Le gouvernement gabonais a franchi une nouvelle étape dans sa politique de souveraineté économique en interdisant aux étrangers l’exercice d’un ensemble d’activités dites « de proximité ». Objectif affiché : protéger les micro-entrepreneurs locaux et stimuler l’initiative nationale, notamment chez les jeunes et les femmes.
La mesure cible huit activités, allant des transferts d’argent non agréés à la réparation de téléphones, en passant par la coiffure et les soins esthétiques de rue, l’orpaillage artisanal non autorisé, l’intermédiation informelle dans l’achat de récoltes, l’exploitation de petits ateliers non enregistrés, l’usage non déclaré de machines de jeux et certaines formes émergentes de commerce en ligne.
Cette orientation n’est pas isolée. En juillet dernier, la Tanzanie a adopté une mesure encore plus large, frappant quinze activités et prévoyant des peines de prison. Le Gabon opte pour une application progressive : période transitoire, implication des collectivités locales, simplification des procédures de formalisation, soutien technique et fiscal, et accès facilité au financement pour les entrepreneurs nationaux.
Les partisans saluent une protection jugée indispensable face à une concurrence étrangère souvent mieux organisée. Les opposants, eux, y voient un risque de dérive xénophobe et un détournement d’attention des véritables défis : faible diversification de l’économie, formation professionnelle insuffisante, et forte dépendance aux importations.
Au Sénégal, la question est ouverte. Le pays connaît également une présence étrangère marquée dans le petit commerce, la réparation et les services de proximité. Les débats sur la protection des acteurs locaux ne sont pas nouveaux, mais aucune mesure restrictive d’ampleur comparable n’a été prise jusqu’ici.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye plaide pour la valorisation de la production nationale et la création d’emplois pour les jeunes. Mais transposer le modèle gabonais exigerait un cadre juridique précis, un véritable accompagnement financier et un discours inclusif, afin d’éviter tout risque de stigmatisation qui pourrait fragiliser la cohésion sociale.
En juin 2023, l’ex-président gabonais Ali Bongo avait déjà ouvert la voie en mobilisant un fonds d’appui de 9 milliards FCFA. Deux ans plus tard, le Gabon franchit un pas décisif. Dakar observera-t-elle cette expérience comme une inspiration… ou comme un avertissement ?