MAC de Ziguinchor : 25 détenus entament une grève de la faim pour dénoncer leur détention prolongée

La Maison d’Arrêt et de Correction (MAC) de Ziguinchor est secouée par un mouvement de contestation. Ce lundi 17 février 2025, un groupe de 25 détenus a entamé une grève de la faim pour protester contre leur détention prolongée sans jugement. Ces prisonniers, en attente de procès depuis près de trois ans, dénoncent le retard dans leurs procédures judiciaires et exigent d’être fixés sur leur sort.

D’après Matar Sané, frère du détenu Jean-Christophe Sambou, son frère et quatorze autres prévenus ont été arrêtés en avril 2022 lors d’opérations de ratissage menées dans le département de Bignona. Ces opérations, qui ont particulièrement ciblé les localités de Sindian, Séléty et la commune de Bignona, ont conduit à plusieurs interpellations. Certains ont été arrêtés chez eux, d’autres sur la route, avant d’être placés en détention provisoire.

Onze d’entre eux ont été transférés à Dakar le 13 août 2022 et dispersés entre les prisons de Rebeuss, Cap Manuel et Camp Pénal. Pendant plus de deux ans, ils ont été maintenus en détention sans jugement, avec des dossiers toujours en attente à Ziguinchor, les empêchant ainsi de recevoir la visite de leurs proches. Le 31 août 2024, ils ont finalement été ramenés à la MAC de Ziguinchor. Depuis, la majorité du groupe est maintenue sous mandat de dépôt. Deux d’entre eux ont été libérés, deux autres ont été entendus par un juge, mais la grande majorité attend toujours une audition.

Les autorités considèrent ces détenus comme étant potentiellement liés au Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), un groupe indépendantiste actif dans le sud du pays. Cependant, leurs familles dénoncent une injustice et affirment que plusieurs d’entre eux n’ont aucun lien avec la rébellion. Les noms des détenus grévistes incluent notamment Jean-Christophe Sambou, Adama Bamba Mané, Lamine Barry, Lamine Diethiou, Dembo Tamba, Kadialy Tamba, Lamine Diané, Babacar Doukouré, Amadou Sagna, Thierno Diallo et Malick Sané.

Selon les proches des détenus, l’administration pénitentiaire et les autorités judiciaires leur avaient demandé de rédiger des demandes de liberté provisoire, ce qu’ils ont fait. Cependant, ces demandes sont restées sans suite. Ce silence judiciaire, ajouté à la frustration et à l’incertitude, a poussé les détenus à passer à l’action en entamant une grève de la faim.

Le mouvement de protestation ne se limite pas aux 25 détenus grévistes. Plusieurs autres prisonniers, confrontés à une situation similaire, envisagent également de rejoindre le mouvement. Leur revendication est claire : être jugés ou libérés. Les familles des détenus et certaines organisations de défense des droits humains commencent à se mobiliser pour dénoncer ces détentions prolongées sans procès, qui constituent une violation des droits fondamentaux selon elles.

Mystérieux décès d’Ibrahima Konté à la MAC de Ziguinchor : les détenus réclament justice et dénoncent des conditions inhumaines

Un vent de panique souffle sur la Maison d’arrêt et de correction (MAC) de Ziguinchor après le décès inattendu d’Ibrahima Konté, 41 ans, survenu le mardi 5 janvier 2025. Originaire de Djiboughère, dans le département de Bignona, ce détenu, jusqu’alors en bonne santé apparente selon ses codétenus, a été victime d’un malaise alors qu’il était évacué vers l’hôpital de la Paix de Ziguinchor. Son décès, constaté à 14h43 par les médecins, a suscité de vives interrogations parmi ses compagnons d’infortune qui dénoncent une mort jugée « mystérieuse ».

Transporté par la fourgonnette de la prison, le corps d’Ibrahima Konté a été déposé aux urgences de l’hôpital vers 14h35, soit quelques minutes avant que les médecins n’officialisent son décès. Les responsables de la MAC de Ziguinchor affirment qu’il aurait succombé à un malaise. Pourtant, les détenus réfutent cette version. Ils témoignent qu’Ibrahima Konté se portait bien la veille, ce qui alimente leurs doutes sur les circonstances réelles de sa mort. Pour eux, il est impératif de procéder à une autopsie et d’ouvrir une enquête indépendante afin de faire toute la lumière sur cette affaire.

Ce décès met en lumière un malaise profond au sein de la MAC de Ziguinchor. Les détenus pointent du doigt des conditions de détention qu’ils qualifient d’inhumaines. Selon leurs témoignages, la prison est surpeuplée et les infrastructures sont vétustes, ce qui rend leur quotidien insupportable. Ils comparent leur situation à celle des « cales de navires négriers » et appellent à l’intervention urgente des défenseurs des droits humains pour améliorer leurs conditions de vie.

La surpopulation carcérale, problématique récurrente dans les établissements pénitentiaires sénégalais, rend la situation particulièrement critique à Ziguinchor. Cette prison, conçue pour accueillir un nombre limité de détenus, est aujourd’hui un espace exigu et insalubre où les prisonniers vivent dans une promiscuité alarmante.

Face à ce drame, les codétenus d’Ibrahima Konté réclament non seulement une enquête, mais également une réforme en profondeur des conditions carcérales au Sénégal. Leurs revendications vont au-delà de la simple reconnaissance des droits humains en milieu pénitentiaire : elles exigent des solutions concrètes pour mettre fin à la surpopulation, rénover les infrastructures et assurer un suivi médical digne de ce nom.

Le décès d’Ibrahima Konté pourrait bien être le point de départ d’une mobilisation plus large pour la défense des droits des détenus au Sénégal. L’onde de choc provoquée par cet incident remet en question le traitement des prisonniers dans les établissements pénitentiaires du pays, où les dysfonctionnements semblent se multiplier.

Pour l’heure, les autorités restent silencieuses face aux accusations portées par les détenus de la MAC de Ziguinchor. Une enquête indépendante et transparente permettra peut-être de répondre aux nombreuses questions soulevées par cette affaire tragique. En attendant, la communauté carcérale et les organisations de défense des droits humains se mobilisent pour que justice soit rendue à Ibrahima Konté et pour prévenir d’autres drames similaires à l’avenir.

Grève de la faim à la MAC de Ziguinchor : La société civile réclame des mesures urgentes

Parmi les détenus en grève de la faim, on trouve des individus qualifiés de « détenus politiques ». Madia Diop Sané s’interroge sur le traitement différencié entre les détenus politiques à Dakar bénéficiant d’une libération massive et ceux dans les régions, dont les dossiers semblent ignorés. Il appelle à une équité de traitement pour tous les détenus politiques, où qu’ils se trouvent.

Cette grève de la faim à la MAC de Ziguinchor met en lumière les inquiétudes croissantes concernant les conditions carcérales et le respect des droits des détenus au Sénégal. La société civile exhorte les autorités à agir rapidement pour répondre aux préoccupations légitimes des détenus et garantir une justice équitable pour tous.

Quitter la version mobile