Massacre de Thiaroye : des chercheurs dénoncent une « entreprise de dissimulation et de manipulation »

À l’occasion d’une conférence de presse organisée ce vendredi 17 octobre 2025 au Building administratif Président Mamadou Dia, le Comité de commémoration du massacre des Tirailleurs sénégalais a tiré la sonnette d’alarme sur les tentatives de manipulation de l’histoire entourant le drame de Thiaroye. Selon les chercheurs, l’approche officielle française autour de ce massacre s’inscrit dans ce qu’ils qualifient d’« entreprise délibérée de dissimulation et de manipulation ».

Le professeur Mamadou Diouf, président du Comité de commémoration du 80e anniversaire du massacre, a dénoncé un refus systématique de raconter fidèlement l’histoire : « Autour de Thiaroye, il y a eu une entreprise délibérée. Une entreprise française de la dissimulation, de la manipulation de l’information et surtout du refus de même raconter l’histoire », a-t-il affirmé.

Selon lui, le cimetière de Thiaroye reste un immense terrain d’investigation inexploité. « Personne n’a jamais essayé de faire des fouilles et l’archéologie de ce cimetière pour savoir qui est enterré là, ni comment ces personnes ont été tuées », a regretté le professeur Diouf, insistant sur la nécessité de confronter les archives aux preuves matérielles afin de révéler la vérité complète sur le massacre.

Le professeur Mamadou Fall, président de la Commission de traitement et d’exploitation, a précisé que les recherches archivistiques menées par la commission ont permis de réévaluer le nombre de victimes, faisant passer les estimations de 35 à environ 70 morts. Cependant, il estime que la recherche archéologique pourrait encore élargir ces chiffres, révélant ainsi l’ampleur réelle de la tragédie.

« Il faut aller au-delà des chiffres et montrer ce qui importe pour nous, Africains, qui écrivons ce récit sur nous-mêmes. Il y a eu un récit linéaire, unique, qui a cherché à invisibiliser et à dissimuler. Aujourd’hui, il y a une pluralité de récits », a souligné le professeur Fall, appelant à la construction d’un récit plus complet et plus juste.

Pour les chercheurs, il est crucial de déconstruire le récit métropolitain qui a longtemps dominé la mémoire du massacre et d’ouvrir un espace pour un récit africain, écrit et contrôlé par les Africains eux-mêmes. « Trop longtemps, notre histoire a été racontée par d’autres. Il est temps de reprendre la parole et de restituer la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour la dignité », a conclu le professeur Mamadou Diouf.

Cette prise de position des chercheurs s’inscrit dans une dynamique plus large visant à réhabiliter la mémoire des tirailleurs sénégalais et à garantir que la vérité historique soit établie, non pas à travers les archives officielles seules, mais aussi grâce à des preuves matérielles et à des recherches scientifiques sur le terrain.

Massacre de Thiaroye : les fouilles archéologiques révèlent de troublantes incohérences dans les tombes des tirailleurs

Le voile se lève progressivement sur l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire coloniale française en Afrique. À l’occasion d’une conférence de presse organisée par le Comité de commémoration du massacre des Tirailleurs sénégalais, le professeur Moustapha Sall, président de la Commission Archéologie, a présenté les premiers résultats des fouilles entreprises au cimetière militaire de Thiaroye, théâtre du drame du 1er décembre 1944. Ces investigations confirment d’importantes incohérences entre les archives officielles et la réalité du terrain, ouvrant une nouvelle phase dans la quête de vérité historique.

Selon le Pr Sall, les fouilles avaient pour but de vérifier la correspondance entre les tombes présumées des tirailleurs et les restes humains qui y reposent réellement. Il a rappelé que « la vérité sur ce qui s’est passée à Thiaroye se trouve dans le sol, car tout y est enfoui », soulignant que les archives françaises ne permettent pas à elles seules d’éclairer toutes les zones d’ombre entourant ce massacre.

Les premières constatations des archéologues se révèlent particulièrement troublantes. Contrairement à ce que soutiennent les récits officiels, les squelettes ne se trouvent pas à l’intérieur des tombes supposées abriter les tirailleurs. Dans plusieurs cas, les restes humains ont été retrouvés à l’extérieur du carré funéraire, parfois dans des positions inhabituelles. « Certains corps ont été découverts la tête tournée à l’opposé de la stèle, ce qui montre que les tombes actuelles ne sont pas contemporaines des inhumations », a précisé le chercheur.

Le professeur Sall parle d’un « cimetière réceptacle de plusieurs pratiques d’enterrement », une formule qui laisse entendre que les lieux auraient servi à diverses opérations funéraires à des époques différentes, brouillant ainsi la traçabilité des victimes du massacre.

Depuis le lancement des fouilles en mai dernier, sept tombes ont été ouvertes, permettant la découverte de sept squelettes généralement bien conservés. Chacun d’eux révèle des éléments singuliers. Le premier individu, mesurant environ 1m80, portait encore des brodequins, des bagues, des anneaux, ainsi que des restes de chaînes de fer autour des tibias, évoquant une détention ou une exécution violente. Le second corps ne présente que la moitié de la colonne vertébrale et du bassin, tandis que le troisième est dépourvu de crâne et d’une partie des côtes, avec une balle logée dans la poitrine gauche.

