Fact-checking – Manifestation du 23 mai 2025 : les quotidiens Les Échos et L’As utilisent une photo datant de 2021

Le 24 mai 2025, les quotidiens sénégalais Les Échos et L’As ont tous deux publié en Une une image identique pour illustrer la manifestation organisée la veille, à Dakar, par le collectif “Rappel à l’ordre”, militant pour la criminalisation de l’homosexualité. Or, l’image en question ne correspond pas à l’événement de 2025 : elle a été prise quatre ans plus tôt, lors d’une autre manifestation sur le même thème.

La photo montre un homme en t-shirt vert, bras levés, arborant le message “And Samm Djiko yi – Non à l’homosexualité”, devant une foule de manifestants. Ce cliché a été utilisé pour appuyer les reportages des deux journaux sur la manifestation du 23 mai 2025. Pourtant, le mouvement “And Samm Djiko yi”, bien visible sur le t-shirt, n’était pas impliqué dans l’organisation de cette mobilisation récente. Imam Babacar Sylla, coordonnateur général du mouvement, avait même déclaré à la presse que cette manifestation visait à “remettre sur la table un texte déjà rejeté à deux reprises par l’Assemblée nationale”, confirmant que son mouvement n’en faisait pas partie.

Une vérification par recherche d’image inversée révèle que cette photographie a été prise le 23 mai 2021, à la Place de l’Obélisque à Dakar, lors d’un rassemblement contre l’homosexualité organisé par des associations religieuses, dont justement “And Samm Djiko yi”. Depuis, elle a été utilisée à plusieurs reprises par des médias, dont La Croix et Le Nouvel Observateur, qui en ont conservé la légende originale précisant le contexte et la date.

Toutefois, cette rigueur n’a pas été suivie par tous. Dans les publications du 24 mai 2025, Les Échos et L’As n’ont fourni aucune précision sur l’origine de l’image ni indiqué qu’il s’agissait d’une photo d’archives. Cette omission peut fausser la perception du public, en donnant l’impression d’une affluence plus importante qu’en réalité lors de la marche de 2025, d’autant plus que les organisateurs ont évoqué une “participation modeste mais symbolique”.

Le photographe à l’origine de l’image, Seyllou, de l’Agence France-Presse (AFP), a confirmé à DUBAWA qu’il avait bien pris ce cliché en 2021. Il a regretté son utilisation non autorisée et hors contexte, affirmant : « En journalisme, une photo non légendée n’est pas une photo de presse. Le plus grave, c’est que ces journaux ne sont même pas abonnés à l’AFP, ce qui signifie clairement que la photo a été piratée. »

Ce n’est pas un cas isolé. Déjà en mai 2025, le journal L’Info avait utilisé pour illustrer une manifestation de la diaspora sénégalaise à Genève une photo prise à Paris en 2021, lors d’un rassemblement du parti Pastef. Face aux critiques, L’Info avait dû publier une note d’excuses.

Conclusion :
L’image diffusée par Les Échos et L’As pour illustrer la manifestation contre l’homosexualité du 23 mai 2025 est une archive datant de mai 2021. Son utilisation hors contexte, sans mention de la date ni de la source, constitue une désinformation visuelle. Ce type de pratique nuit à la rigueur journalistique et induit le public en erreur.

Le Fact-Checking : Un remède contre la désinformation en Afrique

Le fact-checking, ou vérification des faits, se présente comme un antidote essentiel dans la lutte contre la désinformation qui sévit sur le continent africain. Cet outil journalistique, dont l’importance a été soulignée lors d’un séminaire à Rabat, au Maroc, par Tolida Apollinaire Agba, rédacteur en chef de l’Agence d’information du Burkina Faso (AIB), offre une opportunité précieuse pour restaurer la confiance entre les médias traditionnels et les citoyens.

Face à la propagation rapide des fausses informations sur les plateformes en ligne, le fact-checking permet aux journalistes de revenir à l’essence même de leur métier : vérifier la véracité des informations et fournir des rapports précis et fiables à leur public. Cette pratique offre ainsi un contrepoids indispensable à la diffusion de fausses nouvelles qui alimentent souvent la méfiance du public envers les médias traditionnels.

L’intégration du fact-checking dans le journalisme africain n’est pas seulement une réponse à la crise de confiance actuelle, mais aussi une occasion de renforcer la crédibilité des médias traditionnels et de les positionner comme des gardiens de l’information authentique et vérifiée. En outre, cette pratique peut contribuer à responsabiliser les acteurs politiques et à décourager la propagation de discours démagogiques et exagérés.

Cependant, le fact-checking ne vient pas sans ses propres défis. La viralité rapide des fausses informations en ligne rend parfois difficile pour les fact-checkeurs de contrer leur propagation. Malgré cela, l’adoption de techniques de fact-checking peut aider à rétablir la confiance du public dans les médias traditionnels et à promouvoir une culture de transparence et de vérité dans le paysage médiatique africain.

Le séminaire, qui a rassemblé des journalistes d’agences de presse africaines venus de différents pays, a également été l’occasion de plaider en faveur de la création de plateformes spécialisées dans la vérification des informations et des contenus multimédia. De telles initiatives pourraient renforcer les capacités des journalistes africains dans le domaine du fact-checking et les doter des outils nécessaires pour lutter efficacement contre la désinformation.

En conclusion, le fact-checking émerge comme un instrument précieux pour les journalistes africains dans leur quête de vérité et d’intégrité journalistique. En renforçant leurs compétences dans ce domaine et en adoptant des pratiques de vérification rigoureuses, les médias africains peuvent jouer un rôle crucial dans la préservation de la démocratie et de la liberté d’expression sur le continent.

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