Réforme du Code du travail : les organisations féministes veulent renforcer la protection des travailleuses

Les réformes du Code du travail et du Code de la sécurité sociale continuent d’alimenter les concertations entre les autorités et les acteurs de la société civile. Les 22 et 23 juillet, le Consortium des organisations féministes du Sénégal, en partenariat avec Synergie et le Mouvement pour la Solidarité Internationale (MSI), tient un atelier stratégique de réflexion consacré à l’examen des deux projets de loi, avec pour ambition de mieux intégrer les préoccupations spécifiques des femmes dans les futurs textes.

Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par le renvoi en commission, par le Bureau de l’Assemblée nationale, des projets de loi n°15-2026 portant Code du travail et n°16-2026 relatif au Code de la sécurité sociale. Cette décision ouvre une nouvelle phase de dialogue avec les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les représentants des travailleurs, afin d’enrichir les textes avant leur retour devant les députés.

Pour les organisations féministes, cette étape représente une occasion importante de faire entendre la voix des femmes, souvent confrontées à des difficultés spécifiques dans le monde du travail. Les échanges ont ainsi porté sur plusieurs enjeux majeurs, notamment le renforcement de la protection sociale, l’amélioration des droits liés à la maternité, la lutte contre les discriminations ainsi que la prévention des violences et du harcèlement en milieu professionnel.

La directrice exécutive de Diguen Sénégal, Maïmouna Yade, a insisté sur la nécessité d’une participation active des femmes à l’élaboration des réformes. Selon elle, les travailleuses et les femmes syndicalistes disposent d’une connaissance directe des réalités du terrain et doivent contribuer à la définition des nouvelles dispositions. Elle a rappelé que, malgré les progrès enregistrés depuis la réforme de 1997, plusieurs défis demeurent et nécessitent des réponses adaptées dans le futur Code du travail.

Au cours des discussions, la question de la ratification de la Convention n°190 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) a occupé une place centrale. Ce texte international vise à éliminer la violence et le harcèlement dans le monde du travail. Les organisations féministes estiment que son adoption par le Sénégal constituerait une avancée majeure pour renforcer la protection juridique des travailleuses et améliorer les mécanismes de prévention et de sanction.

Présent à l’atelier, Babacar Sy, inspecteur du travail et de la sécurité sociale au ministère du Travail, de l’Emploi et des Relations avec les Institutions, a réaffirmé la volonté du gouvernement de poursuivre les concertations. Il a salué l’initiative des organisations féministes, soulignant que le renvoi des projets de loi en commission offre une nouvelle opportunité de recueillir les préoccupations des différents acteurs afin d’améliorer les textes.

Le représentant du ministère a assuré que le projet de Code du travail comporte déjà plusieurs dispositions destinées à renforcer les droits des travailleurs et des travailleuses. Parmi les principales innovations figurent le renforcement de la lutte contre le harcèlement et les discriminations, une meilleure protection de la maternité ainsi qu’une prise en compte élargie des travailleurs indépendants et des acteurs du secteur informel, longtemps restés en marge de certains dispositifs de protection.

S’agissant de la Convention n°190 de l’OIT, Babacar Sy a précisé que, même si le Sénégal ne l’a pas encore ratifiée, une grande partie de ses principes est déjà intégrée dans le projet de réforme actuellement en discussion.

Les débats ont également porté sur le contrat à durée déterminée (CDD), un sujet qui suscite de nombreuses interrogations. Le responsable a expliqué que la durée maximale du CDD reste fixée à quatre ans. La principale nouveauté réside toutefois dans la possibilité de renouveler le contrat à deux reprises, à condition de ne pas dépasser cette durée totale. Selon lui, cette évolution permettra d’offrir davantage de stabilité aux salariés concernés tout en facilitant leur accès au crédit bancaire grâce à une situation professionnelle plus sécurisée.

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