Le Dakarois Quotidien N°728 – 04/05/2026
Le Dakarois Sports N°728 – 04/05/2026
🔴 CAP SUR DAKAR 2026 : DIOMAYE FAYE MET LES CHANTIERS EN MODE ACCÉLÉRÉ
Pilier stratégique de l’économie sénégalaise, l’industrie du ciment traverse une zone de fortes turbulences. Longtemps portée par le dynamisme du secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP), elle subit aujourd’hui de plein fouet les effets combinés de l’arrêt de nombreux chantiers publics, de l’accumulation d’une dette intérieure colossale et du ralentissement de la demande locale. Face à cette situation jugée critique, les principaux acteurs du secteur, notamment Sococim, Dangote Cement et Cimaf, tirent la sonnette d’alarme et appellent l’État à des mesures urgentes pour éviter une crise durable aux conséquences économiques et sociales majeures.
Depuis près de deux ans, le secteur du BTP connaît une contraction brutale au Sénégal. La suspension ou l’arrêt de plusieurs projets publics, décidés par les autorités dans un souci de bonne gouvernance, de transparence et de réévaluation des engagements financiers de l’État, a provoqué un véritable choc pour l’ensemble de la chaîne de valeur de la construction. L’industrie cimentière, fortement dépendante de la commande publique et de l’activité des entreprises du BTP, figure parmi les premières victimes de ce ralentissement.
Les chiffres traduisent l’ampleur de la crise. Selon le rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), la contribution fiscale du secteur du ciment est passée de 109 milliards de francs CFA à 104 milliards en 2024. Une baisse significative qui s’explique par la chute de la production et des ventes, mais aussi par la diminution des recettes issues de la TVA et de la taxe sur le ciment. L’année 2025 s’achève sur un tableau encore plus sombre, avec un manque à gagner pour le Trésor public estimé à plus de 6 milliards de francs CFA. Un paradoxe, alors même que la capacité de production du pays n’a jamais été aussi élevée.
Pour les industriels, la décision de suspendre les chantiers publics a constitué un véritable traumatisme. « La suspension des projets a été un choc exogène pour le secteur. Si les intentions de transparence sont louables, les effets économiques sont considérables », a expliqué Ousmane Mbaye, Directeur général de Dangote Cement Sénégal et Président de la Chambre des Mines, dans les colonnes de L’Observateur. Selon lui, l’arrêt brutal de la commande publique a désorganisé toute la filière, entraînant une baisse drastique de la demande de ciment et mettant sous pression les capacités financières des entreprises.
Cette situation est aggravée par l’ampleur de la dette intérieure de l’État envers les entreprises du BTP. Les créances impayées sont estimées à plus de 300 milliards de francs CFA. Une somme colossale qui asphyxie les entreprises de construction, incapables d’honorer leurs engagements auprès des cimenteries. Cette spirale de non-paiement fragilise l’ensemble de l’écosystème, depuis les producteurs de ciment jusqu’aux sous-traitants, en passant par les transporteurs et les fournisseurs de services.
À cela s’ajoute un déséquilibre structurel du marché. Le Sénégal dispose aujourd’hui d’une capacité de production installée d’environ 15 millions de tonnes de ciment par an, alors que la demande locale plafonne à 7 millions de tonnes. Cette surcapacité, autrefois compensée par les exportations vers les pays voisins, ne trouve plus de débouchés suffisants. La fermeture quasi totale du marché gambien, consécutive à une hausse spectaculaire de 500 % des droits de douane, ainsi que l’instabilité sécuritaire persistante au Mali, ont réduit à néant les soupapes de sécurité à l’exportation dont disposaient les industriels.
Pourtant, les acteurs du secteur rappellent les efforts considérables consentis ces dernières années. En cinq ans, l’industrie cimentière a injecté plus de 600 milliards de francs CFA dans l’économie nationale et généré environ 5 000 emplois directs. Sococim, par exemple, a investi près de 220 milliards de francs CFA en quatre ans pour moderniser son outil de production. Malgré ces investissements lourds, l’entreprise a enregistré une baisse de chiffre d’affaires proche de 30 % entre 2024 et 2025. Cimaf Sénégal, qui a mobilisé environ 160 milliards de francs CFA, fait face à un marché en net recul. « On n’a jamais connu deux années consécutives aussi difficiles. C’est inédit dans l’histoire du pays », s’est désolé El Hadji Seck, Directeur général de la Sococim.
Dans ce contexte tendu, l’incertitude autour des discussions entre l’État du Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) pèse lourdement sur le climat des affaires. Les industriels redoutent un attentisme prolongé qui freinerait les décisions d’investissement et retarderait la reprise de l’activité économique.
Pour sortir de l’impasse, les cimentiers interpellent directement les autorités et formulent des propositions jugées vitales pour la survie du secteur. Ils plaident en priorité pour l’apurement intégral de la dette intérieure, condition indispensable pour redonner de l’oxygène aux entreprises du BTP et relancer la demande. Ils appellent également à la reprise rapide des grands chantiers publics structurants, moteurs traditionnels de la croissance et de l’emploi, ainsi qu’à une meilleure protection de l’industrie locale face aux chocs extérieurs et aux distorsions commerciales régionales.
« Tant qu’on ne règle pas le problème de la dette intérieure, on ne peut pas relancer la machine », a averti Mohammed Bennis, Directeur général de Cimaf Sénégal. Pour les industriels du ciment, l’enjeu dépasse désormais la simple survie des entreprises : il s’agit de préserver un secteur stratégique pour le développement du pays, la stabilité de l’emploi et les recettes fiscales de l’État. Sans une réponse rapide et structurée, préviennent-ils, les conséquences pourraient se faire sentir durablement sur l’ensemble de l’économie nationale.
