Cybersécurité et Délits Financiers : Vers une Information Judiciaire contre “Kocc Barma”

Interpellé jeudi dernier par la Division spéciale de la cybersécurité (DSC), El Hadji Babacar Dioum, plus connu sous le pseudonyme de « Kocc Barma », a été présenté ce lundi 21 juillet au procureur de la République près le tribunal de grande instance de Dakar. Ce passage devant le parquet s’est soldé par un retour de parquet, prélude à l’ouverture imminente d’une information judiciaire.

Les charges qui pèsent sur l’administrateur du célèbre site Seneporno sont multiples : collecte et diffusion illicites de données personnelles, diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs, chantage, extorsion de fonds et, plus récemment, blanchiment de capitaux.

Selon les révélations livrées par L’Observateur dans son édition de ce mardi 22 juillet, l’enquête a mis au jour un mode de vie luxueux, qui contraste avec la discrétion affichée par l’intéressé ces dernières années. Les enquêteurs ont ainsi découvert un compte bancaire bien fourni, affichant un solde de 49 millions de francs CFA. Ce compte aurait également enregistré des mouvements financiers jugés suspects par les autorités.

Les perquisitions menées dans le cadre de l’enquête ont permis la saisie de plusieurs véhicules de luxe, dont une BMW haut de gamme et une Mitsubishi flambant neuve. Ces éléments alimentent les soupçons de blanchiment d’argent qui s’ajoutent aux autres infractions initialement retenues.

Autre point d’interrogation : la propriété réelle du restaurant Eddy’s, situé sur l’avenue Bourguiba à Dakar. Le lien entre ce commerce et « Kocc Barma » n’est pas encore clairement établi, mais il est au cœur des investigations. Les enquêteurs cherchent à déterminer si ce restaurant a pu servir de façade à des opérations de blanchiment ou s’il s’agit d’un simple investissement déclaré.

Face à la complexité du dossier, le parquet a opté pour l’ouverture d’une information judiciaire, confiée à un juge d’instruction. Cette procédure permettra un approfondissement de l’enquête, notamment à travers d’éventuelles confrontations, auditions de complices présumés et expertises techniques.

Déjà poursuivi dans le passé pour des faits similaires, El Hadji Babacar Dioum pourrait cette fois faire face à une réponse pénale plus sévère, au regard de l’ampleur des faits reprochés.

Affaires judiciaires : Me Ngagne Demba Touré rappelle la loi sur les délits financiers

Le placement sous mandat de dépôt du député Farba Ngom et d’autres figures de l’ancien régime continue de susciter des réactions. Lors d’une rencontre organisée par le Mouvement des domou daaras patriotes (Moddap) à la mairie des Parcelles Assainies de Dakar, l’avocat Me Ngagne Demba Touré a rappelé les dispositions légales encadrant la gestion des deniers publics.

Prenant la parole devant un public composé de militants, de juristes et de journalistes, Me Touré a tenu à avertir les gestionnaires des finances publiques sur leurs responsabilités. Il a rappelé que “les ordonnateurs de dépenses ne doivent pas se permettre de faire ce qu’ils veulent avec l’argent public. Lorsqu’on détient une responsabilité publique, on ne doit céder à aucune pression.”

Dans son intervention, il s’est appuyé sur l’article 152 du Code pénal, qui sanctionne trois infractions majeures :

• Soustraction de deniers publics,

• Détournement de fonds,

• Escroquerie portant sur les deniers publics.

Il a souligné que le détournement de fonds est une infraction grave, souvent commise par des “délinquants à col blanc” utilisant des procédés sophistiqués. Toutefois, il estime que l’escroquerie sur les deniers publics est encore plus dangereuse.

Des sanctions sévères pour les auteurs de détournements

Me Touré a également précisé les sanctions prévues par la loi, qui varient selon le statut de l’auteur de l’infraction :

• Un citoyen lambda risque une peine de 1 à 5 ans de prison en cas de condamnation.

• Une personne exerçant une responsabilité publique (agent civil, fonctionnaire, officier public et ministériel, mandataire public, député, etc.) peut encourir jusqu’à 10 ans de réclusion.

Sans mentionner explicitement le nom de Farba Ngom, il a fait référence aux accusations portées contre l’ancien député, incarcéré récemment pour des faits similaires.

L’avocat a également dénoncé des pratiques qu’il juge scandaleuses, notamment l’accaparement des terres par des personnalités influentes. “Il est inadmissible qu’une seule personne possède 8 000 hectares, soit l’équivalent de presque tout le département de Dakar. Ce genre d’injustices, légalisées illégalement, ne devrait pas être accepté”, a-t-il martelé.

Cette déclaration intervient alors que les autorités judiciaires poursuivent leurs investigations sur plusieurs dossiers de détournements de fonds et d’appropriations frauduleuses de biens publics, impliquant d’anciens responsables politiques et administratifs.

Ces derniers mois, le Sénégal a multiplié les enquêtes et poursuites judiciaires contre des figures de l’ancien régime, dans une volonté affichée de lutter contre l’impunité et de renforcer la transparence dans la gestion publique. Pour Me Touré et les membres du Moddap, cette dynamique doit se poursuivre afin de garantir l’équité et la justice pour tous les citoyens.

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