La section Diaspora Europe de la République des Valeurs (RV), formation politique dirigée par Thierno Alassane Sall, a organisé ce jeudi 11 décembre 2025 un rassemblement à Madrid, devant les locaux de la CESCE — l’Agence Publique Espagnole de Crédit à l’Export — et de la société AEE Power EPC. L’objectif affiché était de dénoncer un manque de transparence supposé autour des fonds destinés au vaste programme d’électrification de 1 600 villages au Sénégal.
Ce mouvement de protestation intervient dans un contexte de tensions diplomatiques et financières croissantes entre Dakar et ses partenaires techniques. Une délégation gouvernementale sénégalaise s’était récemment rendue à Madrid dans l’espoir de résoudre un blocage majeur : la suspension, par la CESCE, des décaissements prévus pour le projet. Cependant, selon la cellule de communication de la RV, malgré leur déplacement, les représentants de l’État sénégalais n’ont finalement pas été reçus, un refus d’audience que la section Diaspora Europe interprète comme un signal fort.
Pour cette dernière, le désaccord trouve son origine dans une exigence de la CESCE. L’agence espagnole réclamerait des justifications détaillées quant à l’utilisation d’une avance de 56 millions d’euros — soit environ 37 milliards de FCFA — déjà encaissée au profit de l’entreprise AEE Power EPC, chargée de piloter la mise en œuvre initiale du programme. Cette somme devait permettre le démarrage effectif des premiers travaux d’électrification, mais, selon la diaspora, aucune preuve tangible n’a été présentée par les autorités sénégalaises quant à l’affectation réelle de ces fonds.
La section de la République des Valeurs affirme que les autorités sont incapables de fournir des éléments concrets sur la destination précise des sommes perçues. Elle parle d’une « nébuleuse » et d’opacité autour d’un projet qui, pourtant, constitue un enjeu majeur pour les zones rurales du pays. Les critiques formulées s’appuient également sur les informations rapportées par le journal Les Échos, selon lesquelles près de la moitié des villages concernés aurait dû être électrifiée dès les 18 premiers mois du programme. Or, sur le terrain, la diaspora affirme qu’il est difficile d’identifier des villages réellement bénéficiaires.
D’après le calendrier initial, environ 600 villages auraient dû être branchés au réseau ou dotés de solutions électriques autonomes. Dix-huit mois après le versement de l’avance, le bilan demeure, selon les contestataires, quasi invisible. C’est cette absence de réalisations palpables qui nourrit la colère de la section Diaspora Europe de la RV, laquelle estime que les populations rurales continuent de vivre dans l’obscurité alors que des ressources financières colossales ont déjà été mobilisées.
Dans son communiqué, la section Diaspora Europe de la République des Valeurs réaffirme sa détermination à défendre les droits des 1 600 villages concernés. Elle dénonce une situation où « 37 milliards de FCFA demeurent dans les ténèbres de l’opacité », alors même que les communautés rurales attendent toujours l’accès à l’électricité, un service essentiel pour le développement économique, social et éducatif.