Arrestations de Maïmouna Ndour Faye et Babacar Fall : le PDS dénonce une dérive autoritaire et exige leur libération immédiate

Le climat politico-médiatique s’alourdit au Sénégal après les arrestations spectaculaires de Maïmouna Ndour Faye, Directrice générale de la chaîne 7TV, et de Babacar Fall, Directeur de la rédaction de la RFM, survenues dans les locaux mêmes de leurs rédactions. Une scène d’une rare gravité que le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) qualifie d’« indigne » et de « profondément attentatoire aux libertés publiques ».

Dans un communiqué rendu public, le parti dirigé par Abdoulaye Wade exprime sa vive préoccupation face à ces arrestations jugées « humiliantes et injustifiables », opérées par des éléments de la gendarmerie alors que les journalistes étaient en plein exercice de leurs fonctions. Le PDS estime qu’il s’agit d’un précédent dangereux pour la démocratie sénégalaise, car il remet en cause la sacralité des rédactions et la protection constitutionnelle accordée aux professionnels de l’information.

Selon le parti libéral, « cet usage disproportionné de la force » soulève de graves interrogations quant au respect de la liberté de la presse, garantie par la Constitution et par les engagements internationaux du Sénégal, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le communiqué souligne que « les journalistes ne peuvent être traités comme des délinquants alors qu’ils remplissent leur mission d’informer », rappelant que la presse constitue un contre-pouvoir indispensable à la vitalité démocratique.

Le PDS s’est particulièrement indigné du traitement réservé à Maïmouna Ndour Faye, figure emblématique du paysage audiovisuel sénégalais et journaliste reconnue pour son franc-parler. Le parti évoque « la brutalité des images » diffusées sur les réseaux sociaux lors de son interpellation, qu’il juge « inacceptables dans un État qui se veut respectueux des droits fondamentaux ». L’un de ses avocats, selon la même source, aurait été empêché d’accéder à sa cliente, en violation manifeste des droits de la défense. Pour le PDS, ces agissements traduisent « un recul inquiétant de l’État de droit » et un mépris flagrant des garanties procédurales.

« Ce qui s’est passé à 7TV et à la RFM n’est pas seulement une affaire de journalistes ; c’est un test pour notre démocratie », affirme le communiqué. Le parti libéral appelle ainsi les autorités judiciaires et gouvernementales à « respecter scrupuleusement les droits et libertés garantis à tous les citoyens », tout en rappelant que la liberté de la presse est un pilier fondamental de toute République digne de ce nom.

Dans le même souffle, le PDS exprime sa solidarité totale envers Maïmouna Ndour Faye, Babacar Fall, ainsi qu’un technicien de 7TV également placé en garde à vue. Il exige leur libération immédiate et sans condition, dénonçant une justice « à double vitesse » et un pouvoir « de plus en plus enclin à intimider les voix indépendantes ».

Le parti d’Abdoulaye Wade invite enfin la société civile, les organisations de défense des droits humains et les associations professionnelles de journalistes à se mobiliser pour empêcher « la normalisation des atteintes à la liberté d’informer ». Pour le PDS, cette affaire dépasse les seules personnes concernées : elle symbolise la fragilisation progressive des espaces de liberté dans un contexte de tension croissante entre le pouvoir exécutif et les médias.

Moustapha Diakhaté dénonce une « guerre juridique » contre la liberté d’expression et accuse le procureur Ibrahima Ndoye de dérive autoritaire

À peine libéré après cinquante jours de détention à la prison de Rebeuss pour offense au chef de l’État, Moustapha Diakhaté a repris la parole avec une virulence qui marque une rupture nette avec le silence carcéral. Lors d’une conférence de presse tenue ce mardi 5 août à Dakar, l’ancien président du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar a vivement accusé le procureur de la République, Ibrahima Ndoye, et plus largement le Tribunal de grande instance de Dakar, de livrer une « guerre juridique » contre la liberté d’expression.

