Affaire Madiambal Diagne : le président de la CENTIF clarifie sa position

Dans un entretien accordé jeudi au quotidien Le Soleil, le président de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, est revenu sur la polémique née des déclarations du journaliste Madiambal Diagne, qui conteste être mis en cause dans un des rapports de la structure. Face à la question, Siby a adopté un ton à la fois pédagogique et ferme, tout en rappelant d’emblée les limites légales qui encadrent ses prises de parole publiques. « La CENTIF est tenue à une obligation de réserve qui nous interdit de commenter le fond d’une affaire particulière, de citer des noms ou de revenir sur des pièces d’un dossier en cours », a-t-il expliqué, refusant ainsi de mentionner directement le fondateur du groupe Avenir Communication.

Tout en respectant ce devoir de réserve, le président de la CENTIF a tenu à rappeler plusieurs principes relatifs au fonctionnement de l’institution. Il a d’abord insisté sur la nature même de la CENTIF, qui n’est ni une juridiction ni un service de police, mais une cellule de renseignement financier chargée de recevoir, d’analyser et d’enrichir les déclarations d’opérations suspectes ainsi que diverses informations financières pertinentes. Lorsque les analyses aboutissent à des éléments suffisamment étayés, celles-ci sont ensuite transmises aux autorités compétentes. Il a également insisté sur la traçabilité des procédures internes, assurant que la chronologie des actes posés par la CENTIF est entièrement documentée. Les dates portées sur les rapports, précise-t-il, correspondent toujours à l’achèvement du travail d’analyse et à la validation collégiale du document.

Cheikh Mouhamadou Bamba Siby a enfin rappelé que toute contestation portant sur un document, une irrégularité supposée ou une interprétation doit se faire dans le cadre judiciaire. Il a souligné que la procédure judiciaire est l’unique espace légitime pour discuter du contenu des rapports ou des conclusions de la cellule, et non le terrain médiatique. Selon lui, le rôle de la CENTIF est strictement technique : elle éclaire des flux financiers suspects, tandis qu’il revient aux magistrats, en toute indépendance, d’apprécier la valeur des analyses produites.

Ces mises au point interviennent dans un contexte où Madiambal Diagne, actuellement en fuite en France, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la justice sénégalaise. Il est visé par une information judiciaire ouverte par le Pool judiciaire financier pour association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics, blanchiment de capitaux en bande organisée, utilisation de facilités liées à l’exercice d’une activité professionnelle, ainsi que complicité de ces infractions. L’enquête fait suite à un rapport de la CENTIF évoquant des transactions suspectes impliquant une société dont il est administrateur et l’entreprise française Ellipse Projects.

Ces développements ont conduit au placement sous mandat de dépôt de l’épouse du journaliste et de deux de leurs enfants, une situation que Madiambal Diagne qualifie de « dossier politique ». Les autorités judiciaires poursuivent quant à elles les investigations, tandis que la CENTIF réaffirme son rôle strictement technique et sa neutralité institutionnelle dans le traitement de toutes les opérations financières suspectes portées à sa connaissance.

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