Ces indices, selon le professeur Sall, constituent des preuves matérielles d’une exécution massive et d’un possible déplacement ultérieur des corps. « Ces découvertes confirment que les tombes que l’on croyait être celles des tirailleurs ne le sont pas toutes, ou du moins, qu’elles ne correspondent pas aux récits établis », a-t-il affirmé.

Les archéologues comptent désormais poursuivre leur travail à travers des études anthropologiques et génétiques pour déterminer l’identité des victimes. « Les sept squelettes exhumés feront l’objet d’analyses approfondies. Nous allons extraire leur ADN afin de tenter de les identifier et de retracer leur origine », a indiqué le Pr Sall.

Le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944, reste l’un des symboles les plus forts des violences coloniales. Des dizaines de tirailleurs sénégalais, anciens combattants revenus d’Europe après la Seconde Guerre mondiale, furent abattus par l’armée française pour avoir réclamé le paiement de leurs soldes.

Ces nouvelles fouilles viennent remettre en question la version officielle, longtemps contestée par les historiens et les familles des victimes. Elles pourraient ouvrir la voie à une reconnaissance historique plus complète, fondée cette fois sur des preuves scientifiques, et marquer une étape décisive dans la réhabilitation de la mémoire des tirailleurs de Thiaroye.

Massacre de Thiaroye : Le fils d’un tirailleur sénégalais porte plainte contre l’État français pour recel de cadavre

Plus de 80 ans après les faits, la quête de justice continue pour les descendants des tirailleurs sénégalais victimes du massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944 dans le camp militaire du même nom, près de Dakar. Ce mardi 24 juin 2025, Biram Senghor, fils de Mbap Senghor, l’un des soldats tués ce jour-là, a déposé une plainte contre X et contre l’État français pour « recel de cadavre » devant le tribunal judiciaire de Paris.

Âgé de 86 ans et ancien gendarme, Biram Senghor refuse de tourner la page d’un crime colonial que la France a officiellement reconnu en juin 2024, en attribuant à son père, ainsi qu’à cinq autres tirailleurs, la mention « Mort pour la France ». Une reconnaissance certes symbolique, mais insuffisante aux yeux de cet homme dont le combat, entamé il y a plusieurs décennies, vise aujourd’hui la vérité historique et la restitution du corps de son père.

Selon le quotidien Le Monde, qui rapporte l’information, l’avocat sénégalais Mbaye Dieng, chargé de défendre les intérêts de Biram Senghor à Paris, estime que des efforts délibérés ont été menés pour entretenir l’opacité sur les circonstances et les conséquences du massacre. « Depuis 80 ans, des individus travaillent à maintenir l’opacité autour des faits et à empêcher l’accès à des documents qui permettraient de localiser les corps et de connaître le nombre réel de victimes », dénonce-t-il.

Officiellement, les autorités françaises reconnaissent 35 morts à Thiaroye, mais plusieurs historiens estiment que le bilan réel est bien plus élevé, pouvant atteindre plusieurs centaines. Ce flou historique alimente les soupçons sur une volonté persistante de minimiser la gravité de la répression militaire qui s’est abattue sur ces anciens combattants de l’armée française, à qui l’on refusait le versement de leur solde.

Dans le dossier de Mbap Senghor, les archives françaises révèlent une manipulation manifeste : son acte de décès initial le désignait comme un déserteur. Un stigmate que son fils a longuement combattu avant que l’administration française ne reconnaisse finalement son exécution lors du massacre.

Mais pour Biram Senghor, la reconnaissance ne suffit pas si les corps des victimes demeurent introuvables. « Pourquoi M. Senghor devrait-il croire que personne ne sait où se trouve la dépouille de son père ? », interroge Me Dieng, qui exige que la France lève tous les obstacles à la vérité historique et à la restitution des corps.

Commémoration du 80ᵉ anniversaire du massacre de Thiaroye : Les présidents de la Gambie et de la Guinée-Bissau à Dakar

Ce samedi, les présidents Adama Barrow de la Gambie et Umaro Sissoco Embaló de la Guinée-Bissau ont foulé le sol dakarois pour participer aux commémorations du 80ᵉ anniversaire du massacre des tirailleurs sénégalais à Thiaroye. À leur arrivée à l’aéroport militaire Léopold Sédar Senghor, ils ont été accueillis par leur homologue sénégalais, le président Bassirou Diomaye Faye, accompagné d’une délégation officielle.

Cette commémoration revêt une importance historique particulière, marquant l’hommage rendu aux tirailleurs sénégalais, ces anciens combattants ayant servi sous le drapeau français durant la Seconde Guerre mondiale. Le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944, rappelle un épisode tragique où des soldats africains, de retour au Sénégal après avoir combattu pour la France, furent tués par l’armée coloniale pour avoir revendiqué leurs droits et leurs primes de guerre.