La situation économique du Sénégal continue de susciter des inquiétudes au sein de la société civile. Invité de l’émission FACE AU JURY sur PressafrikTVHD ce dimanche, Momar Ndao, président de l’Association sénégalaise des consommateurs (ASCOSEN), a dressé un constat alarmant sur l’impact de la suspension de nombreux chantiers publics et privés sur l’activité économique nationale.
Selon Momar Ndao, le ralentissement brutal observé dans plusieurs secteurs, notamment le BTP, contribue largement à la morosité ambiante. « La situation économique du pays est actuellement très difficile, parce que l’économie est à l’arrêt », a-t-il affirmé. Il explique que de nombreux investisseurs s’étaient engagés dans des projets d’envergure, principalement dans la construction et les infrastructures, qui se retrouvent aujourd’hui gelés.
« Beaucoup de chantiers sont suspendus. Pour les redémarrer, ce sera difficile, et ce retard peut ainsi causer des problèmes à d’autres niveaux », a-t-il prévenu, insistant sur l’effet domino que ces arrêts peuvent provoquer sur d’autres filières : approvisionnement en matériaux, sous-traitance, emploi informel et activité commerciale connexe.
Pour Momar Ndao, cette situation place l’État devant un dilemme complexe. D’un côté, le gouvernement souhaite auditer et assainir la gestion des projets hérités des équipes précédentes, et de l’autre, il doit éviter de paralyser totalement l’économie. « S’il faut à chaque fois arrêter une activité jugée non conforme, tout le pays sera à l’arrêt », a-t-il alerté.
Il a également souligné que l’enjeu est de taille : « Le défi qui attend le gouvernement, c’est d’examiner la gestion de leurs prédécesseurs sans pour autant bloquer un quelconque secteur au risque de stagner l’économie. »
Momar Ndao estime que pour espérer un rebond, le pays doit aller jusqu’au bout de la phase de ralentissement actuel et trouver rapidement des solutions pour relancer l’activité. « Actuellement, pour que le Sénégal puisse enregistrer une croissance considérable, il faut qu’on aille jusqu’au bout du ralentissement. Parce qu’il sera difficile de redémarrer tout ce qui a été suspendu », a-t-il averti.
La tension monte à Dakar, où Barthélemy Dias, maire de la capitale sénégalaise, s’est vu interdire ce lundi l’accès à des chantiers de voirie situés au rond-point Cité Keur Gorgui et à Grand Dakar. Un impressionnant dispositif policier a été déployé sur place, empêchant l’édile d’effectuer sa visite prévue.
Selon des témoins sur les lieux, des dizaines de policiers en uniforme et en civil étaient postés autour des zones concernées, verrouillant l’accès aux chantiers. Cette situation n’a pas manqué de susciter l’indignation chez les partisans de Barthélemy Dias, qui y voient une manœuvre d’intimidation politique.
Cet événement intervient alors que le maire de Dakar est engagé dans une bataille juridique pour contester une procédure de destitution imminente. Connu pour son opposition farouche au régime en place, Barthélemy Dias a dénoncé ce blocage comme une nouvelle tentative de le museler dans l’exercice de ses fonctions.
Barthélemy Dias, accompagné de son équipe d’avocats, a annoncé qu’il déposerait dès ce lundi des recours pour contester sa révocation qu’il qualifie d’« injustifiée » et de « politiquement motivée ». Cette démarche marque une nouvelle étape dans l’escalade des tensions entre le maire de Dakar et les autorités centrales.
« Nous sommes dans un pays de droit, et je ne me laisserai pas faire », a déclaré Barthélemy Dias à ses proches collaborateurs. Il accuse le pouvoir en place de chercher à affaiblir l’opposition à travers des mesures administratives qu’il juge arbitraires.
Ce bras de fer s’inscrit dans un climat politique déjà tendu au Sénégal. La relation conflictuelle entre Barthélemy Dias et le pouvoir central ne date pas d’hier. Mais cette interdiction de circuler sur le terrain de ses propres projets municipaux semble franchir un nouveau cap dans l’affrontement.
Pour l’heure, aucune réaction officielle des autorités n’a été enregistrée. Cependant, les observateurs s’attendent à ce que cette affaire suscite un débat national sur la séparation des pouvoirs et le respect des prérogatives des élus locaux.
La semaine dernière, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a accordé une audience aux acteurs du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) afin de discuter de l’arrêt des chantiers sur la corniche de Dakar. Cette rencontre intervient dans un contexte où la suspension des travaux a suscité des interrogations et des préoccupations au sein de la communauté des entrepreneurs et des citoyens.
Le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, le Pr Daouda Ngom, a été interpellé sur cette rencontre lors de l’atelier de partage des nouvelles dispositions issues du décret n°2022-2295 du 28 décembre 2022 portant code des marchés publics et du nouveau cadre harmonisé des finances publiques (budget programme), tenu ce mardi 7 mai. Il a répondu : « Je ne peux ni confirmer ni infirmer des décisions qui ont été prises. Je n’ai pas cette information».
Cependant, une source du journal « Le Quotidien » a indiqué que les travaux pourraient reprendre dès ce jeudi. Cette annonce laisse entrevoir une possible résolution des problèmes ayant conduit à l’arrêt des chantiers, bien que les détails des discussions entre le Président et les acteurs du BTP n’aient pas été rendus publics.
L’arrêt des chantiers sur la corniche de Dakar est un sujet d’importance pour le développement urbain de la capitale sénégalaise, et sa reprise éventuelle sera surveillée de près par les autorités, les entrepreneurs, et la population locale. Les décisions prises lors de la rencontre entre le Président et les acteurs du BTP auront probablement un impact significatif sur l’avenir de ces projets d’infrastructure cruciaux pour la ville et ses habitants.