Séance houleuse à l’Assemblée : Abdou Karim Sall accuse Ousmane Sonko de manque de sang-froid

La séance de questions au gouvernement de ce vendredi à l’Assemblée nationale a été marquée par de vifs échanges entre le Premier ministre Ousmane Sonko et plusieurs députés de l’opposition. Abdou Karim Sall, membre de l’opposition, n’a pas mâché ses mots en critiquant l’attitude du chef du gouvernement, qu’il accuse d’avoir perdu son calme face à des questions délicates sur la situation nationale.

S’exprimant devant la presse après la plénière, Abdou Karim Sall a pointé du doigt ce qu’il considère comme une réaction inappropriée de la part du Premier ministre. « Les questions au gouvernement sont des moments extrêmement importants pour la vie d’une démocratie. Malheureusement, nous avons vu un Premier ministre qui a manqué de sang-froid, car nous lui avons posé des questions qui fâchent », a-t-il déclaré.

Le député a également critiqué la manière dont Ousmane Sonko a répondu aux interrogations, affirmant que le Premier ministre a privilégié l’attaque personnelle plutôt que de fournir des explications concrètes. « Les réponses ne m’ont jamais satisfait, car il est allé au-delà des questions qu’on lui a posées, c’est-à-dire dans l’invective, les injures et même les menaces », a-t-il martelé, soulignant une dérive verbale qui, selon lui, ne correspond pas à l’attitude attendue d’un chef de gouvernement lors d’un exercice démocratique aussi crucial.

Abdou Karim Sall a également dénoncé une organisation biaisée de la plénière, avec une répartition qu’il juge défavorable aux députés de l’opposition. Il affirme que la majorité parlementaire s’est arrogé huit questions, ne laissant que deux questions à l’opposition : une pour le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal et une pour les députés non-inscrits.

Ce n’est qu’à 1h30 du démarrage de la plénière que les organisateurs ont annoncé qu’un troisième député de l’opposition pourrait intervenir. Une décision tardive qui, selon Abdou Karim Sall, « manque de sérieux » et illustre une tentative d’étouffer le débat contradictoire.

Sénégal : Installation de la Haute Cour de Justice, une avancée majeure dans la gouvernance de l’État

Ce samedi 28 décembre 2024, une page importante de l’histoire institutionnelle du Sénégal sera écrite. L’Assemblée nationale accueillera deux événements clés : le vote du projet de loi de finances 2024 et l’installation officielle de la Haute Cour de justice, une juridiction exceptionnelle dédiée à juger les plus hautes autorités de l’État.

Le Premier ministre Ousmane Sonko sera au centre de l’attention lors du vote du budget 2024. Ce projet de loi de finances, élaboré dans un contexte économique et social tendu, reflète les grandes priorités du gouvernement, notamment le renforcement des infrastructures, la lutte contre la pauvreté et la gestion des ressources publiques.

Conformément à l’article 86 de la Constitution, le vote doit être finalisé avant la fin de l’année. Ce processus engage directement la responsabilité de l’exécutif et marque une étape décisive pour définir les orientations stratégiques du Sénégal.

L’autre moment fort de cette séance plénière sera l’installation officielle de la Haute Cour de justice. Cette instance, prévue par la Constitution, est compétente pour juger les hauts responsables de l’État pour des actes criminels ou délictuels commis dans l’exercice de leurs fonctions.

Les huit juges titulaires et leurs huit suppléants, élus par l’Assemblée nationale, prêteront serment avant de prendre leurs fonctions. Placée sous la présidence du Premier Président de la Cour suprême, la Haute Cour incarne un engagement renouvelé en faveur de la transparence et de la redevabilité des dirigeants.

La Haute Cour de justice se distingue par son rôle spécifique :

  1. Jugement du Président de la République
    Le chef de l’État peut être jugé en cas de haute trahison. Toutefois, cette notion reste vague dans le droit sénégalais, ce qui pourrait poser des défis d’interprétation juridique à l’avenir.
  2. Jugement du Premier ministre et des ministres
    Ces derniers, ainsi que leurs complices, peuvent être traduits devant cette instance pour des crimes graves, notamment le complot contre la sûreté de l’État ou d’autres délits majeurs.
  3. Procédure stricte de mise en accusation
    La mise en accusation du Président ou des membres du gouvernement nécessite une résolution adoptée par une majorité qualifiée des trois cinquièmes des députés, soit au moins 99 votes sur 165.

