Mayoro Mbaye porte plainte contre Eurofinsa S.A, Ellipse Projects, AEE Power et Madiambal Diagne pour détournement de projets

L’homme d’affaires Mayoro Mbaye a saisi le Pool judiciaire financier pour dénoncer ce qu’il qualifie de détournement massif de projets, de violations d’accords commerciaux et de préjudices financiers importants impliquant le groupe espagnol Eurofinsa S.A, ses filiales, ainsi que plusieurs acteurs locaux, dont le journaliste et homme d’affaires Madiambal Diagne.

Selon lui, des projets stratégiques qu’il avait introduits au Sénégal depuis 2010 — portant sur la construction d’hôpitaux, d’infrastructures, de systèmes d’énergie, d’électrification et d’équipements publics — auraient été récupérés, modifiés ou dévoyés après l’alternance politique de 2012, en violation des engagements contractuels et de son droit de représentation exclusive.

« La société KMA International S.A, que je dirige, est engagée depuis 2010 dans la préparation, la structuration et l’accompagnement de projets stratégiques pour l’État du Sénégal, en partenariat avec le groupe Eurofinsa S.A, SETA/SETAPI et plusieurs de leurs filiales, notamment AEE Power et Ellipse Projects. Ces projets, significatifs dans des secteurs essentiels, étaient destinés à contribuer durablement au développement socio-économique du pays. Il ressort toutefois que plusieurs d’entre eux ont été détournés de leur objectif initial, modifiés ou transférés à des tiers », a expliqué le PDG de KMA International S.A.

Il affirme que ces agissements ont causé des pertes financières considérables à sa société, mais également au Sénégal. Il réclame de ce fait une réparation intégrale.

« Ces pratiques ont généré un préjudice majeur pour notre société, tant sur les plans financier et économique que sur les plans moral et social. L’ouverture d’une information judiciaire devant le Pool judiciaire financier témoigne de la gravité des faits constatés et de la nécessité d’un suivi institutionnel renforcé », a-t-il insisté.

Face à l’ampleur des faits allégués, et compte tenu de l’importance initiale de ces projets pour l’État du Sénégal, l’homme d’affaires dit avoir adressé une correspondance aux plus hautes autorités du pays pour demander une prise en charge diligente du dossier, dans le but d’obtenir une solution juste, équitable et conforme aux intérêts nationaux.

Il précise ensuite les motivations qui l’ont poussé à porter l’affaire devant la justice :

« J’ai déposé cette procédure afin d’apporter des clarifications à un débat qui dépasse aujourd’hui nos frontières. Lorsque je négociais ces contrats et collaborais avec ces partenaires, aucun Sénégalais n’était présent. J’étais le seul interlocuteur, et c’était une période où ceux qui revendiquent aujourd’hui une paternité de ces projets n’étaient pas impliqués. Il fallait rétablir les faits, et je l’ai fait. Je vous confirme donc avoir bel et bien saisi le Pool judiciaire financier, en attendant que les juges apprécient les documents déposés », a-t-il déclaré.

Le dossier, désormais entre les mains de la justice, pourrait lever le voile sur plusieurs zones d’ombre entourant certains partenariats étrangers conclus ces dernières années.

À suivre…

A.S

Affaire Madiambal Diagne : Ellipse Projects dément toute implication et dénonce un conflit « politique et médiatique »

L’affaire Madiambal Diagne, liée au Programme de modernisation des infrastructures judiciaires (PROMIJ), continue de faire couler beaucoup d’encre. La société française Ellipse Projects, citée dans l’enquête sur de présumées malversations financières, a tenu à réagir pour la première fois. Interrogée par Jeune Afrique, la directrice de la communication du groupe, Victoria Jaunasse, a fermement démenti toute implication, estimant que l’entreprise est « injustement mentionnée dans un conflit d’apparence politique et médiatique qui ne la concerne pas ».

Au Sénégal, le journaliste et homme d’affaires Madiambal Diagne, patron du quotidien Le Quotidien, est visé par une procédure judiciaire portant sur des soupçons « d’enrichissement illicite » et de « passation de marchés frauduleuse » dans le cadre du PROMIJ. Plusieurs membres de sa famille ont également été inculpés. Selon les premiers éléments de l’enquête, les autorités cherchent à établir d’éventuelles connexions financières entre Ellipse Projects, principal prestataire du programme, et la SCI Pharaon, une société immobilière appartenant à Madiambal Diagne et à certains de ses proches.

Face à ces accusations, la représentante d’Ellipse Projects se veut catégorique. « Aucune notification officielle ne nous a été adressée concernant d’éventuelles procédures en cours », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter que la société « a respecté l’ensemble de ses engagements contractuels et les mécanismes de contrôle établis par l’État sénégalais ». Le groupe français, spécialisé dans les infrastructures publiques en Afrique, dénonce ainsi ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique d’un dossier purement administratif et technique.

Pour rappel, le Programme de modernisation des infrastructures judiciaires (PROMIJ), lancé par le gouvernement sénégalais, visait la réhabilitation et la construction de tribunaux sur tout le territoire national. Ce projet, estimé à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, devait permettre d’améliorer l’accès à la justice et les conditions de travail des magistrats et personnels judiciaires. Cependant, des mouvements financiers suspects ont été signalés par la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), entraînant l’ouverture d’une enquête pour déterminer d’éventuels détournements de fonds ou conflits d’intérêts.

Alors que le dossier prend une tournure de plus en plus sensible, Madiambal Diagne, qui se trouverait actuellement en France, n’a pas encore publiquement réagi aux dernières déclarations d’Ellipse Projects. De son côté, la société française réaffirme sa volonté de coopérer pleinement avec les autorités sénégalaises si elle était officiellement sollicitée, tout en dénonçant le caractère « disproportionné » des soupçons portés contre elle dans ce qu’elle décrit comme un « contexte de tensions politiques et médiatiques au Sénégal ».

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