Le ministre de l’Intérieur, Jean Baptiste Tine, a réaffirmé sa décision de ne plus assurer la couverture sécuritaire des combats de lutte sur l’ensemble du territoire national. Cette annonce, faite ce vendredi 21 février 2025 lors de la séance des questions d’actualité au gouvernement à l’Assemblée nationale, a suscité une vive polémique dans le milieu de la lutte sénégalaise. Cette position met directement en danger l’organisation de plusieurs combats, dont le très attendu duel opposant Modou Anta à Prince, programmé pour ce dimanche 23 février sous la bannière de Gaston Production. La sécurité étant un élément clé dans le bon déroulement de ces événements, la décision ministérielle menace tout un pan de l’économie sportive et culturelle du pays.
La question a été soulevée à l’Assemblée nationale par la députée Amy Dia, membre du Pastef, qui a exprimé ses vives préoccupations sur les risques sécuritaires liés à l’organisation des combats de lutte. Elle a notamment évoqué les nombreux débordements et incidents qui ont marqué certaines rencontres ces dernières années, en particulier à l’Arène nationale, située en banlieue dakaroise, un lieu qui accueille des milliers de spectateurs à chaque grand événement. La députée a insisté sur le fait que la présence des forces de l’ordre est indispensable pour garantir la sécurité des lutteurs, des promoteurs et des spectateurs. Elle a souligné que par le passé, des affrontements entre supporters ou des actes de vandalisme avaient eu lieu, mettant en danger l’intégrité des personnes présentes. Elle a interrogé le ministre sur les mesures alternatives qui pourraient être mises en place en l’absence de couverture sécuritaire étatique.
Jean Baptiste Tine, malgré ces préoccupations, a maintenu sa décision sans apporter d’explications précises sur les raisons qui ont motivé un tel choix. Plusieurs observateurs estiment qu’il s’agit d’un bras de fer entre l’État et les promoteurs de lutte, accusés d’une gestion approximative des événements et d’un manque de rigueur organisationnelle. D’autres évoquent une question budgétaire, l’État cherchant à réduire les dépenses liées à la sécurisation des événements privés. Pourtant, la lutte demeure un secteur économique clé, générant d’importants revenus à travers la billetterie, le sponsoring et les droits télévisés, et faisant vivre des milliers de personnes, des lutteurs aux entraîneurs, en passant par les vendeurs et les transporteurs.
Le désengagement des forces de l’ordre oblige les promoteurs de lutte à envisager des alternatives pour assurer la sécurité des combats. Certains évoquent la possibilité de recourir à des sociétés privées de sécurité, une solution qui reste coûteuse et difficile à mettre en place à court terme. D’autres envisagent de mobiliser des volontaires issus des communautés locales pour assurer le maintien de l’ordre, mais cette option comporte des risques en cas de débordements graves. Une autre solution serait d’ouvrir des négociations avec le gouvernement afin de trouver un compromis sur une prise en charge partagée de la sécurité lors des événements majeurs.
Cette décision intervient alors que la lutte sénégalaise traverse une période de défis multiples. En plus des problèmes organisationnels et financiers, la discipline doit faire face à la montée en puissance du football, qui attire de plus en plus de jeunes talents et bénéficie d’investissements publics et privés plus importants. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, ce boycott sécuritaire pourrait considérablement affaiblir la lutte sénégalaise en réduisant le nombre de combats organisés et en décourageant les promoteurs et sponsors, qui jouent un rôle clé dans le financement du secteur.