Dans une déclaration au ton frontal, Moustapha Diakhaté n’a pas mâché ses mots : « Le procureur Ibrahima Ndoye, c’est un parquet à double standard. Il est intransigeant avec l’opposition et indulgent avec le parti Pastef. Quand on voit ce genre d’action, c’est que ces magistrats-là trahissent la loi », a-t-il fustigé. Pour l’ancien parlementaire, le parquet agit comme un instrument politique, au mépris des droits fondamentaux garantis par la Constitution.

Poursuivi pour offense au chef de l’État, Diakhaté rejette l’accusation avec véhémence. « Moi qui défends la République et le président, on m’accuse de l’avoir offensé ? C’est honteux, c’est ridicule », a-t-il lancé. Il estime être la cible d’un acharnement personnel : « Le procureur a un problème avec moi, il se cache derrière le parquet pour le combattre. C’est indigne de sa fonction de magistrat. »

Évoquant son expérience carcérale, Moustapha Diakhaté n’a pas hésité à défier de nouveau le système judiciaire : « Si ma vie doit y rester, elle y restera. Je suis prêt à retourner en prison. J’ai été emprisonné deux fois. Ibrahima Ndoye doit savoir qu’il lui reste 998 mandats de dépôt s’il veut me faire taire, parce que jusqu’à 1000, je ne me tairai pas. » Des propos forts qui traduisent une volonté assumée de continuer son combat politique, malgré les risques.

Mais au-delà de sa situation personnelle, Diakhaté a élargi sa critique à la situation de la justice sénégalaise. Selon lui, poursuivre des citoyens pour avoir critiqué le président ou des magistrats est une dérive grave pour un État qui se veut démocratique. « Dans une démocratie, il ne peut pas y avoir de limite au droit des citoyens à critiquer ceux qui les gouvernent », a-t-il souligné, affirmant que la liberté d’expression doit s’exercer pleinement, même contre les plus hautes autorités.

L’ancien député n’a pas épargné non plus le parti présidentiel, le Pastef, qu’il accuse d’avoir trahi ses engagements. « Le Pastef avait promis aux Sénégalais qu’une fois au pouvoir, ils supprimeraient l’article 80, l’article 254… Ils ne l’ont pas fait. Ils ont menti aux Sénégalais. C’est parce qu’ils ont menti qu’on continue d’arrêter des gens pour offense au chef de l’État, ou pour des délits d’opinion », a-t-il déclaré, en appelant à une réforme urgente du droit pénal en matière de libertés publiques.

Cette sortie de Moustapha Diakhaté intervient dans un contexte politique marqué par de multiples arrestations de journalistes, militants et opposants, souvent poursuivis pour offense ou diffusion de fausses nouvelles. Elle relance le débat sur l’indépendance de la justice, la tolérance politique et l’effectivité des libertés fondamentales au Sénégal. Pour Diakhaté, une chose est claire : « Le Sénégal ne doit pas devenir un État où penser autrement conduit systématiquement en prison. »

Assemblée nationale : Aïssatou Tall Sall tire la sonnette d’alarme et dénonce une dérive autoritaire

Aïssatou Tall Sall, présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, a livré une critique incisive et sans concession à l’issue de la session parlementaire qui vient de s’achever. Dans un discours empreint de gravité, elle a dénoncé une exclusion systématique de l’opposition et une concentration excessive du pouvoir entre les mains de la majorité parlementaire, qu’elle accuse d’œuvrer à « anéantir » toute voix dissidente. Avec ses 17 députés, Takku Wallu se présente comme une opposition responsable, engagée fermement dans la défense de l’intérêt général.

L’ancienne ministre et députée a pointé du doigt une Assemblée nationale « tirée par l’exécutif », dans laquelle les initiatives législatives émises par les députés sont largement marginalisées au profit de lois élaborées sous la seule influence du gouvernement, souvent sans débat réel ni prise en compte des propositions des parlementaires. Elle a dénoncé avec véhémence l’obstruction dont seraient victimes les propositions de loi, citant en exemple le rejet catégorique d’une proposition de loi portée par Thierno Alassane Sall. « Lorsqu’un député soumet un projet de loi, nous lui faisons obstacle. C’est inadmissible », a-t-elle insisté.

