Déguerpissements à Dakar : Alioune Tine dénonce un « échec de la décentralisation » et appelle à un changement de capitale

Depuis son arrivée à la tête du ministère de l’Intérieur, Me Bamba Cissé a multiplié les opérations de déguerpissement dans la région de Dakar. Ces interventions, menées à Soumbédioune, Colobane, Guédiawaye et récemment autour du pont de Keur Massar, visent à libérer les voies publiques et les espaces marchands des occupations anarchiques qui perturbent la circulation et l’ordre urbain.

Si ces actions trouvent un écho favorable auprès d’une partie de la population, elles suscitent également des critiques. Parmi les voix discordantes figure celle d’Alioune Tine. Le fondateur du think tank Afrikajom Center a réagi via la plateforme X (anciennement Twitter) pour dénoncer ce qu’il considère comme une mauvaise réponse à un problème structurel.

« Déguerpir n’est pas une solution », a-t-il martelé. Selon lui, la situation actuelle illustre avant tout l’échec de la politique de décentralisation au Sénégal. « Il faut circuler dans Dakar pour voir que la politique de décentralisation est un échec total. Il faut changer de capitale, faire de chaque capitale régionale des espaces de développement économique et social durable, des espaces de bien-être pour les habitants. Et faire de la planification urbaine », a-t-il écrit.

Pour Alioune Tine, la gestion des occupations irrégulières ne saurait être uniquement l’affaire du ministère de l’Intérieur. Elle relève aussi, insiste-t-il, de la responsabilité des collectivités locales, du ministère de l’Urbanisme et de celui du Travail. « Il est temps de véritablement décentraliser le pouvoir et les ressources financières, humaines et matérielles », a-t-il plaidé, estimant que seule une décentralisation effective pourrait permettre de résorber durablement le problème d’occupation anarchique des espaces publics.

Pendant ce temps, l’action gouvernementale se poursuit. Ce dimanche 28 septembre 2025, Me Bamba Cissé a lui-même supervisé une nouvelle opération de déguerpissement à Keur Massar, accompagné du maire de Keur Massar Nord, Adama Sarr. Cette démarche témoigne de la détermination de l’État à faire respecter l’ordre public et à fluidifier la mobilité urbaine, malgré les réserves exprimées par certains acteurs de la société civile.

Le débat reste donc ouvert entre, d’un côté, la fermeté affichée par le gouvernement dans la gestion de l’espace urbain et, de l’autre, les critiques qui appellent à une approche plus structurelle fondée sur la décentralisation, la planification urbaine et un rééquilibrage du développement territorial.

Mairie de Dakar : Abass Fall prône la performance, la concertation et la fin des clivages pour une capitale inclusive

Ce mardi, dans une salle comble de l’Hôtel de ville de Dakar, Abass Fall a officiellement pris ses fonctions à la tête de la capitale sénégalaise. Lors de la cérémonie de passation de service avec son prédécesseur Ngoné Mbengue, le nouveau maire a prononcé un discours fort, aux accents de rupture et d’espoir, axé sur la performance, la concertation et le dépassement des querelles politiques au service des Dakarois.

D’entrée, Abass Fall a tenu à remercier Mme Mbengue pour avoir, selon ses mots, su « préserver l’élan de service républicain dans un contexte très difficile ». Reconnaissant les efforts de gestion de l’ancienne équipe municipale, il a posé les jalons de son mandat en appelant à un changement profond de culture administrative et politique.

« La confiance des Dakarois ne se gagne pas avec des promesses, mais avec des résultats tangibles », a-t-il martelé. Pour lui, son élection n’est pas un triomphe personnel mais un mandat populaire exigeant, qui impose rigueur, méthode et humilité. Il a promis de gouverner dans « la concertation, le respect mutuel et la sérénité », indiquant que seule une gouvernance inclusive permettra de répondre efficacement aux attentes d’une population urbaine de plus en plus exigeante.