Le ministère public est représenté par le Procureur général près la Cour suprême, ce qui renforce le caractère solennel et impartial de cette juridiction.

L’installation de la Haute Cour de justice envoie un message clair sur la volonté de renforcer l’État de droit et d’assurer la redevabilité des dirigeants. Alors que des débats subsistent sur la portée réelle de cette juridiction et ses implications politiques, cet événement marque une étape clé dans la consolidation des institutions démocratiques du Sénégal.

Les députés en séance plénière ce samedi pour examiner trois projets de loi

Les députés sénégalais se réuniront en séance plénière ce samedi à partir de 10 heures pour procéder au vote de trois projets de loi, selon un communiqué officiel transmis à Ledakarois.sn.

Les projets de loi à l’ordre du jour

  1. Projet de loi n°13/2024 : Ce projet porte sur une révision de la Constitution, visant à introduire des amendements importants pour répondre à des enjeux institutionnels et politiques.
  2. Projet de loi n°14/2024 : Il prévoit l’abrogation de la loi organique n°2012-28 du 28 décembre 2012, qui régissait l’organisation et le fonctionnement du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
  3. Loi organique n°2016-24 : Cette loi concerne l’organisation et le fonctionnement du Haut Conseil des collectivités territoriales (HCCT), institution clé pour la décentralisation et la gestion territoriale.

Le ministre de la Justice, garde des Sceaux, sera présent devant les parlementaires pour défendre ces différents textes et répondre aux éventuelles interrogations des élus.

Ces projets de loi traduisent l’ambition du gouvernement de revoir certaines structures institutionnelles pour les rendre plus efficaces et mieux adaptées aux réalités actuelles du Sénégal. Les débats promettent d’être animés, compte tenu des implications politiques et sociales de ces réformes.

Ousmane Sonko : rester Premier ministre ou viser l’Assemblée nationale ?

Depuis son accession au poste de Premier ministre, Ousmane Sonko incarne une figure centrale de l’exécutif sénégalais. Mais ce rôle très exposé, où il fait face à toutes les critiques adressées au gouvernement, au régime et à l’État, soulève des interrogations sur sa pérennité dans cette fonction. Selon le journal L’Info, son avenir politique pourrait être mieux servi à la tête de l’Assemblée nationale, une fonction tout aussi prestigieuse et stratégique.

Être Premier ministre, c’est travailler dans l’ombre du Président, un exercice délicat pour une personnalité aussi affirmée qu’Ousmane Sonko. Certains observateurs estiment qu’il pourrait entrer en dualité avec le Chef de l’État, Diomaye Faye, ce qui compliquerait l’harmonie institutionnelle. Ce potentiel conflit, amplifié par les divergences de style et de vision, pourrait fragiliser le fonctionnement du gouvernement et sa propre carrière politique.

Le poste de Président de l’Assemblée nationale, deuxième personnalité de l’État, offrirait à Ousmane Sonko un espace de liberté politique bien plus vaste. Depuis ce perchoir, il pourrait s’exprimer avec force et conduire des initiatives en phase avec ses ambitions. Sans être directement sous l’autorité du Président, il aurait l’opportunité de jouer un rôle d’arbitre, voire de contrepoids institutionnel, tout en consolidant son influence sur la scène politique sénégalaise.

Cependant, quitter la Primature pourrait fragiliser le projet gouvernemental qu’il pilote depuis huit mois. Ousmane Sonko a lui-même posé les premiers jalons de ce programme ambitieux, porté par sa vision et son autorité. Abandonner ce poste pourrait entraîner un ralentissement ou un changement de cap, au risque de décevoir ses partisans.

Le choix entre conserver le poste de Premier ministre ou briguer la présidence de l’Assemblée nationale sera crucial pour Ousmane Sonko. Ce dilemme illustre les complexités du jeu politique sénégalais, où chaque position offre des opportunités, mais impose aussi des limites. Quelle que soit sa décision, elle marquera un tournant dans sa carrière et influencera durablement la trajectoire du pays.

Quitter la version mobile