Aïssatou Tall Sall a également critiqué la conduite du président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye. Elle l’a accusé de ne pas respecter le règlement intérieur en participant directement aux débats parlementaires, un comportement contraire à l’article 69 du règlement. Selon elle, le président confondrait son rôle institutionnel avec celui d’un militant du parti PASTEF, ce qui contribue à fragiliser la neutralité de la présidence de l’Assemblée. Elle a évoqué plusieurs épisodes tumultueux où, selon elle, Malick Ndiaye aurait outrepassé ses prérogatives, notamment en intervenant de manière partiale lors des discussions.

La présidente de Takku Wallu a rappelé que la mission essentielle de l’opposition n’est pas d’être un simple ornement au sein de l’Assemblée, mais bien de jouer un rôle de contrepoids rigoureux. Elle a souligné qu’une opposition responsable soutient toute initiative bénéfique pour le pays, mais qu’elle s’oppose fermement à toute mesure qu’elle juge néfaste. Elle appelle donc à ce que la prochaine session parlementaire soit marquée par un « respect rigoureux du règlement intérieur » et une reconnaissance authentique de la place de l’opposition dans les débats.

Sur le plan institutionnel, Aïssatou Tall Sall a vivement condamné les récentes attaques du Premier ministre Ousmane Sonko contre la justice. En sa qualité d’avocate, elle a exprimé son inquiétude face à la gravité de ces propos, soulignant que « le jour où la confiance dans la justice sera ébranlée, ce sera l’achèvement de la République ». Elle a plaidé pour un rétablissement rapide de la sérénité institutionnelle, un respect mutuel entre les différents pouvoirs, et la préservation des fondements de la République.

En conclusion, la présidente de groupe a lancé un appel solennel à tous les acteurs politiques pour qu’ils œuvrent à sauvegarder la dignité et la réputation de l’Assemblée nationale. Elle a insisté sur le fait que le respect des règles, la conduite neutre des séances et la reconnaissance pleine et entière de l’opposition sont autant de marques d’« élégance républicaine ». Takku Wallu Sénégal, tout en affirmant sa volonté de poursuivre son combat au sein du Parlement, exige désormais d’être traitée avec le respect que lui confère la Constitution.

Traduit devant la Commission Juridique et Disciplinaire de la FSKDA : le Président de la Ligue de Dakar dénonce une dérive autoritaire et la persécution des lanceurs d’alerte

C’est une charge d’une rare intensité que le président de la Ligue régionale de karaté de Dakar, Bescaye Diop, a adressée à la Commission juridique et disciplinaire de la Fédération sénégalaise de karaté et disciplines associées (FSKDA). Dans une communication rendue publique, il accuse frontalement cette instance d’avoir trahi sa mission première : garantir la justice, l’éthique et la légalité au sein du karaté sénégalais.

Une commission devenue “instrument de persécution”

Selon M. Diop, la Commission juridique et disciplinaire ne serait plus qu’un outil de règlements de comptes politiques internes, agissant avec une partialité flagrante à l’encontre des lanceurs d’alerte. Il dénonce son silence complice face aux nombreuses irrégularités et exactions commises en interne par le bureau fédéral : suspensions arbitraires, insultes publiques, exclusions sans fondement légal, entre autres.

Dans son document, Bescaye Diop énumère douze faits majeurs illustrant l’inaction de la commission. Parmi eux : la suspension illégale de responsables de ligue, le silence sur de graves accusations de détournement de fonds publics, des propos diffamatoires tenus par des membres du bureau fédéral, la nomination illégitime d’un président intérimaire à la tête de la Ligue de Dakar, l’inaction face aux inculpations judiciaires visant certains membres de la fédération, et le refus d’organiser une Assemblée générale extraordinaire, malgré la volonté exprimée par plus des deux tiers des clubs.

“Une faillite morale”

Pour le président de la Ligue de Dakar, la commission n’a jamais assumé son rôle de médiateur ni tenté de prévenir les conflits. Pire encore, elle est accusée d’avoir tourné le dos aux principes fondamentaux du sport et de la justice. « Elle est inexistante dans la défense de la justice, inutile dans la sauvegarde de l’éthique, et complice des dérives de la Fédération contre les lanceurs d’alerte », affirme-t-il avec fermeté.

