S&P abaisse de nouveau la note de crédit du Sénégal à B- : l’alerte sur la dette se confirme

S&P Global Ratings a annoncé une nouvelle dégradation de la note souveraine du Sénégal, désormais ramenée à B-, un cran en dessous de la précédente évaluation. Il s’agit de la deuxième baisse en moins de cinq mois, une situation qui replace le pays en catégorie spéculative et traduit les inquiétudes croissantes autour de la soutenabilité de la dette publique.

Cette décision intervient dans un contexte marqué par l’audit des finances publiques diligenté par le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye. Les vérifications menées ont mis au jour un endettement bien plus élevé qu’initialement communiqué sous le régime précédent.

Selon les dernières données compilées par Barclays Plc, la dette publique sénégalaise aurait atteint 119 % du produit intérieur brut (PIB) en 2023, un seuil bien supérieur aux 99,7 % annoncés dans le cadre du premier audit financier publié récemment. Cette révélation a profondément modifié la perception des investisseurs et des agences de notation sur la solidité budgétaire du pays.

Dans son communiqué officiel, S&P a expliqué que « malgré des perspectives de croissance économique toujours solides et un potentiel important à moyen terme, la situation budgétaire du Sénégal est désormais plus contrainte. Cette vulnérabilité accrue rend les finances publiques beaucoup plus exposées à d’éventuels chocs économiques et financiers négatifs à l’avenir. » L’agence prévoit par ailleurs que la dette restera proche de 118 % du PIB en 2024, confirmant l’essoufflement des marges de manœuvre budgétaires.

Il faut rappeler que le Sénégal avait bénéficié au cours des dernières années d’un climat de confiance favorable, porté par d’importants projets d’infrastructures et des prévisions de recettes futures tirées notamment par l’exploitation des hydrocarbures offshore. Toutefois, ces anticipations optimistes se heurtent aujourd’hui à la réalité d’un endettement massif et d’un déficit structurel difficilement résorbé.

Le nouveau gouvernement, qui a fait de la transparence budgétaire et du redressement financier l’un de ses principaux chevaux de bataille, se retrouve face à un défi considérable : restaurer la crédibilité auprès des investisseurs, tout en poursuivant des engagements sociaux et économiques ambitieux.

La dégradation de la note de crédit risque de renchérir le coût des emprunts sur les marchés internationaux, dans un contexte où plusieurs échéances de remboursement se profilent. Pour de nombreux observateurs, cette situation souligne la nécessité urgente de réformes structurelles et d’un plan d’assainissement budgétaire approfondi, sans quoi le Sénégal pourrait se retrouver sous pression croissante de ses créanciers.

Sénégal : Une affaire de crédit de 91,9 milliards FCFA sous le sceau du secret

Le voile se lève progressivement sur une opération financière d’envergure impliquant l’État du Sénégal et deux banques contrôlées par l’homme d’affaires burkinabé Mahamadou Bounkoungou. Selon les informations rapportées par Libération, les autorités semblent déterminées à faire la lumière sur cette affaire marquée par un manque de transparence.

D’après le rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques, le ministre des Finances avait signé, en janvier 2022, une convention de crédit de 91 942 400 000 FCFA avec International Business (IB) Bank T et International Business (IB) Bank B. Ce crédit était censé financer l’acquisition de matériel par l’État du Sénégal, mais sans préciser la nature exacte du matériel en question.

Les conditions de remboursement prévoyaient un montant total de 105 052 249 080 FCFA, incluant les intérêts, échelonné jusqu’au 31 décembre 2026. Les fonds devaient être logés sur un compte spécifique de l’État du Sénégal, enregistré dans les livres de IB Bank T.

La Cour des comptes a mis en évidence plusieurs irrégularités dans cette opération. Parmi celles-ci figurent :

  • L’absence d’informations sur la nature et la destination du matériel à acquérir,
  • La conclusion de la dette en dehors des procédures réglementaires prévues,
  • Le non-versement du produit du crédit au Trésor public,
  • Un remboursement de 80 041 771 576 FCFA par le Trésor, montant qui ne figure pas dans ses comptes.

L’opacité entourant cette transaction rappelle une autre affaire similaire impliquant Adcon Ltd et Ad Trade, qui avaient perçu 121,61 milliards FCFA avant la présidentielle du 20 mars, pour l’achat supposé d’armes.

