Un article d’Africa Intelligence, publié le 1er avril 2025, suggère que la France envisagerait de relocaliser en Mauritanie ses moyens aériens actuellement déployés au Sénégal. Cette hypothèse intervient alors que l’armée française doit quitter le pays d’ici l’été 2025, à la demande du président Bassirou Diomaye Faye. Selon la publication, « le dispositif de surveillance des côtes mauritaniennes pourrait bientôt être renforcé grâce à l’appui des forces françaises ». Mais cette affirmation mérite d’être nuancée, voire remise en question à ce stade. Explications.
Avant d’évoquer un transfert des moyens aériens français vers un pays voisin, il convient de rappeler que l’armée française est déjà engagée dans une réduction drastique de sa présence au Sénégal. Les Éléments français au Sénégal (EFS), forts de 400 civils et militaires, se concentrent désormais sur un « pôle opérationnel de coopération » à vocation régionale basé à Dakar. Depuis la fermeture de la base aérienne de Ouakam en 2011, aucun avion français n’est stationné en permanence au Sénégal. L’aéroport Léopold Sédar Senghor servait jusqu’alors de point d’escale technique pour divers appareils – Airbus A400M Atlas, CASA CN-235, Dassault-Breguet ATL-2 Atlantique, Dassault Falcon 50 ou encore Lockheed C-130J Super Hercules – sans pour autant les héberger à l’année.
Parmi ces aéronefs, seul le Falcon 50 est actuellement mis à disposition du Sénégal pour des missions spécifiques : surveillance maritime, lutte contre la piraterie et la pêche illicite. Cet appareil joue également un rôle clé dans les opérations de recherche et de sauvetage (« Search & Rescue ») à l’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD). Dès lors, envisager sa relocalisation en Mauritanie semble prématuré, d’autant que son maintien à Dakar n’est pas exclu.
L’article d’Africa Intelligence pourrait faire référence à la force aéronavale française qui patrouille dans l’océan Atlantique et le golfe de Guinée en appui aux EFS. Ces moyens seraient-ils redéployés en Mauritanie pour renforcer la surveillance des flux migratoires atlantiques ? À ce jour, aucune confirmation officielle n’étaie cette hypothèse, ni de la part des autorités françaises, sénégalaises ou mauritaniennes.
Si la surveillance maritime et aérienne demeure une priorité pour la Mauritanie, notamment face aux défis sécuritaires et migratoires, l’idée d’une relocalisation des moyens français reste, pour l’instant, incertaine. Sans annonce claire des États concernés, cette interprétation apparaît davantage comme une spéculation qu’une réalité tangible. Affaire à suivre.