Des alertes transmises aux plus hautes autorités

Dans sa note, Bescaye Diop indique avoir saisi l’OFNAC, le conseiller spécial du Premier ministre en charge des affaires sportives, ainsi que la ministre des Sports, au sujet des manquements graves de cette commission. Il appelle à une réaction forte de l’État, invoquant la nécessité de protéger les lanceurs d’alerte, désormais inscrite dans les priorités nationales.

Un engagement renouvelé pour la transparence

Face à cette situation qu’il qualifie de catastrophique pour la crédibilité du karaté sénégalais, M. Diop se dit plus déterminé que jamais à défendre la vérité, la justice et les valeurs du sport. Il se démarque clairement de toute forme de malversation, de fraude ou de compromission : « Je ne serai jamais un malfaiteur. Je ne ferai jamais partie d’une association de malfaiteurs. (…) Je suis, et je resterai, du côté de la justice, de la vérité, et des karatékas intègres. »

“Une crise profonde qui appelle à une réforme”

Cette déclaration intervient dans un contexte de tension extrême entre certaines ligues régionales et la direction fédérale. La demande de transparence, relayée depuis plusieurs mois par de nombreux acteurs du karaté, semble désormais prendre une dimension plus politique et institutionnelle.

La crise qui secoue actuellement la FSKDA pourrait bien s’intensifier dans les prochains jours, à mesure que les autorités étatiques et les partenaires du sport sénégalais réagiront à cette dénonciation publique.

Abdou Mbow dénonce une dérive autoritaire à Tambacounda : « La démocratie sénégalaise est en danger »

L’ancien député et responsable politique de l’Alliance pour la République (APR), Abdou Mbow, s’est exprimé ce matin devant les journalistes après s’être rendu au Tribunal de Tambacounda pour apporter son soutien à son camarade Bougane Gueye Dany. Bougane, fondateur de la chaîne de télévision D-Média et figure de l’opposition sénégalaise, est actuellement en détention, une situation que Mbow qualifie d’« otage politique ».

Sur place, Abdou Mbow, membre de la coalition Takku Wallu, a décrit une ambiance tendue, évoquant un « état de siège » autour du tribunal. « Le constat est amer. On dirait qu’on est à Tambacounda en état de siège. Personne ne peut accéder au tribunal avec ce dispositif impressionnant », a-t-il déclaré, en référence au déploiement massif de forces de sécurité.

Mbow n’a pas hésité à critiquer sévèrement les autorités en place, accusant le gouvernement d’user de moyens de pression démesurés pour entraver la liberté d’expression et l’opposition politique. « Ceux qui sont au pouvoir sont des dictateurs, des apprentis dictateurs qui sont en train de vouloir entacher la démocratie sénégalaise », a-t-il martelé, affirmant que ces méthodes mettent en péril l’intégrité du système démocratique du Sénégal.

La détention de Bougane Gueye Dany, figure montante de l’opposition et fondateur du mouvement Gueum Sa Bopp, a suscité un vif débat au Sénégal, les critiques se multipliant quant aux restrictions de plus en plus sévères imposées aux opposants politiques. Cette affaire, perçue par plusieurs comme une tentative de museler l’opposition à l’approche des élections, alimente un climat d’inquiétude sur l’avenir de la démocratie sénégalaise.

Les alliés politiques de Bougane appellent à sa libération immédiate et à une plus grande transparence dans la gestion des affaires politiques. Le soutien d’Abdou Mbow, bien qu’ancien membre de l’APR au pouvoir, illustre la division croissante au sein même des élites politiques quant à la gestion de l’opposition et de la liberté politique au Sénégal.

Alors que le pays se prépare pour des échéances électorales majeures, les tensions autour de cette affaire mettent en évidence les défis auxquels fait face la démocratie sénégalaise. Pour de nombreux observateurs, l’arrestation de Bougane Gueye Dany est un test pour l’État de droit au Sénégal, un pays souvent perçu comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest.

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