Adji Mbergane Kanouté au régime : « Les Sénégalais sont anxieux et impatients… mettez fin à ces convocations et arrestations »

Dans un contexte de crispation politique grandissante, l’Union pour le Développement du Sénégal / Authentique (UDS/A) sort de son silence pour adresser une mise en garde au pouvoir en place. Par la voix de sa présidente, Adji Mbergane Kanouté, la formation politique invite les autorités à recentrer leurs priorités sur les urgences économiques et sociales plutôt que sur les convocations et arrestations à répétition.

Dans un communiqué publié ce jeudi, l’UDS/A rappelle que les Sénégalais ont clairement tranché dans l’affaire Sweet Beauté en accordant leur confiance à Bassirou Diomaye Faye et à Ousmane Sonko lors de la présidentielle de mars et des législatives de novembre 2024. À ce titre, le parti considère que cette affaire est moralement, légitimement et définitivement close, et que le nouveau pouvoir doit tourner la page pour se concentrer sur les défis concrets.

Adji Mbergane Kanouté insiste sur la nécessité de répondre à la forte attente des populations : des ménages frappés par la cherté de la vie, des jeunes désillusionnés par le chômage, des familles vulnérables espérant le retour des bourses de sécurité familiale et des malades confrontés à un système de santé inaccessible. « Si on ne peut se passer des sujets politiques, le contexte difficile que vivent les ménages exige que le nouveau régime rassure les Sénégalaises et les Sénégalais, anxieux et impatients », affirme le communiqué.

L’UDS/A exhorte enfin les dirigeants actuels à mettre un terme aux mesures coercitives ciblant journalistes, chroniqueurs, opposants et membres de la société civile. Pour Adji Mbergane Kanouté, ces voix critiques sont les véritables poumons de la démocratie, et leur liberté conditionne la vitalité de l’État de droit.

Convocations et arrestations : Barthélémy Dias dénonce une « injustice notoire » et met en garde contre les dérives autoritaires

L’escalade des convocations et arrestations d’activistes et chroniqueurs continue d’alimenter les réactions dans la classe politique sénégalaise. Cette fois, c’est Barthélémy Dias, ancien maire de Dakar et leader du mouvement Sénégal Bi Ñu Bokk, qui a pris la parole pour condamner la situation.

Dans une publication diffusée sur sa page Facebook, l’opposant a dénoncé ce qu’il qualifie « d’injustice notoire », pointant du doigt l’emprisonnement de citoyens dans un pays où la liberté d’expression est censée être garantie par la Constitution.

« Je voudrais rappeler, suite à toute cette injustice notoire sur d’honnêtes citoyens emprisonnés ou menacés, que le Sénégal est une République et un État de droit dans lequel la liberté d’expression est un droit constitutionnel », écrit-il.

Barthélémy Dias invite les autorités à « la tenue et à la retenue », quelle que soit leur position ou leur fonction, soulignant que nul n’est au-dessus des principes démocratiques :

« Quelque soit votre rang, titre ou grade ! Tout protocole observé, je vous invite à la tenue et à la retenue. »

L’ancien édile met également en garde contre les conséquences à long terme de ce qu’il considère comme des dérives autoritaires :

« Je rappelle que l’histoire et la justice finissent toujours par rattraper les dérives autoritaires et dictatoriales. »

Haute Cour de Justice : la Commission d’instruction enclenche l’étape des convocations

La procédure judiciaire engagée contre plusieurs anciens ministres sénégalais connaît une nouvelle évolution. La Commission d’instruction de la Haute Cour de Justice a décidé de franchir une étape cruciale : celle des convocations officielles. Cette phase marque l’entrée dans le cœur du processus d’instruction, avec des auditions attendues qui devraient permettre de faire la lumière sur les dossiers en cours.

Après une première vague d’inculpations ayant concerné des personnalités de premier plan, la justice sénégalaise accélère la cadence. Sophie Gladima, ancienne ministre des Mines, fait l’objet d’un mandat de dépôt. Ndèye Saly Diop Dieng, ex-ministre de la Femme, a été placée sous contrôle judiciaire. Ismaïla Madior Fall, ancien ministre de la Justice, est soumis à un port de bracelet électronique. Quant à Moustapha Diop et Amadou Mansour Faye, ils sont également incarcérés, sous mandat de dépôt.

Selon les informations relayées par le quotidien Libération, la Commission d’instruction a désormais transmis une série de convocations à la Division des investigations criminelles (DIC), chargée de les notifier aux personnes concernées. Ces convocations visent des individus cités dans les enquêtes en cours, notamment dans l’affaire emblématique impliquant Sophie Gladima. D’après les mêmes sources, certaines de ces personnes sont soupçonnées d’avoir joué un rôle clé dans la chaîne de décisions ou dans la gestion de fonds publics relevant du ministère des Mines.

