La Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Ziguinchor (CCIAZ) est secouée par une grave crise institutionnelle et financière, après la publication des conclusions d’un audit commandité par les autorités de tutelle. Selon les résultats de cette mission d’inspection, des « détournements particulièrement graves » auraient été mis en évidence dans la gestion de l’institution consulaire, mettant en cause les pratiques financières de ses dirigeants.
Face à l’ampleur des irrégularités relevées, le ministère de l’Industrie et du Commerce a décidé de passer à l’étape judiciaire. Il a annoncé l’ouverture imminente d’une information judiciaire afin de faire toute la lumière sur les faits dénoncés. Cette procédure permettra notamment à l’Agence Judiciaire de l’État (AJE) de se constituer partie civile et d’engager les actions nécessaires en vue de la récupération des montants présumés détournés, mais aussi d’identifier les responsabilités pénales éventuelles.
Au-delà du volet judiciaire, cette affaire marque un tournant majeur pour la CCIAZ. Selon le quotidien Libération, le ministre Serigne Guèye Diop a acté la fin du cycle actuel de gouvernance de la Chambre de commerce de Ziguinchor. Dans cette perspective, il a annoncé l’organisation prochaine d’élections destinées à renouveler l’ensemble des instances dirigeantes de l’institution. L’objectif affiché est de restaurer la légitimité, la crédibilité et la confiance des opérateurs économiques de la région Sud, durement ébranlées par ce scandale financier.
Cette crise locale s’inscrit également dans une réflexion plus large sur la gouvernance des chambres consulaires à l’échelle nationale. Le ministre de l’Industrie et du Commerce travaille actuellement à une réforme en profondeur du cadre juridique régissant l’ensemble des Chambes de commerce du Sénégal. Le projet de loi en préparation vise notamment à renforcer l’autonomie de ces institutions face aux influences politiques ou extérieures, souvent accusées de peser sur leur fonctionnement.
La réforme prévoit également de mettre fin à la concentration excessive du pouvoir entre les mains des présidents de chambre, en instaurant une gestion plus collégiale et mieux encadrée. Il s’agira aussi de définir de manière plus précise les droits, les obligations et les limites des dirigeants consulaires, afin de prévenir les dérives de gestion. Enfin, le texte devrait introduire des mécanismes clairs et systématiques de destitution en cas de faute de gestion avérée ou de manquement grave aux règles de gouvernance.
L’affaire de la Chambre de commerce de Ziguinchor apparaît ainsi comme un révélateur des dysfonctionnements structurels qui minent certaines institutions consulaires. Elle pourrait surtout servir de catalyseur à une réforme longtemps attendue, dans un contexte national marqué par une exigence accrue de transparence, de bonne gouvernance et de reddition des comptes dans la gestion des ressources publiques et parapubliques.