Loi d’amnistie : l’amendement d’Amadou Bâ critiqué pour ses imprécisions juridiques

Alors que sa proposition de loi d’amnistie avait déjà été adoptée, le député du parti Pastef, Amadou Bâ, a surpris en introduisant un amendement de dernière minute. Il a modifié le titre du texte et enrichi l’exposé des motifs en y intégrant plusieurs jurisprudences, une démarche jugée inhabituelle et maladroite par certains experts.

Le nouveau texte, désormais amendé, sera examiné en séance plénière le mercredi 2 avril prochain. Mais cette relecture n’est pas sans susciter des réserves. L’expert parlementaire Alioune Souaré, cité par Les Échos, y relève des erreurs techniques et une forme d’imprudence dans la rédaction.

Selon Souaré, l’ajout de références jurisprudentielles dans l’exposé des motifs soulève un problème de forme : « Il parle plus du droit que de la loi. Les règles encadrant la légistique n’intègrent pas les jurisprudences. » En d’autres termes, les motifs d’une loi doivent rester dans un cadre strictement législatif, sans s’appuyer sur des décisions de justice qui relèvent du pouvoir judiciaire.

Autre point de critique : la formulation ciblée de la loi. Le texte révisé vise explicitement « les commanditaires des crimes, tortures et autres actes d’atteinte à la dignité humaine ». Or, rappelle Alioune Souaré, une loi doit par nature être générale et impersonnelle : elle ne peut désigner des personnes ou des cas particuliers.

Mais c’est surtout le changement de terminologie qui inquiète. Amadou Bâ a remplacé dans son amendement l’expression initiale de « faits ayant une motivation exclusivement politique » par « l’exercice d’une liberté publique ou d’un droit démocratique ». Pour l’expert, ce glissement peut s’avérer contre-productif : « En espérant une réduction du champ d’application de la loi, le député expose en réalité davantage les manifestants. »

En effet, les notions de « liberté publique » et de « droit démocratique » sont encadrées par des textes juridiques précis, notamment la loi 78/02 du 29 janvier 1978 sur les réunions et manifestations, ainsi que l’article 96 du Code pénal. Dès lors, si un juge estime qu’une manifestation n’a pas respecté ces dispositions, les participants restent passibles de sanctions — ce qui va à l’encontre de l’objectif d’amnistie que semble viser l’initiative.

Souaré souligne enfin que si le législateur peut proposer une interprétation d’une loi, c’est toujours le juge qui en détient la lecture finale. Ainsi, en modifiant l’esprit du texte, Amadou Bâ pourrait laisser une marge d’interprétation qui compromettrait la protection juridique des personnes que le texte entend justement amnistier.

Candidature de Monsieur Ousmane Sonko : Enjeux juridiques et risques potentiels

La recevabilité de la candidature de Monsieur Ousmane Sonko, leader du parti Pastef Les Patriotes, constitue un enjeu majeur dans le contexte préélectoral au Sénégal. Si le Conseil constitutionnel venait à rejeter cette candidature, cela soulèverait des questions cruciales quant à la prééminence de l’administration sur la justice.

En effet, un rejet de la candidature de M. Sonko pourrait être interprété comme une décision accordant à l’administration un pouvoir décisionnel supérieur à celui de la justice. Cette situation créerait un précédent inquiétant, suggérant qu’un directeur de l’administration ou un maire aurait le pouvoir de bloquer un candidat à toute élection en refusant la délivrance de documents tels qu’un quitus, une attestation, des fiches de parrainage ou un extrait de naissance.

Il est crucial de souligner que le Conseil Constitutionnel dispose de tous les éléments nécessaires pour évaluer la validité de cette candidature. En rejetant la candidature de M. Sonko, le Conseil Constitutionnel risquerait de contredire sa propre jurisprudence établie dans l’affaire Insa Sangaré, créant ainsi un précédent dangereux.

La jurisprudence établie devrait être respectée, et le Conseil Constitutionnel est appelé à exercer son rôle de manière indépendante et impartiale. Les citoyens sénégalais suivent de près ces développements, et la décision finale du Conseil aura des répercussions importantes sur le processus électoral et sur la confiance du public dans les institutions.

Dans l’attente de la décision du Conseil Constitutionnel, l’issue de cette affaire continuera de susciter des débats et des interrogations quant à l’équilibre entre l’administration et la justice dans le cadre des élections au Sénégal.

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