La démarche marque une intensification des travaux de la Haute Cour, qui semble déterminée à établir toutes les responsabilités, au terme d’un processus rigoureux mais inédit dans l’histoire institutionnelle récente du pays. Cette dynamique judiciaire, inédite à cette échelle, est suivie de près par l’opinion publique, dans un contexte où les questions de reddition des comptes et de transparence dans la gestion publique occupent le devant de la scène politique.

Les auditions qui découleront de ces convocations devraient ouvrir une nouvelle séquence, susceptible d’alimenter aussi bien les débats juridiques que les tensions politiques. Pour l’heure, aucun calendrier officiel des auditions n’a été communiqué, mais les convocations notifiées par la DIC laissent présager des développements imminents.

La Haute Cour de Justice, jusque-là rarement mobilisée, devient ainsi un acteur central dans ce qui s’apparente de plus en plus à une vaste opération de moralisation de la vie publique. Reste à savoir jusqu’où cette procédure ira, et quels nouveaux noms pourraient être entendus dans les prochaines semaines.

Sénégal : RSF appelle à la libération de Simon Pierre Faye et alerte sur la tendance des convocations de journalistes

Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), a exprimé de vives préoccupations concernant le placement en garde à vue de Simon Pierre Faye, rédacteur en chef du Groupe D-Média, et a appelé à sa libération immédiate. Cette arrestation fait suite à la reprise par un média du groupe D-Média d’une information déjà publiée ailleurs, portant sur une supposée convocation du Premier ministre sénégalais en Côte d’Ivoire.

Lors d’une intervention sur les ondes de Sud FM, Sadibou Marong a réaffirmé la réputation professionnelle et l’intégrité irréprochable de Simon Pierre Faye. « Simon Pierre Faye est un journaliste rigoureux, dont la pratique professionnelle est unanimement saluée. Cela fait plus de vingt ans que nous (RSF) le connaissons, et nous avons toujours observé chez lui une éthique irréprochable », a souligné M. Marong.

L’affaire de Simon Pierre Faye, selon RSF, s’inscrit dans un contexte de plus en plus préoccupant, marqué par une recrudescence des convocations de journalistes. Reporters sans frontières a exprimé son inquiétude face à ce phénomène, qui pourrait constituer une menace pour la liberté de la presse et l’exercice du journalisme au Sénégal.

« Nous apportons toute notre solidarité à Simon Pierre Faye, car il s’agit d’un professionnel respecté et reconnu dans le domaine. Cependant, cette convocation s’ajoute à une tendance inquiétante : les journalistes sont de plus en plus convoqués par la justice en lien avec leur travail. Cette situation doit être prise en compte par les autorités judiciaires », a ajouté Sadibou Marong.

RSF a demandé aux autorités judiciaires sénégalaises de tenir compte de la personnalité professionnelle de Simon Pierre Faye dans cette enquête. L’organisation plaide pour sa libération, soulignant que le journaliste offre toutes les garanties nécessaires pour répondre à toute convocation future, tout en restant libre. Selon M. Marong, la libération de Simon Pierre Faye doit être immédiate, sans que cela nuise à l’intégrité de l’enquête.

« Nous demandons aux autorités judiciaires de considérer la personnalité professionnelle irréprochable de Simon Pierre Faye dans cette enquête. Il offre toutes les garanties nécessaires pour répondre à toute convocation sans être privé de liberté », a insisté le directeur de RSF Afrique subsaharienne. Il a également précisé que, même en étant libéré, Simon Pierre Faye pourra toujours répondre à d’autres convocations si nécessaire.

Reporters sans frontières a réaffirmé son engagement en faveur de la liberté de la presse et a réitéré que la libération de Simon Pierre Faye ne doit en aucun cas être un cas isolé. L’organisation a souligné que l’exercice du journalisme doit se faire sans crainte de représailles, et a encouragé les autorités sénégalaises à garantir un environnement libre pour les journalistes afin qu’ils puissent mener leur travail sans interférence.

Le Sénégal, bien que traditionnellement reconnu pour sa stabilité démocratique en Afrique, fait face à des tensions croissantes en matière de liberté de la presse, avec une multiplication des cas où des journalistes sont interrogés ou emprisonnés pour leurs reportages.

Alors que la situation autour de Simon Pierre Faye se développe, RSF continue de suivre de près les évolutions et demande une nouvelle fois la libération immédiate du journaliste. L’organisation insiste sur le fait que la liberté d’expression et de presse doit être préservée, et que toute tentative de museler la presse ne peut que nuire à la démocratie. L’affaire met en lumière les défis que rencontrent les journalistes au Sénégal, alors que le pays navigue entre liberté d’expression et contraintes politiques.

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