Campagne arachidière et crise économique : le FDR dénonce un échec et appelle à l’action collective

Le Front pour la Défense de la République (FDR) a exprimé une profonde inquiétude face à la situation économique et institutionnelle du Sénégal, dénonçant un gouvernement jugé incapable de gérer efficacement les crises du pays. Dans un communiqué rendu public samedi, l’organisation dirigée par Oumar Sarr a dressé un tableau sombre des finances publiques et des institutions, affirmant que le pays traverse depuis deux ans « une zone de turbulences qui menace les fondements mêmes de sa stabilité ».

Selon le FDR, cette instabilité se manifeste notamment par des défauts de paiement récurrents dans des secteurs vitaux, comme l’éducation, les universités et les transports aériens, qui fragilisent le quotidien des Sénégalais et compromettent le développement économique. Face à cette situation, l’organisation estime que les décisions prises par le gouvernement manquent de vision et de planification, aggravant les difficultés structurelles déjà présentes dans le pays.

L’échec de la campagne arachidière constitue l’un des points les plus critiques soulignés par le FDR. L’organisation dénonce une incapacité manifeste de la SONACOS à absorber la production nationale, malgré les promesses répétées du Premier ministre. Sur les 450 000 tonnes prévues, seulement 155 000 tonnes ont été collectées, tandis que le montant investi dans la campagne, évalué à 210,75 milliards de francs CFA, n’a produit que 52 milliards de francs CFA d’huile. Pour le FDR, cette situation illustre un manque de coordination et de stratégie dans la filière, contraignant des millions d’agriculteurs à brader leurs récoltes pour subvenir aux besoins de leurs familles et accentuant la précarité dans le monde rural.

Au-delà de la question agricole, le FDR pointe également une crise institutionnelle majeure. Le maintien en fonction du Premier ministre, alors qu’il serait impliqué dans un conflit d’intérêts dans le cadre d’une procédure judiciaire, est perçu comme un affaiblissement moral de l’État. L’organisation dénonce également l’opacité entourant les réformes constitutionnelles et la gestion de certaines dépenses publiques, notamment l’acquisition controversée de véhicules de luxe pour les députés, qui nourrit un sentiment de dérive et de méfiance au sein de la population.

Face à cette situation, le FDR appelle à une mobilisation nationale et à la coordination de toutes les forces politiques, syndicales et associatives. L’organisation plaide pour la construction d’un bloc unifié capable de défendre les intérêts des citoyens et de restaurer la crédibilité des institutions. Des rencontres avec les partis d’opposition sont prévues afin d’établir un cadre commun de concertation et d’action collective, dans le but de proposer des solutions concrètes aux problèmes économiques et sociaux du pays.

Le communiqué annonce par ailleurs que Oumar Sarr, président du PLD/And Suqali, a été désigné comme nouveau coordonnateur du FDR, succédant à Samba Sy du PIT, marquant un renouvellement stratégique au sein de la direction de l’organisation. Cette nomination vise à renforcer la coordination des actions du FDR face aux défis économiques et institutionnels actuels.

À travers cette prise de position, le FDR entend non seulement alerter l’opinion publique sur l’ampleur de la crise, mais aussi appeler à une responsabilité collective, en invitant l’ensemble des forces vives du pays à contribuer à la recherche de solutions durables pour la stabilité économique et sociale du Sénégal.

Réforme constitutionnelle, gouvernance et crise économique : l’APR charge le pouvoir et parle d’une situation « alarmante »

L’Alliance Pour la République (APR) a livré, ce 10 janvier, une déclaration particulièrement sévère sur la situation politique, économique et sociale du Sénégal. Avant d’aborder le fond de ses critiques, le parti de l’ancien président Macky Sall s’est incliné devant la mémoire des victimes de l’accident survenu vers Farafegne, adressant ses prières aux disparus et ses condoléances aux familles endeuillées.

Sur le plan politique, l’APR dresse un tableau qu’elle qualifie de sombre, estimant que l’année 2025 a été « l’une des plus dures et des plus éprouvantes » pour le peuple sénégalais. Selon le parti, les populations auraient été livrées à elles-mêmes face à une crise multidimensionnelle d’une gravité exceptionnelle. Crise politique, économique, sociale et morale se conjugueraient, d’après l’APR, pour placer les Sénégalais « à la limite de l’humainement acceptable ».