L’affaire prend une autre tournure avec l’émission d’obligations par appel public à l’épargne (APE) lancée en mars 2023 par l’État du Sénégal pour un montant de 200 milliards FCFA. IB Bank T et IB Bank B ont souscrit à hauteur de leurs créances, permettant ainsi de transformer cette dette, jugée irrégulière par la Cour des comptes, en une nouvelle créance officielle inscrite dans le portefeuille de la dette publique.

Ce montage financier interroge sur les véritables motivations et bénéficiaires de cette opération. Les révélations de la Cour des comptes risquent d’alimenter de nouvelles polémiques sur la gestion des finances publiques au Sénégal, d’autant plus que l’affaire implique des sommes considérables et des intermédiaires influents.

Les autorités vont-elles réussir à lever totalement le mystère entourant cette affaire ? La question reste posée.

Sénégal : Moody’s abaisse la note de crédit du pays après les annonces alarmantes du gouvernement

La situation économique du Sénégal traverse une période critique après la récente annonce de Moody’s. En effet, l’agence de notation a dégradé la note souveraine du pays, la faisant passer de Ba3 à B1. Cette révision intervient dans un contexte de turbulences économiques provoquées par des révélations inquiétantes sur l’état des finances publiques héritées de l’administration de Macky Sall. Le nouveau président, Bassirou Diomaye Faye, avait commandé un audit financier qui a révélé un déficit budgétaire de 2023 dépassant les 10%, soit le double de ce qui avait été initialement rapporté par le précédent gouvernement.

Cette chute de la note sénégalaise a des répercussions immédiates sur les obligations en dollars émises par le pays. Dès l’annonce du nouveau président sur l’état ‘’désastreux’’ des finances publiques lors de l’allocution du ministre Ousmane Sonko, les obligations sénégalaises ont connu une chute vertigineuse. La situation est d’autant plus préoccupante que Moody’s justifie sa décision par une détérioration de la position fiscale et un endettement « nettement » aggravé.

L’agence de notation met ainsi en lumière les risques économiques accrus qui pèsent sur le pays, avec un endettement qui dépasse les projections antérieures. La baisse de la note à B1 signifie une hausse du risque pour les investisseurs internationaux, rendant l’accès aux financements externes plus coûteux pour Dakar.

Les conséquences de cette dégradation de la note ne se limitent pas aux cercles financiers. L’ancien journaliste et désormais acteur politique Mamoudou Ibra Kane (M.I.K), ex-Directeur Général d’Emedia Invest, n’a pas tardé à réagir. Sur la plateforme X (anciennement Twitter), il a directement imputé cette situation aux récentes annonces alarmantes du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye.

« Baisse de la note du Sénégal décidée par l’agence de notation Moody’s. Il fallait s’y attendre après les annonces alarmantes du gouvernement. La gestion d’un État ne s’improvise pas. Bienvenue aux mesures d’austérité comme la fin des subventions », a-t-il déclaré. Cette prise de position met en exergue les divergences politiques croissantes concernant la gestion des finances publiques et les mesures à prendre pour redresser la barre.

Alors que le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye tente de rassurer la population et les investisseurs, la perspective de mesures d’austérité semble de plus en plus inévitable. Les subventions, particulièrement dans les secteurs sensibles comme l’énergie, pourraient être réduites, affectant directement le quotidien des Sénégalais. Une telle démarche risque d’aggraver les tensions sociales dans un pays où le coût de la vie a déjà considérablement augmenté ces dernières années.

Pour le nouveau gouvernement, le défi est de taille. Il s’agit non seulement de restaurer la confiance des investisseurs internationaux, mais aussi de stabiliser les finances publiques tout en évitant un choc social majeur. La révision à la baisse de la note du Sénégal par Moody’s met en lumière les urgences économiques auxquelles le pays doit faire face.

Il reste à voir comment Bassirou Diomaye Faye et son équipe s’y prendront pour redresser la situation, et si la politique économique du nouveau gouvernement saura convaincre à la fois les acteurs locaux et internationaux. Une chose est sûre : les mois à venir seront déterminants pour l’avenir économique et politique du Sénégal.

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