant principal de 1 221 236 141 francs CFA, ainsi que 50 millions de francs CFA à titre de dommages et intérêts. Cette somme représenterait le total des ventes collectées par la fintech sur les services de réservation d’Air Sénégal, après déduction de ses commissions contractuelles.
Le contrat initial entre les deux entités remonte au 26 février 2022. À travers ce partenariat, Intech Group avait pour mission de gérer les paiements des clients d’Air Sénégal à travers sa plateforme numérique, puis de reverser les fonds collectés à la compagnie dans les délais impartis. Mais selon Air Sénégal, la fintech n’a pas respecté ses engagements, malgré plusieurs relances et la mise en place d’un plan de remboursement sur sept mois accepté à titre exceptionnel.
Une mise en demeure formelle a finalement été adressée à Intech Group le 26 février 2025, après plusieurs tentatives infructueuses de règlement à l’amiable. Dans sa défense, Intech Group évoque une suspension temporaire de ses flux de paiement par la BCEAO, arguant de difficultés techniques indépendantes de sa volonté. Une explication balayée par les avocats d’Air Sénégal, qui parlent d’un préjudice commercial grave pour une entreprise nationale en pleine restructuration financière.
Mais la compagnie aérienne n’est pas la seule à subir les conséquences de ce dysfonctionnement. Les Grands Moulins de Dakar (GMD) ont, pour leur part, déposé une plainte au pénal contre Intech Group pour abus de confiance. D’après les éléments recueillis par Libération, la fintech aurait encaissé environ 550 millions de francs CFA issus de paiements effectués par les clients des GMD, sans procéder au reversement convenu.
Malgré deux lettres d’engagement signées par le président du conseil d’administration d’Intech Group, promettant un remboursement dans les meilleurs délais, aucun paiement n’aurait été effectué à ce jour. Les GMD, qui disent avoir « épuisé tous les recours amiables », ont finalement saisi la justice pour que les responsabilités soient établies et que les fonds soient recouvrés.
Ces deux dossiers viennent écorner sérieusement la réputation d’Intech Group, jusque-là considérée comme un acteur innovant dans l’écosystème fintech de l’UEMOA. Cette affaire met en lumière les risques de gouvernance et de fiabilité qui pèsent sur certaines entreprises du secteur, pourtant cruciales pour la transformation numérique de l’économie.
Le procès civil intenté par Air Sénégal sera examiné le 16 septembre 2025. Il pourrait être suivi d’autres actions, d’autant que des sources proches du dossier évoquent d’autres entreprises victimes de pratiques similaires, qui envisageraient également de porter plainte.
Dans un contexte de renforcement de la régulation des activités financières numériques en Afrique de l’Ouest, ce scandale pourrait marquer un tournant dans la surveillance des opérateurs de services financiers digitaux, dont le rôle dans les chaînes de valeur économiques ne cesse de croître.