Pour les Républicains, l’année écoulée aura été marquée par « tous les reniements et toutes les forfaitures », révélatrices de ce qu’ils qualifient d’« incurie d’un pouvoir désespérément incompétent ». Le parti affirme ne voir aucun acte structurant ou transformationnel à retenir de la tournée économique du président de la République en Casamance, qu’il considère comme une simple appropriation de projets initiés par le régime sortant.

L’APR se montre tout aussi critique à l’égard du message à la Nation du chef de l’État. Selon elle, cette adresse n’a offert aucune perspective susceptible de redonner espoir aux Sénégalais. Le parti rejette avec fermeté l’annonce de réformes constitutionnelles envisagées par voie parlementaire, qu’il refuse « avec la dernière énergie ». Pour l’Alliance Pour la République, le Sénégal, fort de trois alternances démocratiques et pacifiques, ne souffre pas d’un problème institutionnel, mais plutôt d’un déficit de gouvernance, ainsi que de difficultés économiques et sociales majeures.

Dans cette logique, l’APR estime qu’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’a « aucune raison d’être », rappelant que la Commission électorale nationale autonome (CENA) a, selon elle, toujours supervisé les élections avec efficacité et neutralité depuis sa création.

Sur le terrain économique et social, le parti de Macky Sall dénonce un « blocage » qu’il impute aux « mesures tatillonnes, ineptes et hasardeuses » du tandem exécutif. Il évoque une diplomatie en perte de vitesse, un système éducatif abandonné, une agriculture en souffrance, un chômage de masse en constante augmentation, des travailleurs inquiets et une cherté de la vie qui pèse lourdement sur le panier de la ménagère. Une situation jugée insoutenable par sa dureté et sa durée, et qui, selon l’APR, ne cesse de s’aggraver, faisant craindre des lendemains encore plus difficiles en 2026.

Dans sa déclaration, l’APR évoque également une « crise généralisée inédite » au sommet de l’État, affirmant que le pouvoir serait miné de l’intérieur par une rivalité entre les deux têtes de l’Exécutif. Cette situation, selon le parti, traduit une incapacité manifeste à diriger le pays dans l’intérêt supérieur des populations. L’Alliance Pour la République va plus loin en dénonçant ce qu’elle considère comme les carences d’un Premier ministre « faible en tout et sur tout » et d’un président de la République « en dessous des obligations de sa charge ».

Le parti accuse par ailleurs Ousmane Sonko d’être obsédé par l’échéance présidentielle de 2029 et de conduire une entreprise jugée dangereuse de remise en cause des fondements de l’État de droit. Selon l’APR, la judiciarisation de l’espace public viserait à permettre au Premier ministre de se soustraire à une condamnation judiciaire dans l’affaire l’opposant à Mame Mbaye Niang. Dans ce contexte, l’Alliance Pour la République appelle les magistrats de la Cour suprême à ne pas céder, selon ses termes, aux pressions politiques et aux « caprices » du chef du gouvernement.

Enfin, le parti critique les récentes déclarations d’Ousmane Sonko sur la campagne arachidière et le fonctionnement de l’État, y voyant un aveu public d’échec. L’APR lui reproche d’accuser ses propres ministres tout en se dédouanant, et de les livrer à la vindicte populaire. Elle fustige également l’évocation de l’utilisation de moyens financiers, y compris illégaux, pour faire face aux difficultés du monde rural, estimant qu’une telle posture relève d’une démagogie populiste et constitue un « aveu d’impuissance coupable ».

En conclusion, l’Alliance Pour la République affirme que « vaincre le pouvoir du Pastef » serait, selon elle, la seule voie pour sortir le Sénégal du marasme et des dérives actuelles. La déclaration se termine toutefois sur une note sportive, le parti saluant la qualification des Lions du football en demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations, une performance qui, selon lui, apporte un peu de baume au cœur des Sénégalais.

Doudou Ka : Solutions pour sortir de la crise économique du Sénégal liée aux eurobonds

Le Sénégal traverse une crise économique sans précédent, notamment marquée par la chute des eurobonds émis en 2018. Ces eurobonds, qui devaient être remboursés en 2048, ont connu une décote de 35 % à la Bourse de Londres, et les taux d’intérêt ont atteint des niveaux record proches de 15 %. Cette dévaluation intervient après une visite du FMI et un audit controversé de la Cour des comptes, lesquels ont mis en lumière la mauvaise gestion des finances publiques, accentuant ainsi la perte de confiance des investisseurs.

L’impact immédiat de cette crise sur les marchés financiers est considérable. Les investisseurs exigent désormais une décote élevée pour l’achat des titres sénégalais, ce qui complique davantage l’accès aux financements externes et compromet l’avenir des émissions d’eurobonds futures.

