À la frontière de la menace : le Général Mamadou Mansour Seck appelle à la vigilance face aux risques terroristes

À la suite de l’attaque survenue à Diboli, à seulement deux kilomètres de la frontière sénégalaise, les inquiétudes liées à une possible extension du terrorisme vers le sud du Sahel s’intensifient. Dans une interview exclusive accordée à L’Observateur, le Général Mamadou Mansour Seck, ancien Chef d’état-major général des armées (CEMGA) et ex-ambassadeur à Washington, livre une analyse lucide et rassurante sur la situation sécuritaire du Sénégal.

« Ils sont à nos portes », avertit le Général Seck, tout en appelant à ne pas céder à la panique. L’attaque de Diboli, localité malienne voisine, a ravivé les craintes d’une infiltration djihadiste vers le territoire sénégalais. Mais l’ancien chef militaire reste mesuré : « Il ne faut pas s’affoler, mais être en alerte permanente. » Pour lui, cette posture de vigilance constante est ce qui a permis au Sénégal de tenir jusqu’ici, contrairement à d’autres États sahéliens.

Selon le Général Seck, la résilience du Sénégal repose sur trois piliers : « une bonne stratégie, une bonne armée et un bon service de renseignement. » Il rappelle que le pays a su préserver sa souveraineté et sa stabilité malgré l’effondrement sécuritaire de plusieurs voisins sahéliens. Le renforcement des forces dans les zones sensibles, notamment au sud-est du pays, témoigne d’une anticipation proactive du danger.

Face à des groupes terroristes qui opèrent selon des méthodes non conventionnelles, le renseignement est fondamental : « Ce ne sont pas des chars contre des chars. Ils s’attaquent à notre société. » Le Général met l’accent sur l’importance du “Human Intelligence”, le renseignement humain, jugé indispensable pour comprendre l’ennemi, ses motivations et sa culture. Il appelle également à une meilleure coordination entre les services de sécurité : « Un service peut avoir une information, mais ne pas être le mieux placé pour agir. »

Dans ce conflit, la propagande est une arme redoutable. « Ces gens-là maîtrisent les technologies modernes de communication », alerte-t-il, évoquant notamment l’usage détourné du message religieux sur les réseaux sociaux pour embrigader des jeunes. Il plaide pour une vigilance accrue face aux discours extrémistes, et rappelle que « le Sénégal a un islam tolérant, pas celui des salafistes. »

Au-delà des forces armées, le Général Seck croit fermement à l’implication des populations dans la lutte contre le terrorisme : « Il faut des soldats sans fusil. Les citoyens doivent participer au renseignement, comme les Anglais avec Scotland Yard. » Il appelle à sensibiliser les jeunes dans les quartiers pour qu’ils signalent toute anomalie : « C’est une guerre qui se gagne aussi avec les yeux et les oreilles de la population. »

Pour faire face aux défis sécuritaires grandissants, le Général Seck suggère une hausse du budget de la Défense : « J’ai proposé au Président que le budget atteigne 2 à 3 % du PIB, comme dans les normes de l’OTAN. » Il souligne que, contrairement à d’autres pays de la région, le Sénégal n’a jamais fait appel aux forces étrangères : « Nous avons notre force, notre souveraineté, et on prend les mesures qu’il faut. »

Tout en soulignant la proximité de la menace, le Général Seck exprime une confiance assumée envers les forces sénégalaises : « Le Sénégal n’a jamais compté sur personne pour sa sécurité. J’ai confiance en nos Forces de défense et en nos services de renseignement. » Il appelle à une vigilance soutenue, un renforcement du renseignement humain, une mobilisation citoyenne et une coopération nationale renforcée pour maintenir le pays à l’abri du chaos qui frappe une grande partie du Sahel.

Quitter la version mobile