Redressement des finances publiques : le gouvernement dévoile un plan face aux dérives révélées par la Cour des comptes

Le rapport d’audit de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques continue de provoquer une onde de choc au sommet de l’État. Après le ministre des Finances et du Budget, Cheik Diba, qui avait alerté les députés le 28 juin dernier sur « l’ampleur des dysfonctionnements dans la gestion de nos finances publiques », c’est au tour du Premier ministre de tirer la sonnette d’alarme.

Lors du Conseil des ministres tenu ce mercredi 23 juillet 2025, Ousmane Sonko est revenu sur les « constats alarmants » contenus dans l’audit rendu public le 12 février par la Cour des comptes. Ce document, fruit d’un travail d’enquête rigoureux, couvre la période de 2019 au 31 mars 2024. Il met en lumière une série de pratiques irrégulières, de malversations, de dépenses non justifiées et de graves carences dans la chaîne de la dépense publique sous les précédents gouvernements.

Face à ces dérives systémiques, le Premier ministre a annoncé un vaste « plan gouvernemental de redressement économique » qui, selon ses mots, devra rétablir l’équilibre des finances de l’État, renforcer la transparence et restaurer la confiance des citoyens et des partenaires au développement. Il a précisé que ce plan sera présenté dans les prochains jours « au grand public et aux partenaires techniques et financiers », à travers un agenda qui sera communiqué ultérieurement.

Ce projet de redressement s’annonce comme l’un des chantiers prioritaires du gouvernement, dans un contexte de tension budgétaire et de fortes attentes sociales. Il pourrait inclure des mesures de rationalisation des dépenses publiques, un audit élargi des institutions, une réforme de l’administration financière, ainsi que le renforcement des mécanismes de contrôle interne.

Pour rappel, la publication du rapport d’audit de la Cour des comptes avait déjà suscité une vive polémique dans l’opinion, alimentant des appels à la justice et à la reddition des comptes. Plusieurs organisations de la société civile avaient exigé l’ouverture d’enquêtes judiciaires contre les responsables épinglés, notamment dans la gestion des fonds publics pendant la pandémie de Covid-19 et dans les passations de marchés.

Assemblée nationale – Projet de loi de finances rectificative 2025 : Le gouvernement enclenche une refondation budgétaire sous haute contrainte

L’examen du projet de loi n°11/2025 portant loi de finances rectificative (LFR) pour l’année 2025 se poursuit à l’Assemblée nationale dans un climat économique international tendu et sur fond de remise en question profonde de la gestion budgétaire passée. Présenté par le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, ce projet ne se limite pas à un simple réajustement technique : il s’inscrit, selon ses mots, dans une « dynamique de refondation » visant à restaurer la transparence, la crédibilité et l’efficacité des finances publiques sénégalaises.

Dès l’ouverture de son intervention, le ministre a dressé un tableau sombre des contraintes exogènes qui pèsent sur l’économie nationale. Il a notamment cité la montée des tensions commerciales internationales, exacerbée par la récente hausse des droits de douane imposée par la nouvelle administration américaine, et les ripostes de leurs partenaires. À cela s’ajoutent les perturbations persistantes dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, la fermeté des politiques monétaires des grandes banques centrales et le spectre grandissant d’une récession mondiale, dont la probabilité est passée de 17 % en octobre 2024 à 30 % en avril 2025.

Ces facteurs se traduisent, pour les pays africains comme le Sénégal, par une contraction de la demande extérieure, une volatilité accrue des cours des matières premières, et des coûts de financement toujours élevés.

Au-delà des facteurs internationaux, la LFR 2025 est fortement influencée par les conclusions du rapport d’audit de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques. Le document, très attendu, a mis en lumière de graves dysfonctionnements dans les pratiques budgétaires, notamment un recours excessif et non encadré à l’endettement, des dépenses hors budget, et une opacité dans la reddition des comptes.

Face à ces constats alarmants, l’État sénégalais affirme avoir engagé une stratégie de redressement fondée sur trois piliers : transparence, discipline budgétaire et préservation des objectifs de développement.

