Criminalisation de l’homosexualité : entre silence du pouvoir et ingérence étrangère, Jamra hausse le ton

À travers une conférence de presse tenue ce vendredi à Dakar, le collectif « Rappel à l’ordre », animé par l’ONG islamique Jamra, a vivement interpellé les autorités sénégalaises sur ce qu’il considère comme un recul dans la lutte contre la promotion de l’homosexualité. Entre dénonciation d’une complaisance supposée du gouvernement et mise en accusation d’acteurs politiques étrangers, le discours du porte-parole Mame Mactar Guèye a été aussi offensif que structuré.

Dès l’entame de son propos, l’activiste a tenu à rappeler que les fondements religieux du Sénégal — islam comme christianisme — rejettent catégoriquement l’homosexualité. « Il est nécessaire de rappeler que, qu’il s’agisse de l’islam ou du christianisme, les deux religions condamnent fermement l’homosexualité », a-t-il martelé, regrettant ce qu’il qualifie de « complaisance politique croissante » envers les lobbies LGBT, dans un contexte où, selon lui, les engagements antérieurs n’ont pas été respectés.

Il est ainsi revenu sur le rejet, sous Macky Sall, d’une proposition de loi visant à criminaliser l’homosexualité, pourtant portée par une coalition d’organisations religieuses et sociales. Pour Mame Mactar Guèye, l’arrivée au pouvoir d’Ousmane Sonko aurait dû relancer le débat et mener à une réforme législative rapide. « Aujourd’hui, malgré le changement de pouvoir, les lobbies continuent de nous envahir », a-t-il déclaré, visiblement amer.

Mais l’une des charges les plus virulentes de la conférence a été dirigée vers Jean-Luc Mélenchon, chef de file du parti français La France Insoumise, récemment en visite à Dakar. « Jean-Luc Mélenchon a 42 ans de militantisme maçonnique », a affirmé Mame Mactar Guèye, avant d’ajouter que l’homme politique français « fait avancer l’agenda du Grand Orient de France », une organisation qu’il accuse d’avoir influencé la légalisation du mariage homosexuel en France sous François Hollande.

Selon Guèye, Mélenchon aurait revendiqué, devant des étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop, être à l’origine de la première proposition législative en faveur du mariage homosexuel en France. Pour lui, cette visite aurait dû alerter les autorités sur les intentions idéologiques de leur hôte.

À ce propos, le Premier ministre Ousmane Sonko n’a pas été épargné. Mame Mactar Guèye a affirmé que Sonko avait invité Mélenchon « de bonne foi », mais que la réaction officielle du gouvernement après cette visite laisse perplexe. « Macky Sall avait au moins dit à Obama que le Sénégal n’était pas prêt. Mais avec Sonko, on parle de tolérance. Et nous, nous ne tolérons pas ça », a-t-il tonné, rappelant au passage une promesse faite, selon lui, par Sonko lors d’une rencontre avec l’association Samm Djiko : « Il avait promis que la criminalisation de l’homosexualité serait l’une de ses premières lois. Depuis, rien n’a été fait. »

Le collectif a également évoqué un « relâchement inquiétant » sur le terrain, citant le cas d’un touriste homosexuel qui, selon eux, se serait filmé à Dakar en proférant un message sur la prétendue « tolérance » du pays envers les minorités sexuelles.

En réponse, Jamra annonce la mise en place d’un « front de résistance » pour contrer ce qu’il appelle « l’agenda LGBT ». « Nous ne diabolisons personne, mais nous serons là pour dire non », a insisté Mame Mactar Guèye, tout en précisant que le collectif prévoit une mobilisation le 23 mai prochain devant un immeuble symbolique. « Nous avons déjà déposé une déclaration préalable, conformément à la Constitution. »

À travers cette sortie musclée, Jamra tente de relancer un débat sensible, dans un contexte où la société sénégalaise reste très conservatrice sur les questions de mœurs. Mais entre les appels à la législation, les accusations de trahison et les discours de résistance, le sujet risque de polariser davantage l’espace public sénégalais dans les semaines à venir.

Réseaux sociaux : Mame Mactar Guèye annonce la traque des insulteurs, Jamra salue l’action de la cybercriminalité

L’ONG Jamra a réagi ce mardi à la montée inquiétante des insultes et dérives verbales sur les réseaux sociaux. Dans un communiqué ferme, l’organisation dirigée par Mame Mactar Guèye a salué les actions déjà enclenchées par la Division spéciale de la cybercriminalité (DSC), dirigée par le commissaire Djidiack Faye, pour identifier et poursuivre les auteurs de propos injurieux en ligne.

« La traque des insulteurs qui se cachent lâchement sur les réseaux sociaux pour commettre leurs forfaits est lancée », a déclaré Mame Mactar Guèye dans un message adressé à la presse. Il se félicite de la vigilance des services de sécurité, qui ont désormais pour mission d’appliquer strictement la loi face à cette recrudescence des propos haineux et diffamatoires.

Jamra rappelle que ces agissements tombent sous le coup de la loi n°2008-11 du 25 janvier 2008. Ce texte, encore en vigueur, réprime sévèrement toute atteinte aux bonnes mœurs commise par voie électronique, ainsi que toute dégradation de l’image de la femme, toute mise en péril de la santé morale des enfants et tout propos portant atteinte à l’honorabilité d’autrui.

L’organisation citoyenne insiste sur la nécessité d’une application rigoureuse des textes en vigueur. Selon elle, la justice, sous l’autorité du procureur de la République et avec l’appui des cyber-patrouilleurs de la DSC, est appelée à sévir contre ces comportements jugés déstabilisateurs pour la société. « Cette loi sera appliquée dans toute sa rigueur, Insha’Allah, pour traquer sans répit ces insulteurs, sources potentielles de déstabilisation sociale et de troubles à l’ordre public », conclut le communiqué.

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