Affaire Kabirou Mbodje : La Cour d’Appel de Dakar confirme la condamnation

La Cour d’appel de Dakar a rendu son verdict dans le contentieux opposant Kabirou Mbodje, fondateur de Wari, à ses anciens associés. Suivant le réquisitoire du Procureur général, le juge a confirmé la condamnation prononcée en première instance, reconnaissant l’homme d’affaires coupable d’abus de confiance et d’augmentation irrégulière du capital social.

Kabirou Mbodje écope ainsi de deux ans de prison, dont six mois ferme, et devra verser 5 milliards de francs CFA à ses ex-partenaires au titre des intérêts civils. Cette décision fait suite à une longue bataille judiciaire initiée en 2018 par Malick Fall, Seyni Camara et Cheikh Tagué, qui accusaient leur ancien associé d’avoir orchestré une augmentation de capital en 2013 ayant réduit leur participation dans l’entreprise Wari de 39 % à seulement 3 %.

Le procès en première instance s’était tenu le 11 août 2021, avec un verdict rendu le 24 novembre de la même année. La Cour d’appel, qui a rejugé l’affaire le 2 décembre 2024, a maintenu la sanction initiale, malgré la demande des parties civiles qui réclamaient une réévaluation des dommages et intérêts à hauteur de 30 milliards de francs CFA.

L’affaire Kabirou Mbodje a suscité de vives réactions dans le monde des affaires au Sénégal. Wari, autrefois un acteur majeur des services financiers numériques en Afrique de l’Ouest, a connu de nombreuses turbulences depuis l’éclatement de ce différend. La condamnation du fondateur pourrait avoir des répercussions sur l’avenir de la société, déjà fragilisée par des difficultés financières et une concurrence accrue sur le marché.

Kabirou Mbodje, fondateur de Wari : entre succès économique et défis judiciaires

Dans un entretien exclusif accordé au journal Le Quotidien de ce lundi 27 janvier, Kabirou Mbodje, fondateur de la plateforme financière Wari, revient sur son parcours entrepreneurial, ses démêlés judiciaires, et ses perspectives d’avenir. À la fois visionnaire et controversé, l’homme d’affaires sénégalais partage sa vision sur des thématiques allant de l’impact de Wari au Sénégal à ses projets futurs dans un contexte marqué par des enjeux de souveraineté économique.

Créée en 2008, Wari s’est imposée comme l’un des acteurs majeurs de la fintech en Afrique, facilitant les transferts d’argent, le paiement de factures et d’autres services financiers pour des millions d’utilisateurs. Kabirou Mbodje souligne fièrement l’impact socio-économique de cette entreprise, affirmant que Wari a contribué à la création de près de 50 000 emplois directs et indirects au Sénégal.

Cette performance a permis à Wari de se hisser parmi les premières licornes africaines, renforçant ainsi l’image du Sénégal en tant que hub technologique sur le continent. « Nous avons prouvé qu’il est possible de développer une entreprise panafricaine en partant d’une idée innovante au Sénégal », déclare Kabirou Mbodje.

Cependant, le succès de Kabirou Mbodje n’a pas été sans obstacles. L’homme d’affaires est actuellement empêtré dans plusieurs affaires judiciaires au Sénégal et en France. Ces litiges, selon lui, sont parfois liés à des malentendus ou à des différends commerciaux, mais ils ont également entaché son image publique.

Sans entrer dans les détails des procédures en cours, Kabirou Mbodje insiste sur sa détermination à tourner la page : « Les défis judiciaires sont inhérents au monde des affaires. Ce qui compte, c’est de rester concentré sur ses objectifs et de continuer à travailler pour le développement économique de notre continent. »

L’entretien a également permis à Kabirou Mbodje de revenir sur un épisode marquant de sa carrière : le rachat manqué de Tigo Sénégal en 2017. Alors que Wari était pressenti comme le repreneur naturel de l’opérateur télécom, la transaction n’a finalement pas abouti, ouvrant la voie à un autre acteur majeur.

