Le tissu entrepreneurial sénégalais demeure dynamique en matière de création d’entreprises, mais il reste confronté à une forte fragilité en termes de pérennité. C’est ce que révèle la dernière Enquête nationale sur la démographie des entreprises du Sénégal (ENDES 2026) publiée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie. Selon cette étude couvrant la période 2018-2024, près d’une entreprise sur deux cesse ses activités avant d’atteindre cinq ans d’existence.
Les données de l’enquête montrent que les premières années d’activité restent déterminantes pour la survie des entreprises. Si 86,6 % des unités économiques réussissent à franchir leur première année d’existence, la situation se dégrade progressivement avec le temps. Après cinq ans, le taux de survie chute à 53,8 %, ce qui signifie qu’environ 46 % des entreprises créées disparaissent avant d’atteindre ce cap.
L’étude met également en évidence une réalité surprenante concernant la résistance des différentes formes juridiques d’entreprises. Contrairement à certaines idées reçues, les sociétés constituées sous forme de personnes morales apparaissent plus vulnérables que les entrepreneurs individuels. Le taux de survie à cinq ans des sociétés s’établit à 47,3 %, contre 55,1 % pour les entreprises individuelles, qui semblent mieux résister aux aléas économiques malgré des moyens souvent plus limités.
Le rapport de l’ANSD identifie plusieurs facteurs expliquant ces fermetures précoces. Le manque d’accès au financement arrive largement en tête des difficultés rencontrées par les entrepreneurs. Selon l’enquête, 32,5 % des cessations d’activité sont directement liées à l’insuffisance de financement ou aux difficultés d’accès au crédit. Ce problème structurel limite la capacité des entreprises à investir, à se développer ou même à faire face aux périodes de ralentissement économique.
La pandémie de COVID-19 constitue également un facteur majeur de défaillance. L’étude révèle que la crise sanitaire est responsable de 27,1 % des fermetures d’entreprises sur la période étudiée. Les restrictions économiques, la baisse de la consommation et les perturbations des chaînes d’approvisionnement ont fragilisé de nombreuses structures, en particulier les petites et moyennes entreprises.
L’enquête met par ailleurs en lumière les caractéristiques de la création d’entreprises au Sénégal. La grande majorité des structures économiques, soit 96,4 %, sont créées ex nihilo, c’est-à-dire à partir de zéro, sans reprise d’activité existante. Cette réalité traduit une forte dynamique entrepreneuriale mais aussi un manque de transmission ou de reprise d’entreprises déjà établies.
Les données économiques révèlent également des écarts importants selon le statut juridique des entreprises. Au moment de leur création, le chiffre d’affaires médian des personnes morales atteint environ 5 002 500 francs CFA, soit près de quatre fois celui des entrepreneurs individuels, qui se situe autour de 1 357 550 francs CFA. Cette différence illustre le niveau de capitalisation plus élevé des sociétés, même si cela ne garantit pas nécessairement une meilleure longévité.
Pour les analystes, ces résultats constituent un signal important pour les politiques publiques. Si la création d’entreprises est encouragée et relativement dynamique, le véritable défi réside désormais dans l’accompagnement des entreprises après leur création. Le renforcement des dispositifs d’appui, l’amélioration de l’accès au financement et la mise en place de mécanismes de soutien adaptés apparaissent comme des leviers essentiels pour consolider le tissu économique et sécuriser le développement des jeunes entreprises sénégalaises.

