Université sénégalaise : chaque étudiant coûte plus d’un million FCFA par an à l’État

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), Abdourahmane Diouf, a dévoilé, mardi, les données actualisées sur le fonctionnement de l’Université sénégalaise en 2024. Cette présentation s’est tenue lors d’un déjeuner de presse consacré aux principaux enjeux de l’Agenda national de Transformation de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ANTESRI 2050).

Selon les chiffres communiqués par le ministre, le Sénégal compte actuellement 286 169 étudiants répartis entre le public et le privé. Ces apprenants sont encadrés par 2 495 enseignants-chercheurs qui interviennent dans les neuf universités publiques que compte le pays. Le réseau universitaire comprend également 73 facultés et 223 départements. Deux grandes écoles, l’École polytechnique de Thiès et l’École nationale supérieure d’agriculture (ENSA), complètent le dispositif de formation supérieur.

Abdourahmane Diouf a tenu à préciser que l’investissement consenti par l’État pour chaque étudiant s’est considérablement accru ces dernières années. En 2024, le coût annuel moyen par étudiant atteint 1 178 742 francs CFA. Ce montant comprend un coût pédagogique évalué à 542 702 FCFA et un coût social qui s’élève à 636 040 FCFA.

Ces chiffres traduisent, selon le ministre, l’effort financier conséquent consenti par l’État pour soutenir l’accès à l’enseignement supérieur et garantir l’accompagnement social des étudiants. Le ministre a par ailleurs souligné que cette mobilisation budgétaire s’inscrit dans une volonté de transformation structurelle du système universitaire, en vue d’en faire un moteur d’innovation et de développement économique durable.

L’ANTESRI 2050 vise notamment à moderniser les infrastructures universitaires, à renforcer la qualité pédagogique et scientifique, mais aussi à mieux articuler les formations avec les besoins de l’économie nationale. Abdourahmane Diouf a insisté sur l’enjeu de ce chantier : il s’agit non seulement de soutenir la massification des effectifs, mais aussi d’assurer la soutenabilité du financement public de l’enseignement supérieur, à un moment où les contraintes budgétaires se font de plus en plus pressantes.

Le ministre a conclu en appelant les acteurs de l’écosystème universitaire – enseignants, étudiants, administrations et partenaires – à se mobiliser collectivement pour réussir cette transformation et relever le défi d’une université plus performante et plus inclusive.

Enseignement supérieur : le SAES dénonce la situation universitaire

Le Bureau national (BN) du Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES) a publié un communiqué en date du 23 novembre 2024, à la suite d’une réunion tenue le 22 novembre à Dakar, où plusieurs points préoccupants concernant la situation universitaire ont été abordés. Le syndicat a exprimé son mécontentement face à une série de problèmes persistants dans le secteur, qui affectent tant les enseignants que les étudiants.

Le SAES commence par dénoncer le non-respect des engagements pris par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) lors de ses précédentes tournées dans les universités publiques. En effet, malgré les promesses faites, de nombreuses universités continuent de rencontrer des perturbations dans leurs activités pédagogiques, ce qui nuit au bon déroulement des enseignements et des programmes académiques. Le syndicat met ainsi en évidence les conséquences immédiates de ce manquement sur le terrain, notamment dans la gestion des cours et de l’administration universitaire.

Le SAES a également déploré le renvoi à une date indéterminée des mesures annoncées lors du séminaire sur la stabilisation du calendrier académique, qui visait à mettre fin aux perturbations récurrentes dans les universités. Cette situation renforce l’incertitude et complique davantage l’organisation des activités universitaires, déjà fragilisée par des grèves passées et des retards dans les calendriers. Le syndicat estime qu’il est désormais impossible d’avoir une année académique stable si les engagements du gouvernement restent sans suite.

L’une des critiques majeures du SAES porte également sur la violation des textes législatifs. Le syndicat pointe du doigt la violation flagrante de l’article 3 de la loi n° 2015-26 relative aux universités publiques, ainsi que de l’article 2 du décret n° 2016-1805, qui régit l’orientation des bacheliers. En effet, des quotas de bacheliers largement supérieurs à ceux définis par les instances académiques des universités ont été envoyés dans ces établissements, sans mesures d’accompagnement adéquates, ce qui a entraîné une surcharge dans les infrastructures universitaires et perturbé l’organisation pédagogique. Ce problème d’orientation massive des bacheliers, sans préparation préalable des établissements, aggrave la situation des universités, déjà confrontées à un manque de ressources matérielles et humaines.

Par ailleurs, le SAES fait état de retards récurrents dans le paiement des salaires des enseignants-chercheurs et chercheurs dans les universités publiques. Selon le syndicat, le non-versement des cotisations prélevées sur les salaires des enseignants au Fonds National de Retraite (FNR) constitue un autre problème majeur. Ces retards dans le paiement des salaires et l’absence de financement des cotisations de retraite affectent non seulement les conditions de travail des enseignants, mais aussi leur bien-être et leur sécurité financière.

Le SAES revient également sur le non-respect du protocole d’accord signé avec le gouvernement le 6 janvier 2023, notamment en ce qui concerne la question de la pension de réversion pour les enseignants-chercheurs et chercheurs décédés. Bien qu’un décret adopté en février 2024 ait été censé résoudre cette problématique, il semble avoir disparu dans les « méandres de l’administration », sans explication claire. La nouvelle version du décret, qui avait été promise par le MESRI, n’a toujours pas été signée, et le syndicat n’a pas été informé des raisons qui empêchent sa mise en œuvre.

Le SAES constate que ces problèmes non résolus, combinés à l’absence de solutions durables aux difficultés rencontrées par le secteur, mettent en péril la stabilité de l’enseignement supérieur. L’absence de nouvelles infrastructures pédagogiques et sociales, le déficit d’enseignants et les budgets insuffisants restent des obstacles majeurs pour le bon déroulement de l’année académique. Ces lacunes compromettent sérieusement l’avenir de l’enseignement supérieur, malgré les efforts des chercheurs et enseignants-chercheurs, qui se battent pour offrir un enseignement de qualité dans des conditions difficiles.

Lors de sa rencontre avec la délégation du Haut Conseil du Dialogue Social (HCDS) le 21 novembre 2024, le SAES a réaffirmé sa volonté d’apporter une contribution constructive à la pacification de l’espace universitaire. Le syndicat a exprimé son ouverture à des discussions, mais a précisé que certaines questions, comme celle de la réversion des pensions aux ayants droit des enseignants-chercheurs et chercheurs décédés, ne sont pas négociables. Le SAES considère cette question comme une question de justice et d’équité, essentielle à l’intégrité du système universitaire et à la dignité des travailleurs du secteur.

En conclusion, le SAES appelle le gouvernement à prendre des mesures concrètes et urgentes pour résoudre la crise dans l’enseignement supérieur et à garantir une stabilité pour l’année académique en cours. Le syndicat exige que des solutions soient trouvées pour améliorer les conditions de travail des enseignants, réguler l’orientation des bacheliers et résoudre les questions financières et administratives qui entravent le bon fonctionnement des universités publiques.

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