Le Fonds monétaire international (FMI) adopte une posture mesurée dans le dossier sensible de la dette du Sénégal, en laissant les autorités nationales piloter elles-mêmes les orientations stratégiques à venir. À l’occasion d’une conférence de presse tenue ce jeudi sur les « Perspectives économiques régionales d’avril 2026 pour l’Afrique subsaharienne », le directeur du département Afrique du FMI, Abebe Aemro Selassie, a clarifié la position de l’institution de Bretton Woods.
D’emblée, le responsable a insisté sur l’absence de position prédéfinie du FMI concernant les paramètres d’une éventuelle restructuration de la dette sénégalaise. Selon lui, l’institution privilégie une approche d’accompagnement plutôt que d’imposition, laissant au gouvernement la responsabilité de concevoir une stratégie adaptée à ses réalités économiques et sociales.
Dans ses propos, Abebe Aemro Selassie a salué la transparence des autorités sénégalaises, qui auraient rapidement partagé leurs évaluations relatives aux « défaillances des systèmes » ainsi qu’à l’état du stock de la dette. Cette démarche, jugée constructive, permet selon lui d’instaurer un climat de confiance dans les discussions en cours autour d’un nouveau programme économique.
Les échanges actuels entre le Sénégal et le FMI visent ainsi à définir un cadre de réformes capable de concilier plusieurs impératifs : restaurer la viabilité de la dette, garantir un financement soutenable et éviter des mesures d’austérité excessives pour les populations. L’objectif affiché est d’aboutir à un programme « crédible et finançable », tout en préservant la stabilité sociale dans un contexte économique déjà sous pression.
Le FMI met toutefois en garde contre la précipitation. Dans un environnement international marqué par une forte volatilité des marchés, l’institution recommande une approche prudente et progressive. Il s’agit, selon ses responsables, de garantir la soutenabilité de la dette sans engager le pays dans des décisions irréversibles qui pourraient limiter ses marges de manœuvre à long terme.
Sur un plan plus technique, Abebe Aemro Selassie a précisé que le FMI n’a pas demandé l’inclusion de la dette intérieure dans les discussions sur une éventuelle restructuration. Une position qui laisse au gouvernement sénégalais une latitude importante pour définir les contours de sa stratégie, notamment en arbitrant entre dette intérieure et extérieure. « Nous n’entrons pas dans ces discussions (…) et nous n’avons généralement pas demandé que la dette intérieure soit incluse », a-t-il indiqué.
Par ailleurs, le responsable du FMI est revenu sur l’élargissement du déficit du compte courant du Sénégal. Il l’explique en grande partie par une hausse significative des investissements dans les secteurs pétrolier et gazier, considérés comme structurants pour l’économie nationale. Toutefois, il souligne que les projections économiques pourraient évoluer, notamment en fonction des fluctuations des prix du pétrole sur les marchés internationaux.
Au final, la position du Fonds monétaire international traduit une volonté d’équilibre entre accompagnement technique et respect de la souveraineté économique du Sénégal. Dans un contexte où les enjeux de dette restent cruciaux, les autorités sénégalaises apparaissent ainsi en première ligne pour définir une trajectoire capable de concilier rigueur financière, croissance économique et stabilité sociale.