Mise en œuvre des recommandations de la Cour des comptes : Cela inclut notamment le renforcement des mécanismes de contrôle interne et externe, une réforme du système de comptabilité publique, et l’application stricte du principe d’autorisation parlementaire pour tout nouvel emprunt. Publication régulière des données budgétaires et de la dette publique : Un effort de transparence destiné à rétablir la confiance des citoyens et des partenaires financiers. Prise en charge des dettes bancaires non budgétisées : La LFR intègre désormais le paiement des intérêts d’une dette contractée hors du circuit budgétaire pour un montant de 125 milliards de FCFA.

Au-delà des ajustements financiers, c’est bien une nouvelle philosophie de gestion publique que le gouvernement semble vouloir initier. L’ambition affichée est de sortir d’un système marqué par l’opacité et les pratiques dérogatoires, pour entrer dans une ère de rigueur, d’efficience et de redevabilité.

Ce tournant pourrait marquer un changement de paradigme dans la gouvernance budgétaire sénégalaise, à condition que les engagements pris se traduisent rapidement en actions concrètes, et que le Parlement joue pleinement son rôle de contrôle.

Ziguinchor : Le gouvernement invité à consolider l’accalmie en Casamance

L’association régionale des femmes pour la recherche de la paix en Casamance, connue sous le nom de « Kabonketoor » (qui signifie « se pardonner mutuellement » en français), a lancé un appel pressant au gouvernement pour renforcer l’accalmie observée dans la région Sud du pays à travers des initiatives économiques et sociales.

Appel à des Actions Concrètes pour la Paix

Lors d’un point de presse tenu mercredi, la coordonnatrice de « Kabonketoor », Ndèye Marie Sagna, a souligné l’importance de soutenir l’embryon de paix actuel par des actions concrètes. « Aujourd’hui, par rapport à la paix en Casamance, nous avons vu qu’il y a des avancées. Cet embryon de paix que nous vivons aujourd’hui doit être consolidé par des actes économiques, sociaux et de réconciliation, » a-t-elle déclaré.

Elle a également évoqué le retour des populations déplacées dans leurs villages d’origine, une situation qui nécessite une attention particulière. « Ces populations vivent parfois des situations difficiles. Kabonketoor, qui a l’habitude de travailler pour la paix et la sécurité, appelle les nouveaux gouvernants à assister ces populations de retour et améliorer leurs conditions de vie pour qu’ensemble nous puissions arriver à rétablir la paix de façon définitive en Casamance, » a insisté Mme Sagna.

Historique et Objectifs de Kabonketoor

Créée en 1999, « Kabonketoor » a pour mission principale de rechercher la paix et de proposer des solutions à la crise en Casamance. L’association vise également à favoriser le dialogue entre les populations et l’État du Sénégal pour parvenir à des négociations pacifiques. « Notre rôle c’est d’apaiser. Nous devons arriver à ce que nous puissions apaiser le climat social, » a ajouté Mme Sagna.

Initiatives et Perspectives Futures

Le nouveau bureau de l’association prévoit d’intervenir dans plusieurs domaines clés :

  • Paix et Sécurité : Continuer à promouvoir la réconciliation et la réinsertion des populations affectées par le conflit.
  • Lutte contre les Inégalités de Genre : Combattre les violences faites aux filles et aux femmes et promouvoir l’autonomisation des femmes et des jeunes.
  • Leadership Féminin et Développement Durable : Encourager le leadership féminin et une gestion durable des ressources naturelles, tout en facilitant l’accès des femmes au foncier.

Mme Sagna a également souligné l’importance de moderniser l’agriculture et d’améliorer l’accès aux équipements agricoles. « Nous voulons que tout le monde se retrouve dans ce renouveau. Les jeunes se sont battus pour un changement. Il faut qu’ils se retrouvent dans ce changement, » a-t-elle ajouté.

Contexte du Conflit en Casamance

La Casamance a été le théâtre d’un des plus vieux conflits d’Afrique, initié par des indépendantistes après la répression d’une marche en décembre 1982. Le conflit, qui a causé des milliers de victimes et dévasté l’économie locale, a progressivement perdu en intensité.