Un symbole de solidarité régionale
La présence des présidents gambien et bissau-guinéen à cette cérémonie illustre l’unité et la solidarité au sein des pays de la sous-région ouest-africaine. Le rôle des tirailleurs sénégalais dépasse en effet les frontières du Sénégal, ces soldats étant originaires de plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest.

Le programme de commémoration prévoit des cérémonies officielles à Thiaroye, incluant des discours, des dépôts de gerbes et des moments de recueillement en mémoire des victimes. Cette journée sera également marquée par des échanges sur l’importance de préserver la mémoire collective et de renforcer l’éducation des générations futures sur cet épisode clé de l’histoire africaine et mondiale.

Un devoir de mémoire pour les générations futures
En participant à cet événement, les dirigeants ouest-africains réaffirment leur volonté de faire du massacre de Thiaroye un symbole de lutte pour la justice et les droits humains. Cette commémoration ne se limite pas à l’hommage : elle invite également à réfléchir sur les réparations et la reconnaissance des sacrifices consentis par ces hommes.

Le massacre de Thiaroye reste une blessure dans l’histoire coloniale française et un appel à la justice mémorielle. Ces célébrations du 80ᵉ anniversaire rappellent que la mémoire des tirailleurs sénégalais demeure vivante et continue de nourrir les luttes contemporaines pour l’égalité et la reconnaissance des peuples africains.

80e anniversaire du massacre de Thiaroye : une quête de vérité historique face à la reconnaissance française

À l’approche du 80e anniversaire du massacre de Thiaroye, où des tirailleurs africains furent abattus par les troupes coloniales françaises le 1er décembre 1944, les historiens sénégalais intensifient leurs efforts pour établir la vérité sur cet événement tragique. Si le président français Emmanuel Macron a récemment qualifié ces faits de « massacre », marquant une évolution dans le discours officiel, les chercheurs sénégalais jugent cette reconnaissance tardive et insuffisante pour éclairer toutes les zones d’ombre.

Ce 1er décembre 1944, les forces coloniales ont ouvert le feu sur des soldats africains rapatriés après avoir combattu aux côtés de l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces tirailleurs réclamaient le paiement de leurs arriérés de solde, un dû que les autorités coloniales tardaient à honorer. Selon les archives françaises, le bilan officiel fait état de 35 morts, mais de nombreux historiens avancent que le nombre réel de victimes pourrait atteindre plusieurs centaines.

« La reconnaissance du massacre par Emmanuel Macron est importante d’un point de vue sémantique, mais dès 1944, il était évident qu’il s’agissait d’un massacre », a déclaré Mamadou Fall, membre du comité sénégalais chargé de l’établissement des faits et de l’organisation des commémorations.

Longtemps, les autorités françaises ont évité d’aborder directement cette répression sanglante. Si l’ancien président François Hollande avait évoqué une « répression sanglante » lors de visites au Sénégal en 2012 et 2014, il aura fallu attendre 2024 pour que le mot « massacre » soit utilisé officiellement par un président français. Cette reconnaissance s’inscrit cependant dans un contexte de pressions croissantes, tant de la part de l’État sénégalais que des historiens et activistes africains.

Pour Mamadou Diouf, président du comité sénégalais de commémoration, l’attitude de la France reste motivée par ses propres intérêts : « Quand il a fallu parler de massacre, ils ont dit non. Maintenant, sous la pression, ils n’ont pas le choix. »

Une mission d’historiens sénégalais, menée entre le 19 et le 28 novembre en France, a permis d’accéder à certaines archives inédites, notamment des actes de décès provenant des registres communaux. Cependant, de nombreux documents restent inaccessibles, classés sous « secret défense ».

« Nous avons ressenti une ouverture manifeste de la part des autorités françaises, mais certaines pièces cruciales nous ont été refusées », a indiqué Mamadou Fall. Cette situation alimente les accusations de manipulation ou de dissimulation des archives par la France.

Pour Rokhaya Fall, également membre du comité, la reconnaissance française, bien que tardive, était « inévitable ». Cependant, elle souligne que la quête sénégalaise ne dépend pas de la bonne volonté française : « Notre intérêt, c’est la vérité. La France fait partie de la conversation, mais ce n’est pas elle qui la détermine. »

Le 80e anniversaire du massacre de Thiaroye marque une étape clé dans la réappropriation de cette mémoire par le Sénégal. Avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement marqué par des idéaux souverainistes et panafricanistes, l’événement prend un relief particulier. Les autorités sénégalaises souhaitent faire de cette commémoration une opportunité pour poser des bases solides à une réflexion sur la justice historique et la mémoire collective.

Cette mobilisation illustre une volonté renouvelée de ne plus laisser l’histoire de Thiaroye dans l’ombre, mais aussi de faire émerger une vérité libérée des pressions et récits imposés par l’ancien colonisateur. « L’histoire ne doit pas être une affaire de pouvoir, mais une quête de justice et de mémoire », conclut Rokhaya Fall.

Les commémorations prévues à Dakar ce dimanche s’annoncent donc comme un moment fort pour honorer les victimes et rappeler l’importance de cette page sombre, mais essentielle, de l’histoire sénégalaise et franco-africaine.

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