Selon lui, cet échec illustre les défis auxquels les entrepreneurs africains sont confrontés lorsqu’ils tentent de rivaliser avec des multinationales. « Nous avions une vision claire pour Tigo, mais des facteurs externes ont compliqué la transaction », explique-t-il.

Malgré ses déboires, Kabirou Mbodje ne ferme pas la porte à un retour au Sénégal pour de nouveaux investissements. Le contexte actuel, marqué par une volonté des autorités de promouvoir un « souverainisme économique », pourrait selon lui créer des opportunités pour les entrepreneurs locaux.

« Le souverainisme économique est une excellente initiative, mais il faut l’accompagner de mesures concrètes pour permettre aux entreprises sénégalaises de prospérer. Si les conditions sont réunies, je suis prêt à revenir et à contribuer à cet effort », déclare-t-il.

En dépit des controverses qui entourent son parcours, Kabirou Mbodje reste un acteur incontournable de l’économie numérique en Afrique. Avec Wari, il a montré que l’innovation peut être un puissant levier de transformation économique et sociale.

Kabirou Mbodje face à la justice : ses ex-associés réclament 30 milliards F CFA de dédommagements

L’affaire dite Wari, opposant Kabirou Mbodje, patron de la célèbre société de transfert d’argent, à ses anciens collaborateurs, Malick Fall, Seyni Camara et Cheikh Tagué, a été de nouveau examinée ce lundi 2 décembre 2024 par la Cour d’appel de Dakar. Ce dossier, qui a marqué le monde des affaires sénégalais, porte sur des accusations d’abus de biens sociaux.

Jugé par défaut, Kabirou Mbodje n’a pas permis à ses avocats de s’exprimer devant la Cour. En revanche, les parties civiles, représentées par leurs conseils, ont fait valoir leurs arguments pour demander une révision à la hausse des dommages et intérêts initialement fixés à 5 milliards F CFA. Me Seydou Diagne, l’un de leurs avocats, réclame désormais 30 milliards F CFA, estimant que ce montant est proportionnel au préjudice subi par ses clients.

Son confrère, Me Baboucar Cissé, a appuyé cette demande en soulignant que ses clients, tous d’anciens cadres ayant quitté de prestigieuses banques, avaient misé sur Wari pour créer une entreprise innovante. Selon lui, la gestion frauduleuse de Kabirou Mbodje leur aurait causé un manque à gagner colossal.

Les origines de cette affaire remontent à 2013, lorsque Kabirou Mbodje aurait procédé à une augmentation de capital qui aurait réduit drastiquement les parts des plaignants, initialement de 39 %, à seulement 3 %. Cette manœuvre, qualifiée de frauduleuse par ses ex-associés, s’accompagnerait, selon eux, d’autres irrégularités telles que la falsification des états financiers et la dissimulation du capital de 2012.

Les plaignants affirment que Kabirou Mbodje se serait également octroyé 8 % du chiffre d’affaires, soit une somme estimée à 5 milliards F CFA, tout en causant un préjudice global de 22 milliards F CFA à leurs entreprises, Wari et Interactive.

Déjà condamné en première instance le 24 novembre 2021 à 2 ans de prison, dont 6 mois ferme, Kabirou Mbodje fait face à une demande de confirmation de ce verdict par le procureur général. Ce dernier a estimé, au même titre que les avocats des parties civiles, que les faits d’abus de biens sociaux sont bel et bien caractérisés.

Après les échanges d’arguments, la Cour d’appel de Dakar a fixé son délibéré au 6 janvier 2025. Cette décision sera particulièrement attendue dans les milieux économiques et juridiques, tant l’affaire Wari illustre les enjeux de gouvernance et de transparence dans les entreprises sénégalaises.

En attendant, les accusations portées contre Kabirou Mbodje continuent de ternir l’image de l’un des pionniers du transfert d’argent en Afrique, autrefois salué pour son succès entrepreneurial.

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