Le chômage poursuit sa progression au Sénégal et atteint un niveau préoccupant à la fin de l’année 2025. Selon les données publiées par Agence nationale de la statistique et de la Démographie, le taux de chômage élargi s’est établi à 23,3 % au quatrième trimestre 2025, contre 19,2 % au trimestre précédent, soit une hausse significative de 4,1 points. Cette évolution traduit une dégradation du marché du travail, mais également une aggravation par rapport à la même période de 2024 où le taux était de 20,0 %, marquant ainsi une augmentation de 3,3 points en glissement annuel.
Cette situation met particulièrement en lumière les déséquilibres persistants entre les différentes catégories de la population. Les jeunes apparaissent comme les premières victimes de cette crise de l’emploi. Le taux de chômage au sein de cette tranche atteint 27,4 %, contre 18,7 % chez les adultes, confirmant la difficulté d’insertion professionnelle pour les nouvelles générations. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de pression démographique et d’insuffisance d’opportunités économiques adaptées aux profils jeunes, notamment en matière de formation et d’emplois qualifiés.
Le clivage territorial est également très marqué. En milieu rural, le taux de chômage culmine à 29,2 %, un niveau nettement supérieur à celui observé en zone urbaine, estimé à 19,6 %. Cette disparité traduit les limites du tissu économique rural, encore largement dépendant de secteurs vulnérables comme l’agriculture, et où les opportunités d’emplois diversifiés restent rares.
Par ailleurs, les inégalités de genre demeurent une réalité persistante sur le marché du travail sénégalais. Les femmes sont systématiquement plus touchées par le chômage, quel que soit l’âge ou le lieu de résidence. Cette tendance souligne les obstacles structurels auxquels elles font face, notamment l’accès limité à certains secteurs d’activité, les contraintes sociales et les difficultés d’accès au financement pour les activités génératrices de revenus.
En parallèle, lorsqu’on considère la définition stricte du chômage selon le Bureau international du travail, les taux apparaissent nettement plus faibles. Pour le quatrième trimestre 2025, il est estimé à 5,4 %, contre 3,2 % au troisième trimestre. Cet écart entre les deux approches s’explique par la prise en compte, dans le chômage élargi, des personnes en situation de sous-emploi ou découragées, offrant ainsi une vision plus réaliste des tensions sur le marché du travail.
L’analyse sur les quatre dernières années révèle une évolution en dents de scie, avec des niveaux de chômage globalement élevés. En 2022, les taux oscillaient entre 21,7 % et 25,7 %, avant de connaître des fluctuations en 2023 et 2024, sans véritable tendance baissière durable. L’année 2025 confirme cette instabilité avec une remontée notable en fin d’année, après un léger recul observé aux deuxième et troisième trimestres.