Il y a environ deux ans, l’armée sénégalaise a mené des opérations d’envergure pour neutraliser les bases rebelles, renforçant ainsi l’accalmie et facilitant le retour des déplacés. En mai dernier, au moins 250 combattants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) ont déposé leurs armes lors d’une cérémonie à Mongone, marquant un pas important vers la paix.

L’appel de « Kabonketoor » à renforcer la paix en Casamance à travers des initiatives économiques et sociales est une étape cruciale pour garantir un avenir stable et prospère dans la région. La consolidation de la paix passera par un engagement continu du gouvernement et de la société civile à soutenir les populations locales dans leur quête de stabilité et de développement.

Réforme Foncière : Le gouvernement Sénégalais s’engage à revitaliser les travaux de Doudou Ndoye et Moustapha Sourang

Au Sénégal, la question foncière demeure un enjeu majeur, source de nombreux conflits. En 2020, pas moins de 2725 cas de litiges fonciers ont été enregistrés à travers le pays, impliquant souvent des éleveurs, des agriculteurs, des investisseurs privés et des pouvoirs publics.

Face à cette réalité préoccupante, le nouveau gouvernement s’engage à dépoussiérer les travaux de Me Doudou Ndoye et du Pr. Moustapha Sourang, anciens présidents de la Commission nationale de la réforme foncière (Cnrf), dont les rapports et recommandations sont restés jusque-là lettre morte.

Lors du lancement du forum national sur le foncier organisé par le Cadre de réflexion et d’action sur le foncier au Sénégal (Crafs), sous le thème « Bonne gouvernance foncière, gage d’une souveraineté alimentaire au Sénégal », le secrétaire d’État aux coopératives et à l’encadrement paysan, Apha Ba, a fait une annonce d’importance. « S’il y a une chose sur laquelle l’État, la société civile et les producteurs sont d’accord, c’est qu’il est important d’aller vers une réforme foncière inclusive, transparente et durable », a-t-il souligné.

Cette initiative vise à revitaliser les travaux déjà entrepris par des experts reconnus dans le domaine foncier. Les recommandations de Me Doudou Ndoye et du Pr. Moustapha Sourang, qui n’ont jamais été pleinement mises en œuvre, pourraient ainsi être réexaminées et actualisées afin de répondre aux défis actuels et d’apporter des solutions concrètes aux problèmes fonciers qui persistent.

L’objectif est de promouvoir une réforme foncière inclusive et transparente, qui garantisse la souveraineté alimentaire du Sénégal et contribue au développement socio-économique du pays. En impliquant l’ensemble des acteurs concernés, le gouvernement espère créer un consensus autour des mesures à prendre pour une gestion efficace et équitable des ressources foncières du pays.

Boubacar Séye (HSF) critique le gouvernement sur la question des migrations internationales

Boubacar Séye, président d’Horizon Sans Frontières (HSF), exprime des préoccupations quant aux mesures prises par le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye pour lutter contre l’émigration clandestine.

Selon lui, le dispositif mis en place par le nouveau régime présente des manquements significatifs, notamment en ce qui concerne le traitement de la question des migrations internationales. Il souligne que le gouvernement continue d’utiliser l’expression traditionnelle « Ministère des Sénégalais de l’extérieur », plutôt que d’adopter une approche plus complète en parlant des migrations internationales dans leur ensemble.

Boubacar Séye insiste sur la nécessité d’adopter une approche systémique, prenant en compte la complexité, la diversité et la transversalité de la question migratoire. Il estime qu’un ministère ou une agence autonome dédiée aux migrations internationales serait plus adapté pour traiter efficacement ce fléau.

Il soulève également des préoccupations quant à la prise en charge des Sénégalais en situation de détresse à l’étranger, qu’ils soient perdus dans le désert ou disparus en mer Méditerranée. Il met en garde contre la répétition des erreurs du passé dans la gestion de ce dossier et appelle à une véritable rupture dans l’approche gouvernementale des migrations internationales.

Boubacar Séye plaide pour une refonte complète de la politique migratoire du Sénégal, notamment dans le contexte actuel de découverte de gisements d’hydrocarbures. Il espère que les autorités étatiques rectifieront le tir et adopteront des mesures plus efficaces pour répondre aux défis posés par les migrations internationales.

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