Le Sénégal se trouve dans une situation où son accès aux marchés internationaux devient de plus en plus difficile, les investisseurs exigeant des rendements supérieurs à 10 % pour acheter des eurobonds sénégalais, ce qui plongerait le pays dans un endettement excessif.

Le besoin de financement extérieur pour 2025 a été estimé à 1 875 milliards de F CFA, et une partie de ce financement devait provenir de l’émission d’eurobonds. Cependant, avec l’état actuel des marchés financiers, cette option est désormais largement compromise. Le pays a déjà dû recourir à une levée d’urgence de 300 millions de dollars en octobre 2024, avec un taux d’intérêt de 6,33 % sur trois ans, une solution coûteuse.

Doudou Ka, ancien ministre de l’Économie, considère cette situation comme un tournant économique majeur pour le Sénégal. Il attribue la crise à deux causes principales : une mauvaise communication du gouvernement sur l’état réel des finances publiques et une polémique excessive alimentée par l’opposition. Selon lui, ces facteurs ont amplifié l’inquiétude des investisseurs et contribué à la dégradation de la signature souveraine du pays.

Pour remédier à cette situation, Doudou Ka propose une série de solutions économiques :

  1. Créer un Front National pour la Défense Économique (FNDE)
    Doudou Ka plaide pour la création d’un front national qui rassemblerait toutes les forces vives du pays pour faire face à la crise économique. Ce front aurait pour objectif de mettre de côté les querelles politiques et de concentrer l’énergie nationale sur la résolution de la crise. Il insiste sur la nécessité d’unité pour surmonter les secousses économiques qui frappent les fondements de l’économie sénégalaise.
  2. Recalculer la dette publique
    Doudou Ka propose de revoir la méthode de calcul de la dette publique du Sénégal. Il suggère de soustraire les crédits relais à court terme déjà couverts par des financements extérieurs, ainsi que les dettes contingentes des structures parapubliques, qui ne présentent pas de risques pour l’État central. Ce recalcul permettrait de réduire artificiellement le taux d’endettement et de rendre la situation financière du pays plus favorable.
  3. Actualiser le PIB (Rebasing)
    Le rebasing du PIB est une autre mesure essentielle dans la proposition de Doudou Ka. Le rebasing du PIB, qui a été entamé en avril 2023 par le ministère de l’Économie, permettrait de disposer d’un PIB actualisé et de recalculer plus précisément le taux d’endettement du pays. Cela constituerait une base solide pour gérer la dette publique, permettant ainsi de réduire plus efficacement le taux d’endettement du Sénégal.
  4. Une gouvernance centralisée des emprunts publics
    Doudou Ka préconise également une gestion centralisée des emprunts publics pour éviter les dérives financières. Cette mesure vise à renforcer le contrôle sur l’endettement et à garantir que les emprunts sont utilisés de manière responsable et transparente.

Au-delà des mesures économiques techniques, Doudou Ka insiste sur l’importance de l’unité nationale pour surmonter cette crise. Il affirme que le Sénégal ne pourra pas sortir de cette situation sans une véritable communiation républicaine. Il appelle à une union des forces politiques et sociales du pays pour prioriser l’intérêt supérieur du pays plutôt que des intérêts partisans.

Il insiste sur le fait que l’union nationale ne doit pas se confondre avec l’union politique et que personne ne devrait chercher à capitaliser politiquement sur l’échec du gouvernement actuel. Selon lui, l’intérêt national doit primer, et tous les acteurs doivent travailler ensemble pour trouver des solutions concrètes à la crise.

Bien qu’opposant au gouvernement actuel, Doudou Ka se considère comme un loyal défenseur des valeurs républicaines. Il refuse toute tentative d’instrumentalisation de la crise à des fins politiques et affirme que l’unité nationale doit être fondée sur des principes de justice et de transparence.

En conclusion, Doudou Ka appelle à un consensus national pour adopter des solutions réalistes et inclusives, afin de restaurer la confiance des investisseurs et de remettre l’économie sénégalaise sur une trajectoire de croissance durable.

Les propositions de Doudou Ka reposent sur une gestion plus responsable de la dette publique, une révision de la méthode de calcul du taux d’endettement, et une actualisation du PIB pour permettre au Sénégal de sortir de l’impasse économique. Sa vision place l’unité nationale et l’engagement collectif au centre du processus de redressement économique, affirmant que seul un effort commun pourra permettre au pays de surmonter cette crise profonde et de garantir un avenir économique plus stable pour ses citoyens.

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