Fidèle à sa réputation d’homme de terrain, Abass Fall a assumé un ton direct et lucide sur les défis qui l’attendent. Il a notamment pointé du doigt la faiblesse des conditions salariales dans l’administration municipale comme un frein majeur à la performance : « Quand j’ai vu le salaire des gens qui travaillent ici, je me suis dit : voilà pourquoi l’administration municipale n’est pas aussi performante qu’on aurait souhaité. »

Fort de son expérience en tant que premier adjoint au maire, il entend mettre en œuvre une réforme profonde de la gestion municipale pour transformer Dakar en une « municipalité performante, à l’image des grandes capitales du continent ». Mais cette transformation, selon lui, ne peut se faire sans une synergie active avec l’État central. Abass Fall a d’ailleurs tendu la main aux autorités nationales, affirmant que « la ville de Dakar ne peut prospérer que dans une synergie intelligente pour apaiser les autorités locales et centrales ».

Il a également lancé un appel à l’unité entre les acteurs politiques de la capitale, les invitant à dépasser les rivalités partisanes pour privilégier l’intérêt général. « L’heure n’est plus au clivage politique, mais à la recherche de performance », a-t-il souligné avec fermeté.

En dressant les grandes lignes de son programme, le nouveau maire a mis l’accent sur les enjeux cruciaux de l’heure : assainissement, mobilité urbaine, culture, éducation, inclusion sociale, modernisation des infrastructures et gestion des déchets. Il a promis une gouvernance tournée vers la justice sociale et un progrès partagé, sans discrimination.

Conscient que la réalisation de ses ambitions nécessitera des moyens financiers conséquents, Abass Fall se veut toutefois confiant. Il mise sur les ressources humaines et le potentiel économique de Dakar pour impulser une dynamique nouvelle. « Cette ville regorge d’énergie, d’intelligence et de ressources remarquables », a-t-il affirmé avec conviction.

Il a conclu son discours par une adresse directe aux Dakarois : « Ce mandat est le vôtre. Vous en êtes les premiers acteurs, les premiers bénéficiaires, mais aussi les premiers évaluateurs. » Et de promettre une gouvernance de proximité, basée sur l’unité, la transparence et la discipline collective. « Ensemble, dans l’unité et la discipline collective, nous tracerons la voie d’une capitale plus moderne, plus inclusive, plus rayonnante », a-t-il lancé, sous les applaudissements nourris de l’assistance.

Présidentielle au Sénégal : Tendances favorables à Bassirou Diomaye Faye dans la capitale

À l’issue des dépouillements dans plusieurs centres électoraux de la capitale sénégalaise, des tendances prometteuses placent l’opposant Bassirou Diomaye Faye en tête dans plusieurs bureaux de vote, devant le candidat du pouvoir, Amadou Ba.

Au centre Berthe Maubert, situé dans le quartier du Plateau, Bassirou Diomaye Faye a remporté une victoire significative avec 1022 voix sur 1852 suffrages valablement exprimés, devançant ainsi le candidat de la coalition Benno Bok Yakaar, crédité de 623 voix. L’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, arrive en troisième position avec 90 voix, suivi d’Idrissa Seck avec 25 voix.

De même, au centre Ahmadou Bamba Mbarkhane Diop de la Zone B à Dakar, Bassirou Diomaye Faye a largement remporté le vote en obtenant 1077 voix contre 520 pour Amadou Ba et 176 pour Khalifa Sall. Bassirou Diomaye Faye a également remporté tous les cinq bureaux de ce centre, qui compte 2964 électeurs.

La tendance se confirme également au centre du lycée Ngalandou Diouf, où Bassirou Diomaye Faye a remporté tous les bureaux de vote avec un cumul de 2047 voix. Amadou Ba arrive en seconde position avec 881 voix, suivi de Khalifa Sall avec 184 voix. La candidate du mouvement Alternative pour la relève citoyenne (ARC) a obtenu 6 voix sur un total de 3319 suffrages valablement exprimés sur les 5037 inscrits.

Ces résultats préliminaires témoignent de la force de Bassirou Diomaye Faye dans la capitale et de son soutien populaire croissant, bien qu’ils ne représentent qu’une partie des résultats globaux. Alors que le dépouillement se poursuit et que les résultats officiels sont attendus, ces tendances soulignent l’importance du vote urbain dans le paysage politique sénégalais.

Quitter la version mobile